"Workation": quand travail et vacances ne font plus qu’un

Partir en vacances et emmener son PC, pour profiter du soleil en travaillant : cette tendance prendrait de l’ampleur, avec la généralisation du télétravail.

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Passer le mois de juillet à faire du surf ou à peaufiner son business plan ? Les adeptes du workation ont décidé de ne pas choisir. Pratiquer le workation (contraction des mots work," travail " et vacation," vacances "), c’est en effet joindre l’utile à l’agréable, et s’attaquer par exemple aux vagues de la Méditerranée après avoir bouclé un dossier important.

Miami, Bali, les Canaries… Les structures combinant maison d’hôte, open space, activités diverses et Wifi haut débit se multiplient un peu partout. Des opérateurs comme TUI conçoivent même des offres pour combiner boulot et vacances.

La tendance de travailler dans un lieu de villégiature flexible nous vient des États-Unis : pas étonnant, vu que les travailleurs américains n’ont bien souvent que 10 jours de congés par an.

18% des vacanciers belges concernés

Avec l’essor de la technologie et l’accroissement du télétravail, qui permet de travailler depuis n’importe quel endroit ou presque, le workation aurait de plus en plus la cote. D’après une étude de la plateforme Booking.com (réalisée en 2020), 37% des 20.000 voyageurs du monde entier interrogés envisageaient de réserver un endroit de vacances pour y rester travailler. "Le travail à distance est irréversiblement devenu à la mode […] avec comme effet que les gens chercheront à l’avenir à faire à des voyages plus longs combinant plus que jamais efficacement le travail et le plaisir", prévoyait Booking.com, cité par l’AFP.

Autre donnée présageant potentiellement de l’avenir du concept : 18% des travailleurs belges ont prévu de travailler durant leurs vacances, selon le dernier baromètre d’Europ Assistance. Parmi ceux-ci, 29% le feront depuis leur location de vacances, 27% depuis le logement d’un membre de la famille ou d’un ami ou depuis un hôtel 21%, selon le baromètre.

Mode d’emploi

Pour ceux qui peuvent se le permettre, le workation, de par la flexibilité et les environnements apaisants qu’il offre, peut rimer avec bien-être et diminution du stress. Selon ses défenseurs, il permettrait même de gagner en productivité et en créativité. Mais importer son travail en vacances n’est cependant pas recommandé pour tout le monde. Comme le télétravail de manière générale, le workation peut induire une certaine solitude dans l’activité professionnelle.

Il nécessite également une certaine discipline, pour ne pas passer ses journées à siroter des cocktails à la plage plutôt que de rester concentré sur son ordinateur. Attention aussi à bien se caler sur le même fuseau horaire avec son employeur ou son client, cela permet de ne pas être réveillé par des coups de fil à 4 heures du mat.

Comme le note l’Echo, le workation s’insère dans le cadre d’un télétravail structurel. Les parties impliquées doivent donc au maximum anticiper les questions et problèmes qui pourraient se poser, et formaliser un minimum les choses. "Le télétravail est théoriquement possible partout dans le monde, et l’employé est libre de prester ses heures comme il l’entend, mais encore faut-il que le décalage horaire ou les habitudes locales soient compatibles avec le fonctionnement et les besoins de l’entreprise. Des discussions d’ordre pratique sont parfois nécessaires", expliquait au quotidien Frédéric Hespel, expert Acerta Consul.

Et le droit à la déconnexion dans tout ça?

Si le workation a donc quelques attraits, il soulève aussi des interrogations. À l’ère du télétravail, il contribue pour certains à rendre plus poreuse encore la frontière entre travail et vie privée, et fragilise un droit à la déconnection parfois déjà bien malmené. Après s’être incrusté à la maison, voilà que le boulot nous suit en vacances.

Auprès de l’AFP, Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, peinait à trouver de l’intérêt au concept: "Soit on travaille, soit on est en vacances. Mais on ne peut pas faire les deux. Ce concept cache finalement une appellation connue de tous afin de rendre le télétravail plus agréable dans un monde du travail en crise. D’un point de vue éthique, ça ne fonctionne pas. Est-ce qu’à l’inverse ça marche, le vacawork ? Est-ce que je peux inviter des amis à boire une bière au bureau ?", se demandait-il.

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