Coupe du Monde 2022 : le Mondial qatari est-il une réussite ?

Les polémiques sociétales et environnementales n’ont pas résisté bien longtemps aux premières frappes dans la lucarne. Une déception pour beaucoup, même si la politique a tout de même émaillé ce Mondial.

président de la Fifa et émir du qatar donnent le trophée de la coupe du monde à Messi
Le président de la FIFA Gianni Infantino et l’émir qatari Tamim Ben Hamad al-Thani donnent le trophée à Lionel Messi. © BelgaImage

Mais l’aspect politique, qui s’était ardemment greffé à cette Coupe du monde, a-t-il survécu aux premières actions d’éclats des joueurs? On peut maintenant légitimement se poser la question. Les médias nous l’avaient pourtant promis: durant un mois, on ne parlerait pas que de football. Et effectivement, en début de compétition s’enchaînaient dans les journaux et sur les plateaux des sujets connexes, plus sociétaux. Mais ils se sont rapidement taris, laissant la place aux analyses footballistiques. Ce n’est pas entièrement la faute des rédactions, les fans de foot avaient envie de parler ballon. Car si beaucoup envisageaient un boycott avant le premier coup de sifflet, il s’est finalement réservé aux profanes et à quelques irréductibles. Excepté en Allemagne, les audiences ont été excellentes. La finale a d’ailleurs constitué un record absolu chez nos voisins français, avec 24 millions de téléspectateurs.

La politique a cependant occupé une place privilégiée durant tout ce mois de football. Par touches. D’abord, il y a les promesses. Les promesses que les travailleurs, principalement migrants, bénéficieront de meilleures conditions de travail. Ça a été la rengaine de tous les défenseurs du Qatar. “Des efforts ont été faits”. Seront-ils pérennisés? Surtout, les Occidentaux s’y intéresseront-ils encore? On peut douter. Amnesty rappelait la semaine dernière que la Fifa n’avait finalement pas travaillé sur la mise en place d’un fond d’indemnisation pour les travailleurs migrants, alors qu’elle l’avait promis. “Gianni Infantino s’est déchargé de toute responsabilité et a fait valoir que toute personne ayant subi des atteintes aux droits humains devrait “prendre contact avec les autorités compétentes pour demander une juste indemnisation” au fonds de compensation existant au Qatar.”

Sur le terrain, la portée politique de l’exploit marocain a fédéré le monde arabe. Et ce n’est pas anodin, dans les joies des joueurs se retrouvait le drapeau palestinien. On se souvient aussi des larmes iraniennes après la victoire face au Pays de Galles, et des hymnes tus (puis fredonnés sous la pression du régime) en soutien aux manifestations qui se tiennent au pays. Notons également l’amicalité entre l’émir qatari et le prince saoudien Mohammed ben Salmane, inenvisageable il y a encore quelques mois. Et comment oublier le geste des joueurs allemands, se cachant la bouche, comme bâillonnés par la Fifa, interdits de porter le brassard One love en soutien aux minorités sexuelles. Un message atténué par leurs prestations sportives… puis par le gros contrat d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié entre le Qatar et l’Allemagne. Preuve que, contrairement à ce qu’a dit le président Macron, le sport est politique, mais qu’il se heurtera toujours bien aux réalités économiques.

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Soft-power

Très critiqué avant le début de la compétition, le Qatar a-t-il finalement réussi son opération séduction? Adepte du soft power par le sport, le petit État arabe semble sortir grandi de ce Mondial. Des milliards de personnes ont regardé les matchs et de nombreux chefs ou représentants d’États se sont déplacés. Il n’y a donc eu ni boycott médiatique ni diplomatique. Emmanuel Macron a même salué “une très bonne organisation de la part du Qatar”. Pour autant, le Qatar reste dans le viseur des associations et de la société civiles des pays occidentaux. Même si dans le reste du monde, c’est plutôt l’Occident qui passe pour un donneur de leçon.

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Et maintenant, comment on attribue?

Le grand public ne s’est probablement jamais autant interrogé sur l’organisation des grandes compétitions. C’est une première victoire. Mais la prochaine Coupe du monde, qui se tiendra à cheval entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, pose déjà des questions en matière de déplacements et d’empreinte carbone. D’autant qu’il y aura 48 équipes. Pour la suite, les scandales qataris inciteront-ils les institutions sportives à repenser l’attribution des compétitions? Certains le pensent, mais la satisfaction de la Fifa à la sortie du Mondial qatari laisse songeur. D’autant que l’Arabie Saoudite ou la Chine se voient bien comme prochains organisateurs.

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Justice belge 1 - Qatar 0

Hasard du calendrier (ou pas?), est tombée en plein Mondial l’annonce d’une enquête de la justice belge sur une potentielle ingérence du Qatar (et du Maroc) dans les affaires européennes. Corruption, sacs de billets, perquisitions de députés européens… “Quand on lit tout ce qui s’est passé au Parlement européen, il y a peut-être des raisons qui peuvent expliquer pourquoi il n’y a guère eu de protestations pour ce qui se passe au Qatar…”, a lâché le sociologue du sport Jean-Michel De Waele au Soir. Si la Coupe du monde est terminée, les questions autour du Qatar devraient bien lui survivre.

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