Manifestation des travailleuses du sexe à Bruxelles: "Donnez-nous des droits!"

Ce vendredi 17 décembre, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe (TDS), plusieurs associations se sont rassemblées lors d’une manifestation dans le Quartier Nord de la capitale. Leurs revendications : un statut et des droits pour les TDS.

manifestation des travailleuses du sexe
Les manifestants ont déposé des roses devant la carrée d’Eunice Osayanda pour lui rendre hommage. La jeune femme a été assassinée en juin 2018. © Dominique Botte

" Cette journée n’est pas la plus heureuse de l’année, mais il est primordial de parler des violences que nous subissons. " Dans la rue de Linné, à Saint-Josse-ten-Noode, une trentaine de personnes est rassemblée devant la carrée où Eunice Osayande, une TDS nigériane de 23 ans, a été poignardée à mort en juin 2018. Marie, une TDS qui travaille dans le quartier depuis près de 30 ans, est la première à prendre la parole. " Nous exigeons que cessent toutes les politiques de criminalisation envers les TDS et réclamons l’obtention de droits pour ces dernières. Sans ça, nos noms continueront à remplir les colonnes des faits divers. " Les associations présentes lors de la manifestation – UTSOPI, Espace P et Alias – dénoncent l’impunité qui entoure les violences contre les travailleuses du sexe. Une situation qui s’est encore aggravée avec la pandémie.

Précarité et insécurité

" Avec le Covid, on a constaté une explosion des situations de précarité chez les TDS ", explique Quentin Deltour, porte-parole d’Espace P, une ASBL qui propose un accompagnement psychosocial et médical aux métiers du sexe. " Les conditions d’exercice se sont également radicalisées. Durant le confinement, les violences contre les TDS ont quasiment doublé – et ce, alors qu’il y a eu de nombreux mois d’interdiction de travail, et donc moins de passes. " Comment l’expliquer ? Selon le porte-parole, les clients violents ont senti qu’ils étaient en position de force. En effet, " il est plus difficile pour les TDS d’aller se plaindre alors qu’elles exercent dans l’illégalité. "

Du côté d’UTSOPI (Union des Travailleur.euse.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance), Chloé, chargée de projets, relate les violences auxquelles s’exposent les TDS dans le quartier des carrées : rackets, vols de téléphones, bagarres en raison des nombreux deals,… Parallèlement, " dans des quartiers comme celui d’Yser, où les femmes travaillent en rue, certaines préfèrent ne pas sortir le soir car elles ne se sentent pas en sécurité – surtout depuis que l’Horeca ferme à 23h et que les passants désertent la zone. La police fait même des rondes en conseillant aux TDS de ne pas rester dehors ". Un paradoxe, puisque le racolage est interdit. Face au flou qui entoure l’application de la loi et à l’intensification des violences contre les TDS, le gouvernement fédéral a décidé d’agir.

Vers une décriminalisation?

" La politique sur la prostitution est hypocrite ", admettait en septembre dernier le vice-Premier ministre et ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD), interrogé par Thomas Gadisseux sur les ondes de la Première. " C’est une sorte de politique de tolérance mais sur le terrain, c’est incohérent et arbitraire ". En effet, en Belgique, la prostitution n’est pas interdite mais tout ce qui permet son organisation est illégal – une zone grise qui se révèle surtout favorable aux proxénètes. Au printemps dernier, constatant la nécessité d’octroyer un statut social aux TDS, le vice-Premier ministre avait donc présenté un projet de réforme du droit pénal sexuel prévoyant, entre autres, une décriminalisation de la prostitution. Ce mercredi 15 décembre, le projet a été approuvé en première lecture par la commission Justice de la Chambre. Le Conseil d’État devra ensuite rendre son avis, qui sera examiné une deuxième fois en commission. Selon Quentin Deltour, " accorder un statut aux TDS ne règlera pas tous les problèmes, mais ce serait un bon début ".

Une réforme urgente

La situation des TDS est critique. En raison de la raréfaction des clients, de nombreuses femmes ne sont plus capables de payer leur loyer. C’est le cas de Marie. Lundi 13 décembre, elle a été expulsée de sa carrée, située rue de Linné, par son propriétaire. En perdant son logement, elle a aussi perdu son travail. Bien que le proxénétisme immobilier soit interdit, il est répandu dans le Quartier Nord. Et les TDS n’ont pas les moyens d’y faire face. " À Saint-Josse, la plupart des femmes n’ont pas de papiers, elles n’ont pas les moyens de s’opposer aux propriétaires qui les exploitent. Pour eux, nous sommes juste de l’argent sur pattes. " Selon Marie, les choses se seraient passées différemment si elle avait eu un statut. " En tant que TDS, nous n’avons aucun droit. C’est pourquoi nous ne portons pas plainte à moins d’être à bout. L’indifférence institutionnelle, c’est une forme de violence terrible. " Sonia Verstappen, vice-directrice d’UTSOPI, confirme : " Donner des droits aux TDS reviendrait à les reconnaître socialement. Et symboliquement, c’est très important. "

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