Djokovic obtient une dérogation pour l’Open d’Australie mais est bloqué à l’aéroport

Le joueur de tennis participera au tournoi malgré l'obligation vaccinale. Une faveur dont les raisons restent mystérieuses et qui attisent les tensions.

Djokovic à l'Open d'Australie
Novak Djokovic à Melbourne, lors de l’Open d’Australie, le 21 février 2021 @BelgaImage

Première victoire pour Novak Djokovic: le N.1 mondial, qui n’a jamais communiqué sur son statut vaccinal, a annoncé mardi avoir obtenu une «dérogation médicale» qui lui permettra de briguer un 21e titre du Grand Chelem record à l’Open d’Australie (17-30 janvier) à Melbourne. Il s’est toutefois avéré que le joueur de tennis s’est retrouvé bloqué à l’aéroport de Melbourne mercredi à cause d’un problème de visa.

Refus de l’État de Victoria

Selon la presse australienne, le nonuple vainqueur de l’Open d’Australie, qui avait pris l’avion mardi en direction de Melbourne après avoir annoncé l’obtention de cette dérogation, n’aurait pas rempli le bon formulaire pour le type de visa demandé. Le service fédéral des douanes a contacté le gouvernement de l’État de Victoria, dont Melbourne est la capitale, lorsqu’il a été constaté que l’équipe de Djokovic avait demandé «le mauvais type de visa», indique The Age.

Djokovic cherchait à entrer dans le pays avec un visa de travail qui «nécessitait l’accord du gouvernement victorien», selon le quotidien The Australian. Jaala Pulford, ministre de l’État de Victoria, a déclaré mercredi après-midi dans un tweet que son Etat avait refusé de soutenir cette demande. Selon The Age, malgré ce refus, Djokovic devrait probablement finir par être autorisé à descendre de son avion et à entrer à Melbourne, et ce problème de visa ne fera que retarder son arrivée.

Cinq raisons possibles pour obtenir une dérogation

Mardi, le Serbe avait annoncé, tout sourire, son départ pour Melbourne en vue de disputer l’Open d’Australie, qui débute le 17 janvier, grâce à l’obtention d’une dérogation. «J’ai passé du très bon temps avec ceux que j’aime durant les vacances et aujourd’hui, je pars pour Down Under (l’Australie) grâce à une dérogation», a écrit le Serbe de 34 ans sur sa page Instagram pour accompagner une photo de lui à l’aéroport avec un sac de raquettes. «Je suis prêt à vivre et respirer le tennis au cours des semaines de compétition à venir. Merci à tous de votre soutien! Idemooo (Alleeeez, ndlr) 2022», a-t-il ajouté.

Dans la foulée, la Fédération australienne (TA), organisatrice du tournoi, a expliqué dans un communiqué que Djokovic avait «demandé une dérogation médicale qui lui a été octroyée après un examen rigoureux (de sa demande) impliquant deux groupes différents et indépendants d’experts médicaux». Le ministère australien de la Santé prévoit cinq cas d’obtention de la dérogation médicale: avoir été victime dans les trois précédents mois d’une maladie cardiaque inflammatoire, être dans un état médical grave et aigu (avoir subi par exemple une intervention chirurgicale lourde ou suivre un traitement médical important mais limité dans le temps), avoir contracté le Covid-19 dans les six derniers mois (la vaccination est alors différée), avoir subi une réaction grave à la suite d’une précédente injection de vaccin anti-Covid (sans qu’un vaccin alternatif soit envisageable, ou si le vaccin représente un risque (comme des troubles du développement ou mentaux).

Secret médical

Mais TA s’est retranchée derrière le secret médical pour ne pas justifier la dérogation délivrée à Djokovic. «Toutes les personnes remplissant les conditions ont été autorisées à entrer. Il n’y a pas eu de faveur spéciale. Il n’y a pas eu de privilège spécial accordé à Novak», a expliqué le président de TA, Craig Tiley, à la chaîne de télévision Channel Nine. Selon le patron du tennis australien, 26 des 3.000 joueurs et accompagnateurs ont demandé une exemption et très peu l’ont obtenue.

En décembre, alors qu’une rumeur voulait que le N.1 mondial serait autorisé à se rendre en Australie via une exceptionnelle dérogation médicale, le vice-Premier ministre de l’Etat du Victoria, dont Melbourne est la capitale, avait réaffirmé qu’aucune dérogation de complaisance ne serait délivrée. «Toute personne qui voudra venir au tournoi, spectateurs, joueurs, officiels, staff, tout le monde devra être vacciné totalement. La dérogation médicale n’est pas une astuce à usage de joueurs privilégiés», avait alors insisté James Merlino. Par conséquence, le Français Pierre-Hugues Herbert, qui refuse de se faire vacciner, a renoncé à se rendre à Melbourne, tout comme l’Américain Tennys Sandgren.

«Pas pour les vaccins»

Et de premières réactions négatives sont apparues dans la presse australienne, à l’image du Courrier Mail qui lançait en Une: «You must be Djoking» en jouant sur les mot «joke» (blague) et Djokovic pour dire «Vous devez plaisanter». Et en annonçant une «furie» après le «choc du No-Vax» (jeu de mots entre Novak et pas de vaccin).

Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé mercredi qu’il exigerait de Djokovic la preuve que la «dérogation médicale» dont il a bénéficié pour participer à l’Open d’Australie était justifiée, faute de quoi il serait renvoyé «chez lui par le premier avion». Le directeur de l’Open d’Australie Craig Tiley a lui aussi exhorté Novak Djokovic a dévoiler la raison de sa dérogation.

L’arrivée du tennisman à l’Open d’Australie signerait en tout cas la fin d’un suspense hitchcokien car Novak Djokovic avait laissé planer le doute depuis des mois, en raison de l’obligation faite aux joueurs de se faire vacciner pour entrer en Australie, sur sa participation à la première levée du Grand Chelem 2022, où il visera un 21e titre majeur record après avoir égalé Roger Federer et Rafael Nadal (20) en s’imposant à Wimbledon l’an dernier. Or l’Open d’Australie est son tournoi fétiche: c’est à Melbourne qu’il a remporté son premier titre du Grand Chelem (2008), et personne ne s’y est imposé autant que lui (neuf fois). Son forfait sans justification pour l’ATP Cup, quelques jours avant ce tournoi par équipes organisé à Sydney du 1er au 9 janvier, avait encore épaissi le doute quant à sa participation à l’Open d’Australie.

Le N.1 mondial s’était exprimé dès avril 2020 contre la vaccination obligatoire, alors envisagée pour permettre la reprise des tournois. «Personnellement, je ne suis pas pour les vaccins. Je n’aimerais pas que quelqu’un m’oblige à me faire vacciner pour voyager», avait alors affirmé «Nole».

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