Avec Omicron, une vague d’absentéisme au travail

En raison de sa grande contagiosité, le variant ­Omicron pèse lourdement sur l’économie. L’enjeu aujourd’hui est de permettre aux Belges de travailler. Et de les pousser à consommer.

absentéisme au boulot
Les entreprises s’attendent à de grosses difficultés en raison des records de contaminations et de quarantaines. © Adobe Stock

Vous le savez, si Omicron est moins virulent que ses ­prédécesseurs, le variant dominant se propage plus rapidement et fait exploser les chiffres. Selon l’OMS, 50 % des Européens pourraient être contaminés d’ici le mois de mars. Cela pèse forcément sur le monde du travail et donc l’économie. Les premières données de l’enseignement catholique (Segec) montrent que le taux d’absentéisme lors de la rentrée des enseignants du secondaire était passé de 8 à 10 % et que les dernières observations sont “relativement préoccupantes”. Bref, ce sera bientôt pire.

Côté hospitalier, mi-janvier, le Comité Hospital & Transport Surge Capacity estimait que 192 lits de soins intensifs et 3.596 lits ordinaires étaient indisponibles à cause de la pénurie de personnel. Lors de cette cinquième vague, il se pourrait que les hôpitaux soient débordés non en raison du nombre de patients, mais de manque de personnel. Ainsi, il a été décidé que, de façon exceptionnelle, les soignants contaminés par le coronavirus mais asymptomatiques puissent exercer dans des ­services Covid. Cette décision avait déjà été prise par Sciensano à la fin de l’année 2020. Aucun risque inutile ne sera pris pour autant. Si le personnel a une charge virale élevée ou qu’il se sent stressé ou mal à l’aise, il devra/pourra rester chez lui. Dans les PME et surtout dans l’Horeca, l’incapacité de travail serait tout aussi gigantesque en ce début d’année. L’Union des classes moyennes s’attend, à court terme, à ce que le nombre record de contaminations débouche sur un taux d’absentéisme massif en raison d’une maladie ou d’une quarantaine. Les entreprises, ­grandes et petites, mais également les ­écoles pourraient alors être en difficulté. C’est pour cela, d’ailleurs, que les règles d’isolement pour les cas contacts asymptomatiques ont été assouplies, ou qu’il faut désormais 4 élèves contaminés par classe pour la fermer au lieu de 2 auparavant.

Omicron rajoute des difficultés aux difficultés. De nombreuses entreprises, forcées à l’arrêt et maintenues en vie par les aides, ont déjà fortement souffert. Financièrement et dans leur gestion quotidienne. L’entreprise RH Acerta a chiffré le phénomène: en 2021, 12 % de l’ensemble des travailleurs ont été absents pour cause de maladie au moins un jour. C’est plus qu’en 2020 (8,77 %). Les principaux concernés étaient les 30-44 ans, vraisemblablement les parents. Même un système de testing relativement performant comme le nôtre ne peut suivre la cadence de la contagion. De manière générale, la stratégie basée sur le testing et une quarantaine “stricte” y compris pour les cas contacts et les asymptomatiques pourrait ne plus être adéquate. D’autant qu’elle pourrait ne plus être nécessaire sur la base des chiffres d’hospitalisation. Aujourd’hui, l’espoir est surtout que cette cinquième vague soit forte, mais redescende vite afin de limiter les dégâts économiques.

Un lockdown “économique”?

Lors des périodes d’inquiétude, les consommateurs dépensent moins. Or, au cours des deux dernières années, les Belges qui n’ont pas subi de pertes de revenus ont préféré laisser leur argent sur un compte épargne ou l’investir dans l’immobilier et la Bourse. ­Lorsque la crise dure trop longtemps, cela est néfaste pour les recettes de l’État et l’emploi. La stratégie du lockdown complet, comme l’Autriche l’a encore fait lors de la 4e vague, n’est donc pas la pire des idées. Cela revient à faire retomber les chiffres de contaminations pour recréer de la confiance et de la demande. Bref, selon cette théorie du FMI, notamment, le confinement strict est un investissement.

Rendre la situation prévisible

Le baromètre corona pourrait soulager l’économie en rendant l’évolution des mesures prévisible. Lundi, le projet sur la table ­comportait trois codes couleur: vert (tout est sous contrôle), orange (c’est bof) et rouge (c’est la catastrophe sanitaire). Les discussions sur les seuils sont particulièrement sensibles: faut-il passer au rouge dès 300 lits occupés dans les unités de soins intensifs? 500? 600? Le débat est également complexe pour les autres critères (il y en aurait 6) comme l’évaluation de la santé mentale des Belges et le degré d’adhésion de la population aux mesures. On devrait en savoir plus lors du prochain Codeco cette semaine.

Le vaccin pour le travail en présentiel

Certains défendent la vaccination obligatoire pour assurer le bon fonctionnement du travail en présentiel… Malgré les débats, ce ne sera probablement pas pour tout de suite. Le personnel soignant devait avoir l’obligation de se faire vacciner à partir du 1er janvier 2022. Or, le projet de loi a seulement été approuvé en première lecture et le Conseil d’État l’a validé. Il doit maintenant passer devant le Parlement. Si le texte est voté, les soignants auront au minimum jusqu’au 1er avril pour se mettre en ordre de vaccination. Concernant la population générale, des députés ont commencé les discussions en Commission Santé. Une séance plénière exceptionnelle sera organisée avant la fin février.

Sur le même sujet
Plus d'actualité