Coupe du monde 2022: Macron en a-t-il trop fait en consolant les Bleus?

À l'issue de la finale du Mondial, Emmanuel Macron a été critiqué pour son omniprésence et ses gestes d'affection potentiellement exagérés envers les Bleus.

Emmanuel Macron enlaçant Kylian Mbappé
Emmanuel Macron enlaçant Kylian Mbappé, le 18 décembre 2022 au stade de Lusail (Qatar) ©BelgaImage

Ce dimanche, dans les gradins du stade de Lusail, le président français attendait avec impatience la victoire des Bleus. À son grand désarroi, c'est l'Argentine qui l'a emporté. À peine la sentence rendue qu'Emmanuel Macron descendait dans l'arène. Si les stars, ce sont les footballeurs, il apparaît lui aussi partout. Il enserre longuement Kylian Mbappé dans ses bras, ne manque pas d'accorder des interviews et fait un discours dans les vestiaires, toujours devant une caméra. Une omniprésence qui a frappé autant les commentateurs des chaînes télé que les internautes, à se demander s'il n'y a pas une volonté de récupération politique.

Quand la star, c'est Emmanuel Macron

Une image a particulièrement marqué: celle du chef d'État avec Kylian Mbappé. Il frotte sa tête contre la sienne, le prend à plusieurs reprises par le bras, l'enlace longuement, lui tapote le dos et lui caresse les cheveux. Face au président qui s'adresse à lui, le virtuose française du ballon rond lâche à peine quelques mots, encore assommé par le fait d'être passé si proche d'une deuxième Coupe du monde remportée. Interrogé par BFMTV, Emmanuel Macron expliquera ensuite qu'il «était aussi triste que lui». «J’ai dit qu’il nous avait rendu très fiers et qu’à la fin, on a perdu un match de foot, on est passé à rien. C’est le sport», ajoute-t-il.

Peu après, lors de la remise des médailles, nouvelle accolade entre les deux hommes, toujours sur le même ton. Emmanuel Macron est presque le seul à parler face à un Kylian Mbappé atone. S'en suit une visite des vestiaires où le président dit tout le bien qu'il pense de la performance des Bleus. Un discours retransmis ensuite officiellement sur les réseaux sociaux, avec à la fin des applaudissements mais aussi... une chaleureuse accolade (encore!) avec le sélectionneur Didier Deschamps.

Ses gestes d'affection répétés et parfois assez longs ne sont pas passés inaperçus. «On se demande ce qui a bien pu lui passer par la tête», s'exclame Matthieu Croissandeau, éditorialiste politique pour BFMTV. «À quel moment s'est-il dit que sa présence était réclamée sur la pelouse? À quel moment s'est-il dit que les joueurs avaient besoin de son épaule pour soulager leur chagrin?». Sur les réseaux sociaux, les internautes enchaînent eux aussi les critiques. «57 secondes de gênance», résume l'un d'entre eux en reprochant une tentative de récupération politique.

Le «champion du monde de la récup»?

La question est donc posée: Emmanuel Macron n'a-t-il pas tenté de rehausser sa côte de popularité en se montrant aussi présent? Pour plusieurs quotidiens français, la réponse est oui. C'est le cas de Libération qui critique une insistance du chef de l'État qui «a gâché un moment de sport». Le journal n'oublie d'ailleurs pas de faire remarquer que ce comportement est paradoxal pour un président qui appelait au début du Mondial à ne pas «politiser le sport». Emmanuel Macron répliquait alors à ceux qui critiquaient l'organisation de la Coupe du monde au Qatar, au vu des nombreuses polémiques sur les morts de travailleurs migrants, sur les droits des femmes et de la communauté LGBTQIA+, etc. En agissant de la sorte lors de la finale, Libération juge qu'il fait tout le contraire de ce qu'il dit.

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À vrai dire, les critiques contre la présence du président français au Qatar ont déjà commencé avant le match France-Argentine. Il s'était déjà fait remarqué pour son dynamisme dans les tribunes lors de la demi-finale face au Maroc. 20 Minutes le qualifiait déjà alors de «champion du monde de la récup». «Il s’est beaucoup mis en scène avec le football, beaucoup plus que ses prédécesseurs, car le football est un levier de communication indéniable pour le président de la République et les autres politiques. Montrer qu’ils s’y intéressent, c’est une manière de signifier qu’ils sont ancrés dans la réalité, dans les passions des Français», explique au quotidien Florian Silnicki, président-fondateur de l’agence de communication La French Com.

Un président calculateur ou sincère?

Mais est-ce qu'Emmanuel Macron pourrait vraiment bénéficier d'une plus forte popularité grâce à son entrain lors de la Coupe du Monde? Rien n'est moins sûr. Oui, Jacques Chirac a bien gagné 18-20 points de popularité après la victoire des Bleus en 1998. En 2018, un rebond de la côte d'Emmanuel Macron était attendu, au moins en partie. Finalement... il en a perdu deux! Déjà à l'époque, il avait été critiqué pour son omniprésence, que ce soit lors de la finale en Russie ou lors du retour à Paris. Le journal Le Monde affirmait alors que pour le président, «il ne s’agit plus de récupérer l’événement mais d’en faire partie, d’en être un personnage». «Cette gestion controversée de l’événement a nui aux joueurs, otages complaisants (les selfies et les scènes de fête dans les jardins du palais de l'Élysée n’aidant pas)».

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Malgré cela, aujourd'hui, Emmanuel Macron reste le même. Un comportement qui interroge. Est-ce vraiment le reflet de sa personnalité, sans filtre et avec un style paternaliste (lui qui n'est pourtant âgé que de 44 ans)? C'est la grande inconnue. Interrogé par 20 Minutes en 2018, Christian Delporte, spécialiste d’histoire politique à l’Université de Versailles, pensait que toute la communication autour du président est calculée, «car Macron est un homme d’images qui sait qu’il est filmé». Le footballeur Arnaud Mercier rappellait pour sa part que le chef d'État a prouvé qu'il est un grand fan de foot et qu'il n'est pas impossible que ses sentiments l'emportent sur la charge de sa fonction. «Son intérêt pour les joueurs est sincère, tout comme ses réactions à leur égard le soir de la finale. Car quand il dabe avec des joueurs par exemple, Macron n’est pas sous contrôle. D’ailleurs, ce type d’images ne le grandit pas», jugeait-il.

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