Pourquoi le padel est-il devenu le nouveau sport à la mode?

Accessible, addictif, bénéfique pour le corps. Les qualificatifs se multiplient comme le nombre de pratiquants qui seraient déjà plus de 25.000 en Fédération Wallonie-Bruxelles.

un joueur de padel
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Ils poussent rapidement, ces fameux terrains bleus. Entre décembre 2020 et août 2022, leur nombre a tout simplement doublé en Fédération Wallonie-Bruxelles, de 124 à 248. Les clubs de padel se sont aussi ­multipliés en Belgique francophone, 90 aujourd’hui contre 58 il y a un an et demi. Et le succès est encore nettement plus marqué en Flandre. Fin août, Knokke accueillait d’ailleurs une manche du prestigieux World Padel Tour. Huit des meilleurs joueurs et quatre des meilleures joueuses du monde ont ­rallié la côte belge pour s’affronter devant un public acquis à leur cause. Une magnifique vitrine pour le padel dans notre pays, preuve que la pratique gagne en popularité.

Le nombre de pratiquants du dimanche ne cesse d’ailleurs d’augmenter. Mais trop peu vont ­jusqu’à s’affilier selon Clément Geens. À 26 ans, il est le directeur sportif de l’AFT Padel, et ­accessoirement le meilleur joueur belge de la ­discipline. “Parvenir à affilier les gens qui pra­tiquent le padel comme loisir est un gros enjeu. Il y a énormément de gens qui jouent souvent mais qui ne font jamais de tournoi, on aimerait bien les y amener.” Parmi les 25.000 pratiquants franco­phones, un peu moins de 6.000 sont effectivement affiliés.

En attendant, même si les clubs ne font pas encore le plein, les terrains sont constamment occupés. Une mine d’or pour les investisseurs, car avec des courts relativement bon marché à l’installation et qui ne demandent pas beaucoup d’entretien, le padel est extrêmement rentable. Pour Clément Geens, l’amorce de son développement exponentiel est à situer au cœur de la pandémie. “Le padel existait déjà en Belgique depuis pas mal d’années, mais avec le confinement, c’était un des seuls sports accessibles.” Une fois testé, il est rapidement approuvé. “Quand une personne joue au padel, elle revient souvent. Parmi ceux que je vois commencer le padel, je dirais que huit personnes sur dix veulent au plus vite recommencer.”

Un risque pour le tennis?

Une analyse que l’on retrouve dans les propos d’Alexis, jeune trentenaire qui a écumé les courts de tennis durant toute sa jeunesse. “Au padel, on s’amuse tout de suite parce qu’on est obligatoirement en équipe et qu’il y a forcément des échanges, contrairement au tennis où on fait facilement des fautes. J’ai aussi fait du squash et l’avantage du padel, c’est qu’il se pratique dehors. Donc les conditions sont plus ­agréables. Et puis il faut pas mal réfléchir, notamment aux rebonds sur les vitres. C’est assez stratégique et donc gratifiant.” Même enthousiasme chez Véronique, qui a découvert le padel via son fils. “Il m’a dit d’essayer, et je n’ai plus jamais arrêté. N’importe qui peut jouer et s’amuser, à tout âge. C’est un peu comme de la raquette de plage en fait.

sur un terrain de padel

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Clément Geens le concède, le plus compliqué est en fait de trouver trois personnes de son niveau au même horaire. Pour le reste, le padel est l’un des sports les plus accessibles. “À un haut niveau, on aura tendance à modifier un peu sa prise, mais globalement, le padel se joue avec une prise unique de la raquette. Les gestes sont assez simples et donc finalement les gens qui sont moins doués pour les sports de raquette arrivent à transpirer. Au départ, on progresse trois ou quatre fois plus vite qu’au tennis. À quatre sur un petit terrain, on peut aussi se parler.

