F1: derniers tours de pistes pour Sebastian Vettel

Le pilote allemand vient d’annoncer qu’il prendra sa retraite au terme de la saison 2022 de Formule 1. Clap de fin sur une carrière durant laquelle il aura côtoyé les plus hauts sommets de son sport avant de sombrer inexorablement vers les bas-fonds.

F1: derniers tours de pistes pour Sebastian Vettel
Sebastian Vettel – Belga

Le casque était de plus en plus lourd, la voiture de moins en moins performante, la motivation de plus en plus faible et l’envie d’ailleurs de moins en moins camouflée. Alors, dans une vidéo à son image, sobre et efficace, postée sur son compte Instagram fraichement créé, Sebastian Vettel a dit au revoir à la Formule 1. Des adieux au frein à main pour des millions de fans à travers le monde mais qui semblait inévitable.

D’autres priorités

La course automobile rythme la vie du natif d’Heppenheim depuis 27 ans. De ses débuts en karting en 1995 jusqu’à cette dernière saison, il a toujours été derrière un volant avec un seul objectif, la victoire. Aujourd’hui c’est en dehors des circuits qu’il a envie de triompher. Le pilote va donc laisser place à l’homme, le mari et le père. " Autant qu’il y a la vie sur la piste, il y a aussi ma vie en dehors…M’adonner à ma passion comme je l’ai fait d’une manière que je pensais juste ne va plus de pair avec mon désir d’être un bon père et un bon mari… Mes objectifs ne sont plus de gagner des courses et de me battre pour des championnats mais de voir mes enfants grandir ".

Depuis maintenant de nombreuses années, le pilote est aussi engagé dans la lutte pour les droits LGBTQ+ et contre le réchauffement climatique. Des enjeux cruciaux qu’il espère aider avec son aura. " Ma passion est associée à certains aspects que j’ai appris à ne pas aimer. Ils pourraient être résolus à l’avenir mais la volonté d’appliquer ce changement doit être beaucoup, beaucoup plus forte et doit se traduire par des gestes dès aujourd’hui. Les mots ne suffisent pas et nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. Il n’y a pas d’alternative. La course est lancée. ".

Programmé pour gagner

Mais Sebastian Vettel c’est d’abord et avant tout un surdoué du pilotage. Un gamin biberonné – au Red Bull – à la gagne et aux exploits de Michael Schumacher depuis sa plus tendre enfance. Le fantôme du " baron rouge " – son idole – aura plané sur sa carrière et il n’aura eu de cesse de le chasser. En vain ? Pas tant que ça ! Quand " Seb " débarque en Formule 1, Michael vient de prendre sa retraite et il représente alors – avec Nico Rosberg – le futur de l’Allemagne en course automobiles.

Sebastian Vettel au temps de la gagne – Belga

Un futur qui va s’écrire en lettre dorée. L’Allemand a un immense talent et après l’avoir prouvé chez Toro Rosso – écurie satellite de Red Bull – en 2008 puis confirmé dans l’écurie mère en 2009, il va survoler le championnat. De 2010 à 2013, sa domination est impressionnante. Sebastian Vettel s’adjuge quatre couronnes mondiales et est, à seulement 26 ans, à trois longueurs du légendaire Michael Schumacher. Le compteur restera bloqué sur cette marque. Ce qu’on pensait être alors les bases d’une irrésistible ascension vers les sommets de la discipline était en fait déjà le début de la chute pour le champion.

Vettel le sait, pour égaler son idole il doit briller chez Ferrari. Malheureusement, son passage chez l’écurie de Maranello qui avait tout du conte de fée va virer au cauchemar. La marque au cheval cabré n’est plus que l’ombre d’elle-même et Sebastian ne peut rien faire face à des Mercedes surpuissantes. En 2020, le divorce est prononcé. L’allemand aura échoué dans sa quête de toujours et s’en va rejoindre Aston Martin pour le dénouement qu’on lui connait. Une fin qui n’est cependant pas à la hauteur de son palmarès. En effet, Sebastian Vettel c’est 290 courses pour 122 podiums, 53 victoires, 4 titres de champion du monde et j’en passe. De quoi le placer très haut dans la hiérarchie des pilotes.

Gentleman driver

La nouvelle génération de fans de F1 labélisée Netflix le voit peut-être comme une relique d’un temps révolu. Un vieux briscard détendu dans le paddock, incapable d’aller jouer la gagne et qui fait de la F1 pour le plaisir. Mais l’allemand est surtout, pour beaucoup, l’un des derniers " gentleman driver ". Pas dans la définition classique du terme – riche pilote non-professionnel qui roule le week-end pour le plaisir – mais bien celle du gendre idéal à la conduite léchée et au verbe aiguisé en sortir de monoplace.

Sebastian Vettel, c’est cet amoureux de la Formule 1, de la compétition, de la course, la vraie, l’authentique. Mélancolique d’une époque révolue où il n’y avait que l’homme et la machine. Il est un nostalgique des V12 hurlants sur des circuits où il n’y avait pas le droit à l’erreur. D’une époque – qu’il n’a pas connue – pendant laquelle les grands-prix se gagnaient en pistes au péril de sa vie et non dans la cabine du directeur de course. Mais à l’heure d’une F1 toujours plus électronique, moderne et aseptisé, le " petit Seb " avait arrêté de rêver non sans continuer d’émerveiller les autres. Alors profitons des dix prochains rendez-vous de la saison car ils seront les derniers d’une légende – pour ceux qui en doutaient encore – de la Formule 1.

THOMAS BESSIERE (st.)

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