Le Brésil, favori de cette Coupe du Monde 2022 : comment ces fameuses cotes sont-elles calculées ?

Avec la Coupe du monde, le secteur des paris sportifs voit arriver son meilleur moment de l’année. Qui va, selon lui, remporter la compétition ? Et surtout, comment le sait-il ?

Le Brésil de Neymar devrait s’imposer au Qatar. Ce sont les statistiques qui le disent. © Photo News 

Chacun s’est déjà adonné au frisson du pari. Devant une machine, via une app ou au moins avec des potes. Le jeu est encore plus grisant lorsque son équipe favorite prend part à la compétition. Alors, comment les opérateurs ­abordent-ils ce Mondial qatari? Roulement de tambour… “LE favori, celui qui a donc la cote la plus basse, c’est le Brésil, explique Jérémy Farinaux, head of race room chez Ladbrokes, leader du marché. Donc si on mise sur le Brésil, on aura un bénéfice moindre que si on mise sur le Qatar.” Et pour cause, le Qatar a une cote de 351. En plaçant dix euros sur le Brésil, vous pourrez remporter 55 euros et donc récupérer un bénéfice de 45 euros. Si vous décidez de miser sur le Qatar et qu’il gagne, vous remporterez 3.500 euros de bénéfice avec une même mise de dix euros. “Derrière le Brésil, on retrouve l’Argentine, la France, l’Angleterre et l’Espagne.

La Belgique? “Neuvième avec une cote de 15.” N’étant pas dans les huit favoris, on pourrait déjà s’estimer heureux d’atteindre les quarts cette année. Ces cotes sont plus ou moins les mêmes chez tous les opérateurs de paris sportifs. Aucun romantisme dans ce secteur qui ne vit que de sa précision et de son indépendance. D’ailleurs, Ladbrokes est confirmé dans ses pronostics par les académiciens, qui se sont également pris au jeu. La KULeuven a, la semaine dernière, révélé son favori pour cette édition 2022. Selon son modèle statistique, c’est bien le Brésil qui a le plus de chances de l’emporter, avec 21 %. Et la Belgique n’a que six petits pourcents de chances de ramener la coupe à la maison.

Paris patriotiques

Cela dit, il y a quatre ans, le modèle louvaniste prédisait une défaite de la Belgique en quart face au ­Brésil… Ladbrokes, lui, se trompe-t-il souvent? “En 2018, on avait mis la France en favori et effectivement, elle avait gagné. Après, on n’a jamais un top 5 parfait. Mais disons que sur les trois premiers, il y a rarement des surprises. Même si, en 2014, la Coupe du monde se déroulait en Amérique du Sud et beaucoup de pays sud-américains avaient été soutenus par leur public, et avaient été assez loin.

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© BelgaImage

Il est évident que le Mondial de foot est attendu par tous les bookmakers comme l’événement de l’année. “Les Coupes du monde ou d’Europe sont des vitrines. On acquiert beaucoup de nouveaux clients et l’objectif est de les fidéliser. Il y a beaucoup de joueurs récréatifs, qui mettent cinq ou dix euros parce que c’est la Belgique et qu’ils en parlent entre potes.” Son collègue José Tomillo, race room manager chez Ladbrokes, confirme. “Lors de telles compétitions, il y a un engouement sur les paris nationaux, on appelle ça les patriotic bets. Une nouvelle ­clientèle apparaît avec la retransmission en télévision. Ça permet d’avoir une clientèle neuve, qui nous met un peu dans le rouge avec des paris spécifiques à la ­Belgique.” Le Mondial 2018 en Russie avait été l’objet de paris à hauteur de 333 millions d’euros en Belgique, principalement grâce aux matchs des ­Diables Rouges. Avec une équipe nationale aux ambitions nettement plus basses, il est possible que ce montant diminue. D’autant que la Coupe du monde qatarie est très décriée, et se déroule en hiver. “Mesurer l’effet des polémiques n’est pas possible pour le moment. Par ­contre, le fait que cela se passe en hiver aura un impact. Il n’y aura pas de terrasse, de retransmission en plein air… Ça va probablement jouer, mais surtout sur les joueurs récréatifs. Qui représentent tout de même pas mal de monde durant une Coupe du monde.

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Vive le match nul

Pour comprendre comment sont calculées ces fameuses cotes, il faut revenir vers José Tomillo. “Il y a une fluctuation des cotes en fonction du ranking des équipes. Par exemple, la France, tenante du titre, sera d’office dans le top 3-top 5. Le Brésil, c’est surtout par rapport à ses derniers matchs de qualifications qu’il est favori. Cela nous permet de calculer des coefficients. On regarde également les marges par rapport à nos concurrents. Par exemple, ailleurs le Brésil est à 5.30. Donc on ne le mettra pas à 10 contre 1.” Ces estimations basées sur les stats et les prestations récentes sont informatisées. Mais pas toutes-puissantes. “Il y a évidemment une marge d’erreur. Ce sont toujours des traders qui vont corriger les cotes par rapport aux ­concurrents, aux enjeux, aux blessures, aux investissements sur le match…” Et ils nous le confirment, ces traders sont fans de sport et savent avec quoi ils jonglent.

Du côté de Ladbrokes, un peu comme les plus petites nations qui participeront à ce Mondial, on fêtera chaque nul comme une victoire. “Les matchs nuls sont effectivement bénéfiques pour nous, ­explique Jérémy Farinaux. Très peu de gens vont miser sur un match nul. S’il y a un France-Belgique par exemple, beaucoup de Belges vont tabler sur une victoire de la Belgique, certains sur la France, mais peu sur un match nul. Ceux qui ont un peu plus de connaissance, ceux qui sont un peu plus précis, qui ont un peu mieux analysé, vont le faire. Mais globalement, moins il y a de buts et d’actions importantes dans un match, plus les marges sont élevées chez nous.” Quand on leur demande un conseil pour les parieurs, habitués ou coupe-du-mondistes occasionnels, ils n’en soulèvent qu’un, par la voix de José Tomillo. “Que cela reste un amusement, surtout pour la nouvelle clientèle. Nous, on ne s’acharne pas pour garder un public qui a du mal à se contrôler. Ça doit juste amener un peu de fête et de convivialité. Le pari sportif est et doit rester un loisir.

Les clients identifiés

Depuis le 1er octobre, le secteur fait face à l’identification des joueurs dans ses agences, avec contrôle d’identité obligatoire dans les bureaux de paris. Une date pas choisie au hasard, quelques semaines avant la Coupe du monde. En deux ­semaines, près de 10.000 parieurs, interdits de jeu, avaient déjà été refoulés des agences et casinos. “Ça a un impact énorme sur nos enjeux et sur nos mises, signale Jérémy Farinaux. Pour moi, c’est aberrant de faire cette identification de clients parce que ça ne respecte en rien le RGPD et surtout, ça incite au jeu illégal. C’est une pression politique qui n’a pas vraiment de sens, mais voilà. On doit toujours être plus créatifs et trouver des solutions pour offrir un service similaire à nos clients, quoi qu’il arrive. On est un peu vus comme des mauvais élèves alors qu’on donne un cadre légal au jeu, plutôt que de donner la force au jeu illégal.” Le secteur, qui estime faire ce qu’il peut pour lutter contre l’addiction au jeu, a déposé des recours.

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