"On a eu l’impression qu’on voulait nous abattre": Courtois et Witsel se confient sur le Mondial au Qatar

Tournée avant et après le Mondial au Qatar, la série documentaire One For All donne la parole aux cadres de la génération dorée des Diables Rouges. Thibaut Courtois et Axel Witsel nous en parlent.

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L'échec cuisant de la Coupe du monde 2022 a signé la fin d’un cycle pour la sélection nationale: celui de la génération dorée qui a fait vibrer le pays pendant 8 ans. Dans la série One For All, diffusée sur Prime Video, Lukaku, Courtois et Witsel reviennent sur cet épilogue douloureux. Avec un peu d’amertume sur le traitement qu’ils ont reçu. Mais aussi la fierté d’avoir remis le foot belge sur la carte.

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Pourquoi avoir accepté de faire ce documentaire? Qu’en avez-vous pensé?
Axel Witsel -
C’est fun et on n’a pas la chance de participer à un documentaire tous les jours. Puis il y avait un avant-après sur la Coupe du monde. Même si pour l’après, on aurait aimé que ça se passe autrement...

Thibaut Courtois - On nous demande souvent de faire des documentaires ou de venir filmer chez nous mais on n’aime pas trop ouvrir nos portes.

A.W. - Non, pas trop!

Ça permet aux gens de mieux nous connaître.

T.C. - L’idée était chouette. Ça permettait aussi de montrer comment on se préparait pour cette dernière chance pour beaucoup de Diables. Évidemment, si on avait été plus loin, le documentaire aurait été plus beau. Le résultat n’est pas là, mais ça montre les efforts que l’on fait. Pas seulement aux entraînements mais aussi en dehors. On me voit chez moi dans ma salle de sport par exemple. Ça permet aux gens de mieux nous connaître et pas seulement à travers ce que la presse écrit de nous ou ce qu’ils voient à la télé. Mais aussi de voir comment les critiques peuvent vivre dans nos têtes.

A.W. - Il y a un côté plus privé, des anecdotes, des choses qu’on n’a jamais dites. On s’ouvre un petit peu plus et c’est bien pour les gens de voir ce côté-là.

Comment expliquez-vous cet échec? Vous dites que l’envie était moindre qu’en 2018…
A.W. -
Contre le Maroc, ce n’était pas une question de qualité, de “on est trop vieux”, de “on est trop lents”. Ils avaient faim, les mecs. Après, l’expliquer… On peut dire que c’était une Coupe du monde un peu spéciale parce que c’était au milieu de la saison, mais c’était le cas pour toutes les équipes...

T.C. - Oui, les Marocains avaient plus faim. On était trop relax et on l’a payé cash. On devait gagner contre la Croatie, mais ça finit 0-0. Après, ces deux équipes ont été jusqu’en demi-finale, il faut remettre les choses dans leur contexte.

A.W. - Pour le même prix, contre la Croatie on gagne 4-2, l’histoire est réglée et on ne sait pas ce qu’il peut se passer après. On n’a pas eu ce petit brin de chance. Mais en Coupe du monde, tu ne peux pas te réveiller au troisième match.

Dans la série, vous dites que “la presse a foutu la merde”. Ces critiques ont-elles changé votre perception de la Belgique?
A.W. - Ça nous a touchés parce que c’était sûrement la dernière Coupe du monde de notre génération, on avait envie de plus de positivité. La critique fait partie de notre métier. Il faut l’accepter. Mais on a eu l’impression qu’on voulait nous abattre, que c’était de l’acharnement.

T.C. - Je pense qu’on méritait mieux. Avant le Brésil, on ne se qualifiait pas. On est arrivés et on a uni le pays. La presse a joué à détruire cette image et à créer des problèmes. Je vis en Espagne et ça ne se passe pas comme ça. Ils ont été moins critiques pendant le tournoi et ne l’ont été qu’après l’élimination. C’est mieux. Bien sûr, dans le foot, tu ne peux pas toujours être positif. Contre le Maroc, on n’a pas bien joué. Mais pendant le tournoi, il faut être uni et quand il est terminé, là tu peux critiquer, pas de problème. En Belgique, quand on est sur la pente ascendante, c’est toujours fantastique mais quand on arrive au top, un bon match n’est plus suffisant et les critiques arrivent trop vite. Mais je pense que les supporters étaient derrière nous. J’espère que contre l’Autriche on remplira le stade parce que c’est un nouveau cycle. L’équipe nationale unit les Flamands et les Wallons et c’est beau. En Russie, les places étaient pleines de noir-jaune-rouge et c’est ça qu’on veut.

Certains disent que cette génération dorée a échoué pour n’avoir rien gagné. Injuste?
A.W. - Le nom de “génération dorée”, on ne se l’est pas attribué nous-mêmes, hein. C’est vrai qu’on n’a pas gagné de trophée mais on a écrit l’histoire. On a terminé troisièmes en Russie. Pour nous c’était ­historique, on a fait la fête sur la Grand-Place à Bruxelles et c’était comme si on avait été champions du monde. On n’a rien gagné mais on a créé ­quelque chose de magnifique et qui restera. En espérant que la prochaine génération fasse aussi bien.

T.C. - Les grands tournois c’est tous les quatre ans, ce n’est pas si facile de gagner. Parfois tu as besoin d’un peu de chance pour gagner. Ce n’est pas comme si on avait perdu contre des mauvaises équipes. La France est championne du monde en 2018, l’Italie championne d’Europe en 2021 et, au Qatar, le Maroc et la Croatie vont en demi-finale. Avant on jouait l’Estonie ou l’Arménie et on perdait. Aujourd’hui ce sont des matchs qu’on doit gagner donc on s’améliore. J’espère qu’à l’avenir on pourra gagner un Euro. Que ce soit avec ou sans moi, dans 10 ou 15 ans… Le centre national à Tubize, c’est grâce à nos prestations, c’est ce qu’on a donné à la Belgique. Des jeunes de l’âge de nos enfants seront peut-être champions du monde avec la Belgique.

Le mélange entre les anciens et la nouvelle génération gagnera-t-il un trophée?
T.C. - Les matchs contre la Suède et l’Allemagne étaient bons mais il faut y aller petit à petit. On a un nouveau coach, beaucoup de jeunes qui ­doivent s’adapter et peu de temps pour travailler. On ne peut pas espérer gagner l’Euro l’année prochaine. Évidemment, on commencera le tournoi pour le gagner mais il faut y aller étape par étape. Il faut d’abord penser à construire et on verra où ça nous mène. On a des jeunes de 17, 18, 19 ans, ça va prendre du temps.

Axel, vous avez dit votre envie d’aller à l’Euro 2024 et vous venez d’annoncer votre retraite internationale. Qu’est-ce qui a changé?
A.W. - C’est une très bonne question mais je n’ai pas encore envie d’y répondre…

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