Pour ou contre les travaux d’intérêt général imposés aux chômeurs flamands?

Les demandeurs d’emploi flamands au chômage depuis plus de deux ans seront obligés de prester un service communautaire. Le débat est chaud.

des prospectus à la VDAB en Flandre
Des prospectus à la VDAB. © BelgaImage

Pour

64 heures par mois

La Flandre l’a décidé: dès 2023, les chômeurs de longue durée (depuis plus de deux ans) seront appelés à prester des travaux d’intérêt général. Balayer la rue, accompagner les enfants dans un bus scolaire… pour un maximum de 64 heures par mois et 1,30 € de l’heure. Un montant qui viendra s’ajouter aux allocations de chômage. Des allocations que le chômeur perdra s’il ne preste pas ces TIG.

70.000 personnes concernées

C’était l’un des points (controversés) de l’accord de coalition du gouvernement flamand. Dans le nord du pays, la mesure concerne 70.000 demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de deux ans. Pour la CD&V Hilde Crevits, ministre flamande de l’Emploi, il s’agit “d’une manière de continuer à être formé pour développer ses compétences sociales”.

Le MR en rêve

Côté francophone, le MR a applaudi la mesure par la bouche de son président Georges-Louis Bouchez. Il y voit un moyen de défendre les travailleurs, mais “aussi de soutenir le développement économique et humain”. Les libéraux ont déjà défendu une telle mesure par le passé.

Déjà en 2014

La mesure existe aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Hongrie. Elle avait déjà été dans les cartons du gouvernement “suédois” (MR – CD&V – Open VLD – N-VA) en 2014 avant, donc, de se concrétiser en Flandre. Ses défenseurs mettent en avant le tri opéré entre chômeur volontaire et involontaire, le maintien ou la relance des habitudes professionnelles et une série de services rendus au reste de la société.

Contre

Stigmatisation

L’annonce a directement fait l’objet de vives critiques. En Flandre d’abord, où le syndicat chrétien ACV dénonce “une mesure symbolique avec un niveau élevé d’intimidation et de stigmatisation, sans grand résultat”. Ides Nicaise, prof d’économie à la KUL, estime que les employeurs ne seront pas spécialement intéressés. “Au Royaume-Uni, cela n’a pas créé de richesse. Les retombées économiques ont été nulles, voire négatives.”

Pas en Wallonie ni à Bruxelles

Les accords des gouvernements bruxellois (41.000 chômeurs de longue durée) et wallon (81.000) ne comprennent pas cette mesure. Le ministère bruxellois de l’Emploi (DéFI) explique que “la Flandre manque de main-d’œuvre, alors que Bruxelles et la Wallonie manquent d’emplois”. En Wallonie, on l’assure, jamais ce type de mesure ne sera appliqué. La PS Christie Morreale, ministre wallonne de l’Emploi, veut privilégier l’accompagnement à l’obligation.

Les autres rejettent

Les autres partis francophones ont, eux, vigoureusement rejeté l’idée. Pour DéFI, le travail forcé n’est pas la solution dans une société plus inclusive. Au PS, Pierre-Yves Dermagne, ministre fédéral du Travail, a annoncé vouloir vérifier d’éventuels conflits au niveau des compétences. Écolo rappelle qu’il existe déjà la dégressivité des allocations. Enfin, le PTB réclame “de vrais jobs, et pas du travail forcé”.

Territoire zéro chômeur

Pour beaucoup, l’un des risques est le potentiel remplacement d’emplois traditionnels par de la main-d’œuvre bon marché. Face à cela, la Wallonie en a profité pour rappeler sa volonté de développer les zones “zéro chômeur”. L’idée: embaucher en CDI des travailleurs issus de publics fragilisés, dans des structures locales et subsidiées. Une récente étude de la KUL confirme l’aspect viable et bénéfique de cette mesure venue de France.

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