Josh Cavallo et la difficulté de faire un coming out gay dans le football

L’Australien est actuellement le seul joueur de première division dans le monde à avoir franchi le pas. Le symptôme d’un sport extrêmement hostile à l’homosexualité. 

Josh Cavallo et la difficulté de faire un coming out gay dans le football
Josh Cavallo @BelgaImage

«Je suis footballeur et je suis fier d’être gay». C’est avec cette phrase que le footballeur Josh Cavallo, 21 ans, a fait son coming out ce mercredi sur Twitter et Instagram. Il est le seul joueur de football en activité évoluant dans un championnat de première division à avouer être homosexuel. Un geste salué par plusieurs grandes figures internationales de ce sport à l’instar Zlatan Ibrahimovic, Antoine Griezmann, Raphaël Varane, Gerard Piqué, etc. Des clubs comme Liverpool, la Juventus Turin, le FC Barcelone et Arsenal ont aussi applaudi. Même des stars comme Ellen DeGeneres et Lil Nas X ont félicité le jeune homme pour sa prise de parole. Et pourtant, le football reste un milieu plus qu’inhospitalier pour la communauté LGBT+. Car évidemment, l’Australien n’est pas le seul footballeur de première division à être homosexuel dans ce sport, mais aucun n’a voulu dévoiler son secret à visage découvert… sauf Josh Cavallo.

«J’en ai marre d’essayer de vivre cette double vie»

«Cela a été un long voyage pour en arriver là, mais je ne pourrais pas être plus heureux de ma décision de faire mon coming out. Je me bats avec ma sexualité depuis plus de six ans maintenant, et je suis content de pouvoir mettre cela de côté», déclare le milieu de terrain d’Adelaïde United qui explique pourquoi il a été si difficile pour lui d’en arriver là. «En tant que footballeur gay, j’ai dû apprendre à masquer mes sentiments pour m’adapter au moule d’un footballeur professionnel. Grandir en étant gay et jouer au football n’est pas quelque chose de facile. Les statistiques montrent que seulement 33 % des jeunes hommes homosexuels jouent au football contre 68 % des jeunes hommes hétérosexuels. J’ai vécu ma vie en supposant que c’était un sujet dont on ne devait jamais parler».

«J’en ai marre d’essayer de vivre cette double vie, c’est épuisant. J’avais peur de la réaction des gens quand ils le découvriraient, peur qu’ils commencent à me traiter différemment, à dire du mal de moi ou se moquer de moi. Ce n’est pas le cas. Au contraire, vous gagneriez plus de respect de la part des gens. Tout ce que je veux, c’est jouer au football et être traité sur un pied d’égalité», affirme Josh Cavallo.

Depuis cette déclaration, le footballeur se dit très ému des nombreux soutiens qu’il a reçu. «Je suis tellement submergé et heureux de la réponse que j’ai reçue. Je veux faire passer un message au monde entier pour montrer que peu importe qui vous êtes, ce en quoi vous croyez ou de quelle culture ou origine vous venez, tout le monde est accepté dans le football. Cela devrait être basé sur votre talent, pas sur ce à quoi vous ressemblez ou ce en quoi vous croyez. En fin de compte, nous sommes en 2021 et il est temps de changer cela dans le football», déclare-t-il sur Sky Sport.

La peur d’être « crucifié»

À l’heure actuelle, les coming out dans le football restent extrêmement rares. Il y en a mais il s’agit de joueurs à la retraite, comme celui de l’ancien membre de la Mannschaft Thomas Hitzlsperger en 2014. En Belgique, Maxime Legrand, joueur au Wallonia Walhain et au R.J. Wavre, a lui aussi attendu la fin de sa carrière pour faire de même. «C’était ce milieu qui m’empêchait de le dire. Je n’avais pas de référent, il y a des stars dans ce milieu qui sont homosexuelles, mais elles se taisent», nous confiait-il en 2019.

La plus récente preuve de cette omertà date d’il y a une semaine. Le lundi 18 octobre, The Sun relayait le témoignage d’un joueur de football de Premier League qui a voulu rester anonyme tout en révélant être homosexuel. Qualifiée de «star britannique de haut-vol», elle décrit ce que c’est de vivre avec ce secret dans le football. «Je veux être ouvert avec les gens parce que c’est ce que je suis et je suis fier. Mais la vérité est que je serai crucifié», dit-il, car «il y a des fans dans les gradins pour qui c’est encore les années 1980». «Quand je joue, j’ai l’impression que les fans peuvent deviner et qu’ils me jugent (…) Cela a eu un effet terrible sur moi mentalement. C’est terrifiant».

Des coming out qui se comptent sur les doigts de la main

Il y a pourtant dans l’histoire du foot des exemples de joueurs en activité ayant fait leurs coming out à l’époque. Le cas le plus frappant est celui de Justin Fashanu, premier footballeur de couleur britannique dont le transfert a dépassé la barre du million de livres sterling (à Nottingham Forrest en 1981). En 1990, il rend public son homosexualité. Immédiatement, plusieurs de ses coéquipiers le rejettent, y compris son frère, John, lui aussi footballeur. Huit ans après, il se suicide. Dans une lettre écrite juste avant, il évoquait ses poursuites judiciaires aux États-Unis, estimant que la justice américaine ne le traitait pas normalement du fait de son homosexualité.

Il faudra attendre 2011 pour qu’un autre footballeur en activité, Anton Hysen, jouant en troisième division, fasse son coming out. Ensuite, aux États-Unis, Robbie Rogers, a fait pareil en 2013 alors qu’il était en Major League Soccer, la principale ligue de football nord-américaine. Il déclarait alors devoir prendre à contre-cœur sa retraite anticipée, vu la teneur de cette révélation. Il a finalement continué sa carrière au Galaxy de Los Angeles avant d’arrêter le football en 2017. Puis en 2018, Collin Martin, révèle aussi son homosexualité. Il était à l’époque en Major League Soccer. Depuis, il est retombé en deuxième division américaine et fait face aux insultes homophobes, comme en 2020 de la part du joueur de Phoenix Junior Flemmings.

L’année passée, le Sun rapportait enfin une lettre anonyme d’une «star de Premier League sur le point de faire son coming out» qui disait «se sentir piégé». «Ma peur est que dévoiler la vérité sur ce que je suis ne fasse qu’empirer les choses», confiait-il avant de conclure: «Quand le premier fera son coming out, il y en aura plein» qui suivront.

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