Du camping aux JO? Comment la pétanque est devenue un sport de haut niveau

Longtemps cantonnée au cliché du camping et du pastis, la pétanque tient désormais sa revanche grâce à un mélange intergénérationnel, mixte et de plus en plus structuré.

Joueur de pétanque
© Adobe Stock

Un enchaînement The Eagles-Renaud est forcément l’œuvre de Classic 21. En ce début d’après-midi, la radio rock émet le seul son perceptible sous le boulodrome de New Ixelles Pétanque. Celui des boules qui claquent est prévu pour plus tard: le mercredi, c’est le jour des vétérans, qui seront bientôt quelques dizaines à investir les terrains intérieurs du club. Attablés devant un Coca ou un vin blanc, Maria, Carine et Serge gardent la main proche de leur sacoche. Eux sont en partance pour Woluwe, ils vont y disputer un tournoi à 140 ­participants où “il ne s’agit pas d’être en retard: les règles sont strictes”, sourit Serge, le président du club depuis 25 ans.

Autour de lui, le bâtiment vaut le coup d’œil. Pour sa forme en dôme, sa grande luminosité, ses vitraux qui lui confèrent un air de temple, mais aussi pour sa surprenante fresque d’une Fanny dont la cambrure laisse admirer le fessier. La règle est simple: toute équipe doit embrasser son derrière à chaque défaite 13-0, la fameuse “Fanny”. À la pétanque, certaines traditions restent, d’autres changent. Aujourd’hui par exemple, Carine, Maria et Serge vont jouer en triplette. Une mixité encore impensable il y a peu. “Contrairement à d’autres sports, je ne vois pas de différences de niveau entre les femmes et les hommes: on tire et on pointe aussi bien les uns que les autres, précise Maria. Évidemment, ça se ressent aussi dans l’atmosphère, qui n’est pas du tout machiste.”

Engouement en hausse

Ils seraient actuellement près de 18.000 licenciés répartis dans les 215 clubs de Belgique, soit une augmentation proche des 25 % en dix ans. Il y a encore quelques années, la pétanque belge ne comptait que cinq divisions, pour une dizaine aujourd’hui suivant les régions. Les joueurs sont encore sollicités pour des transferts après 80 ans et le championnat se déroule en hiver. Oui, la ­pétanque se porte plutôt bien. “C’est un sport acces­sible à tous, pas cher et qui se structure de plus en plus: les championnats d’Europe et du monde sont retransmis en télévision et il y a des ­compétitions toutes les semaines partout en Belgique, explique Serge Choyez, le président bruxellois. On sort progressivement du cliché du jeu de camping pour les vieux, d’autant que les jeunes sont de plus en plus nombreux.”

C’est le cas de Julien Vandamme, 17 ans et originaire de Corbion, en province de Namur. Il jouait au foot lorsqu’il est tombé sous le charme de la boule… au camping. Après avoir fait ses armes à Lustin puis Velaine, il évolue désormais à Saint-Servais, en Nationale 1, la plus haute division du pays. “Quand j’en parle à mes amis, ils pensent que c’est juste de la détente et de la boisson, débute le jeune homme. Puis quand je les initie, ils comprennent que c’est avant tout une question de tactique, d’adresse et de communication.” D’autant que le travail mène ailleurs que devant une bouteille de pastis. Il y a quelques mois, repéré par des scouts, Julien a pu participer aux championnats du monde juniors en Espagne. Le résultat d’un entraînement presque quotidien, “dans mon jardin quand il fait beau et dans la cave en cas de mauvais temps. L’avantage, c’est de pouvoir pratiquer seul”. Après avoir battu en poule les Français, les futurs champions du monde, sa triplette est tombée face à Madagascar en quart de finale. Une déception qui n’entrave en rien son rêve d’atteindre un jour l’équipe nationale senior.

pétanque

Le boulodrome New Ixelles Pétanque. © Emilien Hofman

Cochonnet et coke

Et pourquoi pas défiler sous la bannière nationale aux Jeux olympiques? La Confédération mondiale des sports de boules espère en tout cas faire de la pétanque une discipline olympique dans le futur. “On misait beaucoup sur les J.O. 2024 en France pour devenir sport de démonstration, mais on a ­probablement manqué de sponsors et de médiatisation, explique Dominique Withofs, secrétaire de la Fédération francophone de pétanque. Ça ne sera donc pas pour tout de suite, mais nous poursuivons notre quête de reconnaissance sportive.” Il faudra pour cela éteindre définitivement le feu des accusations de dopage propagées ces dernières années, notamment par le célèbre joueur néerlandais Edward Vinke. “Pas mal de joueurs belges prennent de la coke, confie-t-il ainsi à Vice Sports. Ils vont aux toilettes et ne lancent plus une balle de travers quand ils reviennent. Ils se sentent invincibles.” Une dérive dictée par l’appât du gain et facilitée par l’absence de contrôle strict? “C’est un souci qui grandit principalement parmi les jeunes, répond Dominique Withofs. Cela reste relativement cher et difficile d’attraper les grands consommateurs, mais on est en train de mettre en place une commission antidopage pour organiser des contrôles de dissuasion.

Les alternatives

La pétanque n’est plus tout à fait la seule activité des après-midi au jardin, désormais investi par le Mölkky et le Kubb, mais aussi par les jeux de boules ovales, carrées ou molles, voire l’Extrême Pétanque. Il y a huit ans, lors d’une partie de pétanque estivale, Tom et ses amis ont décidé d’intégrer les arbres à leur terrain de jeu. “On voulait quelque chose d’original, de plus créatif qu’un rectangle de 10 mètres sur 2,5 aux possibilités limitées.” No rules, only balls, voilà le credo de l’International Extreme Pétanque Federation, l’ASBL créée peu après par ces amis pour ­promouvoir cette philosophie du jeu partout et ­surtout inciter les passionnés à créer leurs propres terrains originaux. “On respecte la base de la pétanque classique, à savoir le lancer et la position des pieds au sol. La différence, c’est que l’on joue sur toutes les surfaces.” Tantôt une voiture démolie, tantôt du bitume, du sable, du gravier et même de l’eau. “Ce n’est pas évident parce que si le cochonnet flotte, ce n’est pas le cas des boules. Il vaut donc mieux jouer dans des niveaux peu profonds, comme à certains endroits sur l’Ourthe, où il y a beaucoup de rochers… Ça pimente le jeu.” Et ça donne des vidéos impressionnantes de parties disputées dans des lieux improbables du pays, voire ailleurs, puisque le concept s’est désormais exporté dans le monde entier.

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