Tennis: interviewée, Peng Shuai nie avoir disparu et subi une agression sexuelle

La joueuse de tennis a accordé sa première interview depuis le début de l'affaire qui a ébranlé la Chine et le milieu du sport.

Peng Shuai à Hong Kong
Peng Shuai à Hong Kong le 5 janvier 2008 @BelgaImage

Ce lundi 7 février 2022, la star du tennis chinois Peng Shuai a pris la parole pour la première fois dans un média indépendant, le quotidien français L’Équipe, depuis sa disparition publique en novembre 2021. Jusqu’à lors, seules de rares vidéos d’elle à l’authenticité douteuse circulaient et le président du CIO (Comité international olympique), Thomas Bach, était l’une des rares personnes à avoir pu s’entretenir avec elle. Malgré tout cela, Peng Shuai assure aujourd’hui n’avoir jamais disparu. Elle récuse aussi le fait qu’elle ait accusé d’agression sexuelle un ancien vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli, tout en revenant sur son message posté sur les réseaux sociaux qui a lancé l’affaire.

Une joueuse de tennis perdue dans ses messages?

Le 2 novembre dernier, Peng Shuai a publié une longue publication sur Weibo, où elle accusait Zhang Gaoli de viol commis en 2014. Peu de temps après, la lettre est effacée et son compte fermé. Ensuite, elle ne donnera plus aucun signe de vie jusqu’à son entretien avec Thomas Bach le 21 novembre.

Aujourd’hui, elle affirme pourtant n’avoir "jamais disparu" et explique d’abord son silence radio de la manière suivante. "Simplement, beaucoup de gens, comme mes amis du CIO, m’ont envoyé des messages, et il était tout à fait impossible de répondre à tant de messages. Mais, avec mes amis proches, je suis toujours restée en contact étroit, j’ai discuté avec eux, répondu à leurs e-mails, j’ai aussi discuté avec la WTA [Association des joueuses de tennis]…", assure-t-elle, tout en évoquant un problème informatique qui aurait pu contribuer à faire croire qu’elle avait disparu.

L’interview devient ensuite paradoxale lorsqu’elle justifie son silence par l’absence de messages s’alarmant sur son cas. "J’avais seulement reçu un e-mail de la cellule psychologique de la WTA, aucun collègue ne m’a contactée. Pourquoi aurais-je besoin d’une assistance psychologique ou ce genre de choses? Je ne savais pas comment je devais le comprendre… Mais si les psychologues de la WTA ne parvenaient pas à me joindre et pensaient (à cause de ça) que j’avais disparu, je trouve que c’est un peu exagéré", juge-t-elle.

Une accusation réelle ou pas?

Quant aux accusations envers l’ancien vice-Premier ministre, elle nie avoir posté un message de ce genre, même si elle ne dément pas le fait qu’il ait bien existé. "Ce post a donné lieu à un énorme malentendu de la part du monde extérieur. Je souhaite qu’on ne déforme plus le sens de ce post. Je n’ai jamais dit que quiconque m’avait fait subir une quelconque agression sexuelle". Alors pourquoi cette publication a-t-elle disparu? "Parce que j’en avais envie", dit-elle, sans précisions supplémentaires. Elle se veut aussi rassurante sur ses éventuels problèmes avec le milieu politique chinois. "Je voudrais dire tout d’abord que les sentiments, le sport et la politique sont trois choses bien distinctes. Mes problèmes sentimentaux, ma vie privée, ne doivent pas être mêlés au sport et à la politique".

Durant le reste de l’interview, Peng Shuai parle surtout de ses états d’esprit, en racontant notamment être "une fille tout à fait normale" qui n’a "rien de spécial". Elle évoque aussi une rencontre avec Thomas Bach samedi dernier alors que les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin commençaient. "Nous avons pu beaucoup discuter et échanger agréablement. Il m’a demandé si j’envisageais de revenir à la compétition, quels étaient mes projets, ce que je pensais faire, etc.", développe-t-elle tout en précisant toutefois qu’elle mettait un terme à sa carrière professionnelle.

Des journalistes pas dupes

Cette interview a eu lieu alors que le CIO assurait jeudi dernier vouloir soutenir Peng Shuai si elle demandait une enquête pour ses accusations de viol. Les deux journalistes de l’Équipe ont pu la rencontrer dans un hôtel olympique à Pékin. Le directeur de la rédaction du quotidien, Jérôme Cazadieu, a expliqué que cette interview a été réalisée avec une condition: que les membres du comité olympique chinois ne demandent pas une relecture. Ceux-ci avaient en effet demandé, supposément au nom de Peng Shuai, à avoir en amont les questions de l’entretien.

Jérôme Cazadieu insiste en tout cas pour dire que les journalistes étaient conscients de la teneur réelle de leur interview. "C’est un exercice particulier, parce que vous rencontrez quelqu’un dont vous savez qu’elle n’a pas la liberté de circulation et d’expression. Et vous lui posez des questions auxquelles il est pour elle très difficile de répondre", explique-t-il. "Je dirais qu’on a perçu dans son langage corporel et ses regards à la fois des moments où elle s’est un peu éteinte, notamment à chaque fois que l’on a posé des questions sur l’affaire".

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