Physiquement, le padel est aussi nettement plus doux que le tennis ou le squash. Clément Geens en sait quelque chose, lui qui a dû quitter les courts à cause d’une douleur persistante dans le bras gauche. “Il n’y a pas de revers à deux mains, donc je peux jouer sans utiliser mon bras gauche. Pour Monsieur Tout-le-monde, le padel est moins exigeant. La distance est plus courte, le tapis implique moins de coups pour les articulations, la raquette est plus soft… C’est un sport qui occasionne moins de blessures, ce qui fait que des personnes âgées peuvent le pratiquer.” Et Alexis de confirmer, une fois de plus. “La technique de jeu au padel sollicite très peu le poignet et en fait un sport moins traumatisant pour le corps, donc peut-être meilleur pour la santé phy­sique sur le long terme.

La comparaison avec le tennis revient sans cesse. C’est inévitable tant les pratiquants proviennent régulièrement du sport dominé par Federer, Nadal et Djokovic. S’ils sont cousins, voire frères, le padel essaie de se départir de l’aspect “sport de riches” dont souffre le tennis. “Les premiers terrains ont poussé dans les clubs de tennis, donc le public a été le même pendant un moment, mais aujourd’hui, il y a des clubs only padel. Donc on touche des sportifs qui viennent d’autres sports, comme le foot. Et les clubs ne se trouvent pas uniquement au sein de communes riches. Donc je ne pense pas qu’on puisse cataloguer le padel comme un sport difficilement accessible.”

Y a-t-il un risque que les pratiquants délaissent à terme le tennis? On voit qu’en Argentine, en ­Espagne ou en Suède, le nombre de joueurs de padel a supplanté celui du tennis. C’est d’ailleurs le cas de Véronique. “J’ai arrêté le tennis quand j’ai commencé le padel, et pourtant j’avais un bon classement, je faisais pas mal de tournois, je jouais depuis que j’étais toute jeune. Mais le padel m’a donné un deuxième souffle, j’en avais peut-être un peu marre du tennis sans m’en rendre compte et c’est tombé à pic.” Clément Geens confirme que cet exode était effectivement une crainte dans un premier temps. “Mais finalement on se rend compte chez nous que les sports sont assez complémentaires et que le padel redonne vie à certains clubs de tennis également.” C’est également l’avis d’Alexis. “Je n’arrêterais pas le tennis pour le padel parce que le tennis reste un sport individuel, donc sur ce point-là, c’est tout à fait différent. Par contre je pourrais faire les deux.

Des règles qui changent

Les amoureux du padel ne peuvent que se réjouir d’un tel succès sur un temps aussi court. Mais en tant que fédération, il faut encaisser ce développement exponentiel. “C’est compliqué parce que le sport évolue tellement vite qu’on doit constamment se ­remettre en question, modifier les règlements…, précise Clément Geens. Ce qui est mis en place maintenant ne sera peut-être plus d’actualité début 2023 parce qu’il y a des pratiquants en plus ou parce que les compétitions ne sont plus adaptées à ce que les gens recherchent. Il y a tout à faire, mais ça se met en place et on doit aller assez vite.” L’avenir s’annonce plutôt bien tant il y a encore de la place pour de nouveaux clubs, alors que la visibilité du padel ne fait que croître. “Ça ­commence à passer à la télé. Et tant mieux parce que c’est hyper-spectaculaire et agréable à regarder.

L’avenir passera aussi, surtout, par le rajeunissement des pratiquants. Actuellement, la moyenne d’âge des joueurs oscille entre 35 et 40 ans, mais beaucoup de pratiquants approchent de la ­cinquantaine. “L’objectif est de pérenniser le sport dans la durée, et pour cela on doit attirer un maximum de jeunes. Il y a beaucoup d’adultes pour qui le padel devient le premier sport, mais pas encore assez chez les jeunes. Ça passe par la formation de cadres, par des coachs compétents et reconnus, par des cours proposés dans les clubs. Et à terme, on voudrait organiser des tournois pour ces jeunes et qu’ils continuent à jouer, pour que le padel devienne leur sport principal.

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