Le "quiet quitting": quand les salariés décident de faire le strict minimum au travail

Après la grande démission qui bouleverse le monde du travail aux Etats-Unis, un nouveau phénomène inquiète les managers. Il s’agit du « quiet quitting » ou « démission silencieuse ».

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Depuis la crise Covid, les Etats-Unis ont connu une vague de démissions massive. La " grande démission " a bouleversé le monde du travail américain avec 47 millions de personnes qui ont volontairement quitté leur poste rien qu’en 2021. Au niveau mondial, un travailleur sur cinq envisagerait de quitter son travail prochainement, selon le World Economic Forum. En Europe, le phénomène semble encore marginal mais une nouvelle tendance apparue sur les réseaux sociaux, et qui nous vient une nouvelle fois d’Amérique, inquiète les managers. Il s’agit du " quiet quitting " ou " démission silencieuse ".

Il ne s’agit pas ici d’une réelle démission, mais simplement de la volonté de mettre fin à l’excès de zèle généralement attendu par les entreprises, et qui est très souvent non rémunéré. Ainsi, les adeptes du " quiet quitting " cherchent à atteindre un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle. Fini de consulter ses e-mails en dehors des heures de bureau, fini d’accepter les missions supplémentaires, et terminé de se laisser surcharger de travail.

Rejet de la " hustle culture "

Le " quiet quitting " semble toucher principalement les salariés issus de la génération Z et résulte du rejet de la " hustle culture" par une partie de la jeune génération. Pour rappel, la " hustle culture ", ou culture du " burnout ", consiste à normaliser un dévouement total à une sphère de sa vie au détriment des autres. Le plus souvent, c’est la sphère professionnelle qui est privilégiée.

Les adeptes du " quiet quitting " remettent donc en cause la course effrénée, et parfois toxique, à la productivité. " Les plus jeunes générations rejettent l’idée de travailler jusqu’à l’épuisement. Une évolution saine qui peut équilibrer la relation patron-employé ", estime Selena Rezvani, dans les colonnes de la Tribune de Genève.

L’expression a été popularisée sur TikTok par un jeune américain qui appelait ses abonnés à ne plus considérer que leur valeur dépend de leur travail et de leur productivité. Dans cette vidéo publiée en juillet dernier, l’influenceur invite les spectateurs à se contenter de faire ce pour quoi ils sont payés. Ni plus, ni moins.

@zaidleppelin On quiet quitting #workreform ♬ original sound – ruby

Des paresseux les jeunes ?

Cette partie de la jeune génération serait-elle paresseuse ? C’est en tout cas ce que pense l’auteur conservateur américain Matt Walsh : " Si tu veux travailler le moins possible, c’est de la médiocrité pure et simple. Si tu ne veux atteindre que la médiocrité dans ta vie, d’accord. Mais alors, ne te plains pas si d’autres te dépassent ", dit-il. Selon les opposants du mouvement, en faire moins au travail ne permettrait pas d’en faire plus dans sa vie privée, mais amènerait plutôt à passer plus de temps devant Netflix ou l’écran de son téléphone portable.

" Ils refusent le surmenage "

Les adeptes du " quiet quitting " ne se considèrent pourtant pas comme paresseux et estiment simplement qu’ils ne doivent pas accomplir plus que les tâches convenues dans leur contrat de travail. Pour Nilufar Ahmed, sociologue à l’Université de Bristol, le " quiet quitting " pourrait même devenir la " grande libération " face au " grand licenciement " qui touche actuellement les Etats-Unis. Il pourrait même être bénéfique pour la santé mentale : " Les gens refusent le surmenage et le burn-out ; ils choisissent la joie et l’équilibre. Ils fixent des limites, de sorte que leur identité et leur valeur personnelle ne sont pas liées à leur productivité au travail ", explique la sociologue à la Tribune de Genève.

Qu’on soit partisan ou détracteur du mouvement, le " quiet quitting " révèle en tout cas un véritable malaise au sein de la jeune génération. En Belgique, 41 % des employés belges considèrent que leur emploi est mentalement exigeant sur une base hebdomadaire. Pour 8 % d’entre eux, c’est même le cas au quotidien. De plus, depuis la crise du coronavirus, la recherche de sens est devenue primordiale, et même capitale chez les jeunes. Il n’est donc pas étonnant qu’elle s’immisce aussi dans le monde du travail.

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