Kevin De Bruyne devrait-il commencer sur le banc contre la Croatie ?

Par son rendement insuffisant et son comportement négatif, Kevin De Bruyne a frustré de nombreux supporters en ce début de Coupe du monde. Pour l'exemple, certains le voudraient sur le banc ce jeudi. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Kevin De Bruyne ©BelgaImage
Kevin De Bruyne ©BelgaImage

Il faut un peu savoir ce qu'on veut. En tant qu'amateurs de foot, on râle souvent sur les propos aseptisés des joueurs, du type "on perd en équipe", "l'important c'est les trois points"... Mais lorsque que le meilleur milieu de terrain du monde assène des vérités, qui font parfois mal à entendre en Belgique (parce que oui, le meilleur milieu de terrain du monde est Belge), on estime qu'il aurait mieux fait de se taire et qu'il met en péril l'équilibre de l'équipe.

"Nous ne pouvons pas gagner la Coupe du monde, notre défense est trop vieille", a en effet assené Kevin De Bruyne dans une interview au Guardian réalisée avant le Mondial mais parue juste avant le match contre le Maroc. "Si on attaque mal, je suppose que c'est parce que notre attaque est trop vieille aussi", lui a répondu Jan Vertonghen. C'est de bonne guerre. En attendant, les médias belges ont disserté toute la semaine sur les prétendues altercations ayant eu lieu dans le vestiaire belge, fortement démenties par les joueurs depuis.

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Mais De Bruyne aurait-il mieux fait de se taire ? Probablement. "J'ai toujours trouvé ça normal, les discours aseptisés", commence Guillaume Gautier, dont la plume analyse régulièrement et avec une pertinence largement reconnue les matchs des Diables pour le Sport/Foot Magazine. "Si en sortant d'un match, tu trouves que ton gardien a été nullissime, tu peux lui dire dans le vestiaire, pas devant tout le monde. Quand De Bruyne dit après la défaire contre l'Italie en Ligue des Nations qu'on est que la Belgique, c'est vrai. Quand il dit qu'on n'a pas l'équipe pour être champion du monde, c'est vrai. Mais pour la cohésion du groupe, tu dois éviter de dire ça publiquement."

Entraînement des Diables Rouges au Qatar ©BelgaImage

Entraînement des Diables Rouges au Qatar ©BelgaImage

Petits pieds, triste mine

Ça, c'est pour la grande gueule de Kevin De Bruyne. Le problème, c'est qu'en parallèle, depuis le début du Mondial, il a plutôt des petits pieds. Face au Maroc, il a perdu 27 ballons, record absolu de la compétition. Et parfois d'une manière incompréhensible pour un joueur pareil. Son body language suite aux pertes de balle et son manque d'implication défensive ont été jusqu'à dégouter les supporters, presque prêts à bruler celui qu'ils ont toujours adoré.

Pourtant, le match contre le Maroc est loin d'être la première fois qu'on le voit comme ça. "Ces prestations d'ensemble ont souvent été sauvées par sa capacité à sortir un assist incroyable. Mais son impact sur le jeu n'est pas à la hauteur d'un joueur de son statut depuis quelques temps." Pour le journaliste, une fois venu le déclin d'Hazard, le jeu des Diables aurait dû s'articuler autour du maestro de Manchester City. "C'est plutôt devenu l'équipe de Lukaku. Mais c'est difficile de construire une équipe autour d'un passeur. De Bruyne n'est pas un joueur autosuffisant. Si ça devient difficile autour de lui, il ne pourra pas forcer les choses tout seul. Je pense que ça lui génère beaucoup de frustration. Mais ce qui est embêtant, c'est que son implication défensive s'arrête quand le ballon est passé derrière lui."

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Ce qui donne un Kevin De Bruyne frustré en possession, et frustrant pour ses partenaires en perte de balle. Des partenaires qui commencent donc, selon toute vraisemblance, à ne plus vouloir se sacrifier pour lui. "Voir Hazard revenir à un niveau convenable, on a l'impression que ça fait plaisir à toute l'équipe. Et je n'ai pas l'impression qu'elle a envie de se sacrifier pour De Bruyne comme elle s'est sacrifiée pour Eden Hazard il y a quatre ans. Surtout quand on voit son niveau actuel. C'est un cercle vicieux : lui n'est pas au niveau qu'il espère et sa frustration se ressent sur le collectif, et le collectif est frustré par le fait que lui, exonéré des taches défensives, ne le leur rend pas. De Bruyne pas décisif ne sert à rien."

Pas assez, de là à s'en passer ?

D'où la question qui nous intéresse : Roberto Martinez doit-il, vu son rendement et son comportement, commencer sans Kevin De Bruyne face à la Croatie ? Un match qui décidera non seulement de la qualif, mais aussi de l'héritage que laissera cette génération que nous avons tous adulée. On a posé la question à William Still, coach passé par le Standard et le Beerschot, aujourd'hui entraineur principal du Stade de Reims, en Ligue 1 française.

"Autant je pense qu'on fait une fixette sur Kevin De Bruyne, et qu'il n'est pas le seul à avoir des comportements qui ne vont pas dans le sens du collectif, autant selon moi, aucun joueur n'est indispensable. Quand tu regardes l'Angleterre, ils ont battu le Pays de Galles en laissant Saka ou Sterling sur le banc et en faisant jouer Foden et Rashford. En Belgique aussi, il y a de la qualité chez les réservistes. Personne n'est au-dessus du collectif." S'il était à la place de Roberto Martinez, il essaierait "de créer un sentiment de "nous contre le monde". Et peut-être de sortir un peu de la routine, parce que cela ne m'étonne pas que l'ambiance soit moins bonne dans un groupe qui se connait depuis aussi longtemps. J'essaierai de trouver un nouveau truc pour recréer un sentiment d'appartenance."

Pour William Still, personne n'est indispensable, mais pour Guillaume Gautier... "J'imagine très mal un scénario de match où on gagne contre la Croatie sans un grand Kevin de Bruyne. Durant ce Mondial, il n'a pas montré qu'il méritait un sacrifice collectif, mais pour le moment, c'est le seul joueur du noyau qui le justifie. De toute manière, structurellement c'est trop tard pour avoir une révolution. Dans un contexte pareil, tu dois mettre tes meilleurs joueurs sur le terrain. Et De Bruyne est ton meilleur joueur, c'est le plus à même de faire basculer un match dans les trente derniers mètres. Hazard ne sait plus le faire et Lukaku est sur un quart de jambe..."

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