Polémique PSG: les clubs de foot peuvent-ils remplacer l’avion par le train?

Le PSG refuse d'accorder plus d'importance aux déplacements en train, arguments à l'appui. Mais de toute évidence, les obstacles ne sont pas insurmontables.

Jurgen Klopp
Jurgen Klopp ©Belga

C’est la controverse du jour. Alors que l’heure est à la sobriété énergétique, le PSG a mis le feu aux poudres. Interrogé sur un message du patron de Voyages SNCF proposant de transporter les joueurs par train plutôt qu’en avion (par exemple pour un Paris-Nantes), l’entraîneur Christophe Galtier a préféré répondre par l’ironie. Alors que le footballeur Kylian Mbappé s’écroule de rire à ses côtés, il riposte en confiant que son club envisage plutôt le "char à voile".

Une provocation pour plusieurs personnalités politiques, dont la ministère française des Sports qui l’invite à en rediscuter. Les clubs de football peuvent-ils vraiment opter pour le train, ou le PSG est-il simplement de mauvaise volonté? À vrai dire, un peu des deux.

Sécurité et retours tardifs dans la balance

Le problème se résume principalement en un mot: la sécurité. C’est l’argument qui revient le plus souvent pour abandonner l’idée du ferroviaire pour transporter tout ce beau monde. Car de fait, il faudrait pour cela que ces joueurs passent dans les gares, devant des foules qui ne manqueraient pas de les remarquer. C’est sûr, c’est moins tranquille que le tarmac d’une piste de décollage. "Une option pareille, c’est mettre les bouchées triples en terme de sécurité", confie à la presse française un ancien responsable sécurité d’un club de Ligue 1. "Aujourd’hui, les supporters savent à quelle heure partent les clubs pour leur déplacement. Ils sauraient vers quelle gare se dirigent les joueurs et ça générerait des cohortes de supporters sur le trajet du bus et à la gare, avec le risque d’occasionner des retards". Il faudrait ainsi pas mal de gardes du corps pour protéger Messi, Mbappé, Neymar & Co.

Il y a aussi la question du retour des joueurs dans leur base. Car le PSG insiste: ils doivent rentrer le soir même, après le match. Est-ce que cela pourrait se faire en train et sans retard, alors que les travaux ont souvent lieu de nuit? Le club ne cache pas son pessimisme.

Pour autant, dans l’Hexagone, la ministre des Sports se veut plutôt optimiste sur ce point: "Quatre groupes de travail ont été lancés, qui doivent lancer pour la fin septembre des propositions extrêmement concrètes. On sait qu’il y a une rationalisation possible avant, pendant et après les matches. Il y a beaucoup de choses concrètes qu’on peut activer". Parmi les solutions possibles étudiées, on trouve par exemple la privatisation d’un wagon (pour l’instant, seule la privatisation couteuse d’une rame entière est possible).

Oui, le train, c’est possible!

Le patron de Voyages SNCF est lui aussi conscient des obstacles, mais il garantit que les besoins spécifiques pourraient être pris en compte. Il peut aussi se prévaloir que d’autres clubs de foot se sont montrés plus entreprenants. Car de fait, oui, il existe bien des clubs qui se déplacent en train. En Italie, des grands comme la Juventus passent par le chemin de fer quand c’est possible. Idem Espagne avec le Betis Séville qui vient même de renouveler son partenariat avec la compagnie ferroviaire du pays. Outre-Manche, Liverpool a également décidé de prendre le train, d’où ces photos de joueurs alignés sur le quai avec leurs bagages, comme le commun des mortels.

En France, l’avion reste le mode de transport numéro un, et de loin. 65% des trajets de 2019-2020 se sont fait de cette manière selon la Ligue de football professionnel, contre 31% en bus et 4% en train (comme quoi déjà à l’époque, certains avaient déjà opté pour cette option, même s’ils étaient peu). Par contre, la ligue féminine de football se déplace bien plus régulièrement en train. Récemment, la SNCF a pris contact avec les différents clubs de Ligue 1, dont le PSG d’ailleurs, afin d’assurer leur transport. Mais pour l’instant, le succès n’est que très limité.

Une communication catastrophique dans un contexte explosif

Le sujet est pourtant plus chaud que jamais. En pleine crise climatique et d’inflation des prix de l’énergie, la sobriété énergétique est demandée à tous les Européens. Pendant ce temps, depuis juin, Lionel Messi a produit 1.502 tonnes de CO2 avec ses 52 vols en jet privé, selon l’association altermondialiste Attac, soit "autant qu’un Français en 150 ans". Un décalage qui renforce l’impression d’un deux poids, deux mesures entre la population et quelques privilégiés.

En ce sens, l’ironie de Christophe Galtier a un effet catastrophique sur la communication du PSG. Il suffit pour s’en convaincre de voir tous les journaux français en parler, qu’ils soient sportifs ou généralistes. Outre la ministre des Sports, d’autres politiques se sont montrés indignés, comme la marie de Paris Anne Hidalgo, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, etc. Seule la droite soutient le PSG (via des personnalités comme Éric Ciotti, Louis Alliot, etc.). Des organisations sont montées au front, à l’instar de Greenpeace qui parle d’une déclaration "affligeante". "Il y a une question de sécurité, on peut l’entendre, mais là, la solution était proposée par un patron de la SNCF", s’offusque Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, dans Le Parisien. "La réponse de Galtier a donc l’air encore plus à côté de la plaque. Il aurait mieux valu qu’il dise qu’il y réfléchit, pas qu’il fasse une blague à deux balles sur le sujet. En temps de crise, une telle boutade, on ne peut pas l’entendre",

Pour l’instant, le PSG n’a pas officiellement réagi à la polémique. Mais selon RMC Sport, la direction du club "a été fortement irritée par la sortie médiatique" de Christophe Galtier, juste avant le premier match de Ligue des Champions… contre une Juventus plus à l’aise sur le sujet.

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