La presse écrite en mal de papier

Nouvelle conséquence économique de la crise sanitaire, le risque de pénurie de pâte à papier attaque de plein fouet les secteurs de la presse et de l'édition.

Presse écrite en péril
Belga

Le dernier roman d’Amélie Nothomb se retrouvera-t-il bien sous le sapin ? Pour un prix Renaudot, il ne devrait pas y avoir de soucis, mais pour d’autres plus obscurs… ? Sans même parler des journaux et magazines. Ou plutôt, si, parlons-en.

C’est peu ou prou la même histoire que l’énergie et les matières premières. En bref, avec les restrictions et confinements qui ont accompagné la pandémie, les usines de papèterie ont tourné au ralenti. Moins de pâte à papier a été produit. Si bien qu’à la reprise, la demande a explosé sans que l’offre ne suive.

Fin 2021, on en est là. Qu’on se rassure, le papier hygiénique n’est pas concerné par le problème – on aura toujours du papier toilette en suffisance ! Et le bureautique non plus. C’est le papier graphique qui est concerné, soit le support pour l’écrit. Ce problème de pénurie touche donc de plein fouet les secteurs de l’imprimerie, de l’emballage, de l’édition et, en premier lieu, de la presse écrite (journaux et magazines).

Imprimerie à plein régime

Imprimerie à plein régime – Belga

L’industrie de la papèterie, comment ça marche ?

Les principaux producteurs de pâte à papier se trouvent en Scandinavie, au Canada et en Amérique du sud (Brésil et Chili en tête). C’est à partir de ces régions que le monde est approvisionné en papier cellulose.

Or, quelles sont les conséquences du Covid sur le secteur ? Le transport ! Les embouteillages à l’entrée des ports de commerce, l’explosion du prix du fret maritime et la pénurie des chauffeurs routiers font qu’il y a de sérieux retards dans les approvisionnements en papier. A cela, il faut ajouter l’explosion du prix de l’énergie (la papèterie est grande consommatrice) et de celui des matières chimiques nécessaires à la fabrication du papier.

Résultat, le prix du papier graphique a augmenté de 30% depuis mars. Et devrait continuer à augmenter… En clair, le secteur de l’édition et de la presse écrite sont sous haute tension avec un risque réel de pénurie de papier dans les mois qui viennent.

Presse en péril

Presse en péril – Belga

Fragilisation d’un secteur déjà fragilisé

Comment cela se traduit-il dans les pages de votre magazine préféré ? Au nombre de pages, justement. Faute de stock de papier en suffisance, les éditeurs risquent d’être contraints de diminuer la pagination des revues et journaux. Les numéros spéciaux de type hors-série ne verront probablement pas le jour en 2022. Surtout, l’augmentation du prix du papier est particulièrement préoccupant dans un secteur déjà fragilisé par la transition numérique.

Y a-t-il des solutions ? L’utilisation de papier recyclé, par exemple. C’est une pratique qui se fait déjà, imposée par la nécessité écologique. Si bien que le papier recyclé, lui aussi, se fait de plus en plus rare. D’autant plus que le commerce en ligne a explosé ! Et avec lui les emballages en carton recyclé. Bref, il faut trouver autre chose.

Et si c’était l’heure d’accélérer la transition numérique? Fini le papier, on fonce sur internet ! Sauf que le secteur de la presse écrite est en transition forcée depuis des années. Or, elle tire toujours la majorité de ses revenus du papier (via les abonnements, ventes au numéro et la pub qui est bien plus généreuse sur le papier que sur le web). De plus, nos habitudes de lecture restent, malgré tout, très attachées au papier. Vous le savez bien, vous qui lisez Moustique chaque semaine ! Bref, le risque de pénurie de papier fragilise un peu plus un secteur déjà fragilisé. Quant à nous, vaillants scribouillards de presse écrite, il ne nous reste plus qu’à sortir notre mouchoir pour pleurer. Attention : en tissu, le mouchoir !

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