Les Belges sont aussi dans l’espace: voici comment notre pays tente de faire bouger les lignes

Le secteur spatial belge se porte bien. Mais cette industrie décollera vraiment quand elle mettra son excellence au service de l’ambition et de l’innovation.

Benoît Deper, fondateur et CEO d’Aerospacelab
Benoît Deper, fondateur et CEO d’Aerospacelab, qui vend ses propres satellites d’observation 100 % belges. © Jean Luc Flemal 

On est tout petits dans l’univers, et plus encore en Belgique. Cela n’a pourtant jamais empêché la Belgique de compter des dizaines d’entreprises actives dans le domaine aérospatial depuis des années, notamment grâce au soutien de l’Agence européenne internationale (ESA). On en compte aujourd’hui une petite centaine, répartie plutôt équitablement entre la Wallonie et la Flandre: exploration spatiale, observation de la Terre, lanceurs de fusées, télécommunications, navigation… Des affaires qui roulent grâce à la place de la Belgique au sein de l’ESA. Membre fondateur et important contributeur financier (250 millions d’euros par an), notre pays jouit d’une place confortable dans la prise de décisions. “Historiquement, nous avons toujours été fortement présents”, ­indique David Praet, business group leader Espace au sein d’Agoria, fédération des entreprises technologiques belges. “Notre contribution au budget de l’ESA nous permet de peser à la table des négociations, de soutenir les projets des grands États membres, mais aussi de mettre d’autres initiatives sur la table, qui appuient notre politique industrielle.” Une situation qui offre une certaine stabilité aux sociétés belges, profitable pour l’économie nationale. “D’après les analyses de Belspo (le service public fédéral de ­programmation de la politique scientifique – NDLR), un euro investi dans l’aérospatiale par la ­Belgique rapporte 4 euros en retour direct, ce qui est très intéressant.

Le boulon wallon

À en croire les vieux clichés souvent véhiculés, l’industrie spatiale belge ne fabriquerait que “les boulons et les vis” des fusées, pour le compte de plus grosses entreprises internationales. Sauf que certains acteurs s’efforcent de faire bouger les lignes. Le meilleur exemple: Aerospacelab, basé à Mont-Saint-Guibert. Lancée début 2018, l’entreprise compte aujourd’hui environ 150 employés et vise les 200 d’ici la fin de 2022. Initialement spécialisée dans le domaine de l’information, elle vend désormais ­ses propres petits satellites d’observation 100 % belges. “À la base, nous les fabriquions pour nous afin de fournir les informations désirées par nos clients, mais on s’est rapidement rendu compte que nous pouvions aussi les vendre à des clients extérieurs”, ­explique Benoît Deper, fondateur et CEO. “Nous restons une boîte qui vend de l’information grâce à nos satellites propres, mais financée par des fonds et la vente de satellites.” Les clients d’Aerospacelab sont actifs dans les secteurs tant privés que publics, comme des ministères, des agences, la Commission européenne… “On nous demande des renseignements dans le domaine de la sécurité, la défense, l’agriculture… Mais aussi en logistique ou en surveillance des marchés mondiaux…

Un géant du satellite à Charleroi

Le business de vente de satellites croît d’ailleurs de manière impressionnante. D’ici la fin de l’année, une première usine néolouvaniste devrait produire environ 24 satellites par an, tandis que le chantier d’une seconde, bien plus grande et carolorégienne, vient de démarrer il y a quelques semaines. Il s’agira d’une des plus importantes du monde pour ce type d’engins. En suivant le modèle des constructeurs automobiles, des structures basiques construites à la chaîne et personnalisables à la demande du client, 500 satellites devraient y être assemblés tous les ans une fois celle-ci opérationnelle d’ici quelques années. “Nous sortons du mode de développement à l’ancienne, entièrement dépendant des agences ­publiques, vers quelque chose de plus itératif, plus agile, commente le patron. On peut travailler sur de plus petits projets qu’avant, la barrière à l’entrée est moins haute… On peut fonctionner sans sous-traitants, entièrement en interne. Cela enlève pas mal de freins à la productivité. D’ailleurs, chaque fois qu’on a besoin de compétences externes, on finit par internaliser.” Selon Benoît Deper, l’industrie spatiale belge se porte bien mais semble encore trop souvent dépourvue d’ambition. “Ce sont de très bons sous-traitants, qui manquent de vision. Beaucoup de ces entreprises travaillent pour des plus grosses, donneuses d’ordres, et sont supportées à 100 % par de l’argent public. Mais malheureusement, avec ce manque de compétition, ça stagne et beaucoup de très bons ingénieurs sont souvent coincés dans ces schémas. L’investissement privé, lui, impose des dead­lines, pousse à se dépasser, à l’innovation…

Un burger de l’espace

Côté recherche et innovation, quelques projets ­belges se distinguent tout de même. Du côté de la faculté Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège, le Smart Gastronomy Lab étudie l’alimentation et ses évolutions sous toutes leurs coutures. En mai dernier, ce labo a conclu un partenariat avec l’ESA pour développer des repas pour les astro­nautes. Nous avons voulu en savoir plus mais secret-défense: l’Agence européenne leur a demandé de ne plus communiquer sur le sujet. Lors de l’annonce de cet accord, l’équipe du Smart Gastronomy Lab avait tout de même expliqué à la RTBF travailler sur des recettes saines et goûteuses, mais utilisant 50 % de protéines issues de la spiruline, une microalgue. La raison? L’ESA pense qu’elle pourra être cultivée dans l’espace à l’avenir et pourrait donc être transformée en aliment dans les navettes et stations spatiales. Parmi les exemples présentés à l’époque: des pâtes ou un hamburger de lentilles et de spiruline. L’idée étant de proposer des plats connus et agréables à manger et pas uniquement une dose de protéines végétales, mais aussi des aliments frais, chose rare en orbite qui offre un coup de boost au moral.

L’objectif des chercheurs gembloutois est d’abord de développer des prototypes de machines qui permettront aux astronautes de préparer ces aliments dans l’espace, mais il faudra encore un moment avant que l’équipage de l’ISS organise une soirée burgers. Enfin, la Belgique est également un vivier de talents en ce qui concerne l’aérospatiale. L’ESA cherche actuellement ses prochains spationautes. En février, après un premier tri des plus de 20.000 candida­tures, 50 Belges étaient encore sur la shortlist de 1.361 personnes pour succéder à Dirk Frimout et Frank De Winne. Pas si mal pour un petit pays. Les heureux élus seront connus à l’automne.

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