Manifestations des policiers: sont-ils si mal payés?

Les syndicats de police réclament une revalorisation des salaires et les comparaisons avec d'autres secteurs leur donnent parfois raison, mais pas toujours.

Manifestation des syndicats de police
Les syndicats de police protestant en marge du Te Deum de la fête du Roi, le 15 novembre 2021 @BelgaImage

Depuis ce lundi 15 novembre, les syndicats de police enchaînent les actions. Hier, près de 200 policiers sifflaient Albert II et Paola à l’occasion de la fête du Roi avant de manifester dans les tunnels de la capitale, engendrant ainsi des problèmes de circulation. Ce mardi, rebelote au carrefour Arts-Loi, bloqué pendant plus d’une heure et demie, puis autour des aéroports de Zaventem, de Charleroi et de Bierset (Liège) avec des contrôles très pointilleux qui ont fait louper leurs vols à près de 100 personnes. Et ces actes de protestations sont appelés à continuer.

En agissant de la sorte, les policiers dénoncent surtout le manque de revalorisation de leurs rémunérations. Car depuis 2001, à part un rehaussement des barèmes des rangs intermédiaires en 2018, il n’y a eu aucun ajustement réel. Voici donc la teneur moyenne de ces salaires de la discorde.

Un salaire inférieur ou équivalent à la moyenne au début

Évidemment, il n’y a pas un salaire unique pour tous les membres de la police. Cela dépend d’abord du type de poste: agent, inspecteur (en chef) ou commissaire. Pour avoir accès à tel ou tel poste, le diplôme demandé varie. Globalement, pour être agent, il n’en faut pas, alors qu’il faut avoir terminé l’école secondaire pour devenir inspecteur. Un bachelier est demandé pour les inspecteurs en chef et enfin, pour être commissaire, il faut avoir un diplôme universitaire de type long (licence ou master), autrement dit comme pour les emplois de niveau A dans les administrations fédérales, le grade le plus élevé.

Quant au salaire, concrètement, un agent peut espérer gagner 2.109€ brut par mois au début de sa carrière, là où un inspecteur commence à 2.296€, comme le fait savoir la VRT. C’est moins que ce que gagne en moyenne l’ensemble des personnes sans diplôme du supérieur pour ce stade de la vie professionnelle, c’est-à-dire 2.383€ d’après le Jobat Salary Report. Un constat qui tendrait à appuyer les revendications des protestataires de cette semaine. Comme le précise RTL Info, si on traduit en net, on arrive à 1.550€ pour un inspecteur, contre 1.684€ pour un fonctionnaire du Service Public de Wallonie (SPW) qui a pourtant le même niveau d’études. Jobat prend pour sa part le cas d’un inspecteur marié qui a commencé à travailler dans la police il y a trois ans. Il gagne 1.737€ net.

Pour les inspecteurs en chef, c’est une autre histoire. Ici, il faut plusieurs années d’expérience pour arriver à ce poste et avec six ans d’expérience, le salaire est en réalité de 3.200€ bruts, toujours selon la VRT. Contrairement à avant, cette somme s’inscrit assez bien dans la moyenne des personnes ayant le même niveau de diplôme. Quant aux commissaires, Jobat en a interviewé un en 2012 pour connaître son salaire. Cette personne, âgée de 49 ans, gagnait alors 2.500€ net.

Une ancienneté et des primes non négligeables

Pour le reste, il faut préciser que les policiers voient leurs salaires fluctuer en fonction non seulement de leur ancienneté mais aussi de leur situation familiale (célibataire, marié, etc.). Ensuite, il y a les primes (de nuit, de week-end, heures supplémentaires). Un élément non négligeable quand on sait qu’un policier preste en moyenne deux week-ends et six nuits par mois, soit près de 350€ de primes par mois.

RTL Info a fait le compte: avec tous ces suppléments, un agent de police peut espérer gagner en moyenne 2.025€ nets, tout en ayant 32 jours de congé par an et une gratuité pour les soins médicaux. Après 30 ans de métier, cela monte à 2.590€, soit plus que les 2.195€ d’un fonctionnaire du SPW qui voit son salaire grimper moins vite avec le temps.

Une augmentation gelée

En février dernier, les policiers ont entamé des discussions avec la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, pour revoir les barèmes à la hausse, surtout que certaines allocations et indemnités ont été perdues ces dernières années pour les nouveaux arrivants. Au printemps, le ministère a proposé une augmentation jugée insuffisante par les syndicats. Selon ces derniers, cela aurait représenté un supplément de 35-40 par mois.

Depuis, le dernier accord budgétaire fédéral a acté l’impossibilité de se permettre toute nouvelle hausse, même celle évoquée au printemps. Annelies Verlinden se dit toujours ouverte au dialogue mais elle tient à être claire: elle ne veut pas faire de promesse intenable. Elle estime notamment que pour cela, il va falloir que les communes mettent la main au portefeuille. Lors de la dernière réunion pour aborder du sujet avec les pouvoirs locaux, la discussion s’est terminée sur un échec, les communes se disant déjà prises à la gorge financièrement.

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