Que manque-t-il aux fumeurs pour qu'ils arrêtent de fumer?

Si les fumeurs sont nombreux à tenter d'arrêter la cigarette, le taux d'échec reste énorme. Une nouvelle étude jette un nouveau regard sur ce phénomène.

Arrêt du tabac
Illustration de l’arrêt du tabagisme avec une cigarette cassée en deux, le 31 octobre 2022 à Nice ©BelgaImage

Bonne nouvelle sur le plan de la lutte contre le tabagisme: le nombre de fumeurs a baissé. Ils représentent désormais 24% de la population, contre 27% en 2021 et 29% en 2020, lorsque les confinements avaient vu ces pourcentages monter en flèche. Ce n'est pas aussi bien que le minimum de 20%, atteint en 2017, mais il a des progrès, comme le révèle le nouveau rapport de la Fondation contre le cancer.

Mais ce que montre aussi ce document, c'est que 62% des fumeurs voudraient arrêter de fumer, sans forcément y parvenir. Seuls 21% assurent avoir l'intention d'arrêter dans les six mois, tandis que 41% avouent leur tendance à la procrastination. Il faut en moyenne 17 ans avant qu'un fumeur n'abandonne la cigarette. Que leur manque-t-il donc pour franchir le pas rapidement?

Des tentatives infructueuses et des dispositifs d'aide sous-exploités

Premier constat: l'enquête montre la motivation d'arrêter de fumer est réelle et plus que de simples paroles en l'air. 42% des fumeurs ont ainsi déjà tenté de le faire au cours des deux dernières années. 8% ont même essayé quatre fois et plus de le faire. Mais in fine, 54% recommencent à fumer après trois mois maximum. Seulement 18% arrivent à tenir plus d'un an.

D'où vient cet échec? Une première piste de réflexion, ce serait le fait que 70% des personnes ayant fait cette démarche ont décidé de le faire seuls et sans aide quelconque. Il ne sont que 11% à utiliser des cigarettes électroniques avec de la nicotine, et aussi 11% à se servir de substituts nicotiniques (dont 69% avec des patchs et 37% avec des chewing-gum).

Cette privation de ce type de dispositifs est marquante et serait probablement liée au fait que ceux-ci sont soit méconnus, soit mal vus. Le rapport montre par exemple que deux Belges sur trois ne connaissent pas les sachets de nicotine, et que leur utilisation reste très limitée avec presque aucun utilisateur quotidien. 65% des fumeurs pensent aussi que les cigarettes électroniques sont tout autant ou plus nocives que les classiques, «alors que ce n'est pas le cas», précise la Fondation contre le cancer. «Il est préférable de vapoter que de continuer à fumer. Mieux vaut cependant renoncer aussi à la cigarette électronique, car nous ne connaissons pas ses effets à long terme».

Si la fondation est contre les vapoteuses et les sachets de nicotine, c'est surtout lorsque ces produits sont vendus à des non-fumeurs, ce qui provoque une addiction nouvelle. Mais pour ce qui est des fumeurs, cela peut représenter une première étape pour leur sortie du tabac. «L'e-cigarette ne doit donc être utilisée que dans le cadre d'un sevrage tabagique et de façon temporaire», déclare-t-elle.

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Quand un avis médical permet un déclic

D'autres leviers pourraient également aider les fumeurs à sortir du tabagisme, mais sont sous-exploités. Ils ne sont par exemple que 59% à connaître un tabacologue. Ils pourraient également passer par un appel gratuit à Tabacstop pour être mis en contact avec des tabacologues professionnels, mais la moitié des fumeurs ne connaissent pas cette plateforme.

La Fondation contre le cancer rappelle pourtant que ce type de consultation pourrait avoir un réel impact. 20% des fumeurs indiquent ainsi «qu'un conseil spontané du médecin pourrait entraîner une motivation pour arrêter de fumer». Ce type d'avis médical serait encore plus à même d'influencer les hommes, les 25-44 ans et les classes socio-économiques les plus favorisées. Cela rejoint le rôle des proches du fumeur qui, par leurs conseils, peuvent aussi provoquer l'arrêt de la cigarette.

Le médecin peut donc vraiment servir de déclencheur. Et pourtant, «seuls 29 % des fumeurs ont déclaré que leur généraliste leur avait spontanément demandé d'arrêter de fumer». «Il existe donc un énorme potentiel d'amélioration dans ce domaine», constate la Fondation. «Notre pays dispose de spécialistes du sevrage tabagique très bien formés, les tabacologues, mais on y a trop peu recours. C'est pourquoi nous demandons à nos gouvernements d'offrir aux médecins et aux hôpitaux davantage de soutien pour les patients fumeurs [...] Une admission à l'hôpital pourrait alors devenir un moment clé pour changer la donne pour un fumeur qui aurait ainsi l’occasion d’évoquer avec un spécialiste les freins qu’il ressent et qui l’empêchent d’abandonner définitivement la cigarette. Et le passage à l’hôpital serait un moment opportun pour lui donner toutes les chances de ne pas rechuter à la sortie».

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Interdire complètement le tabac?

Parmi les autres mesures que le rapport pointe pour aider à l'arrêt du tabagisme, il y a aussi une augmentation des aides au sevrage. Mais de façon encore plus frappante, il s'avère que l'interdiction totale de fumer pourrait avoir un effet bénéfique. Une décision radicale qui inciterait 23% à tirer un trait sur la cigarette. À nouveau, cet effet serait particulièrement important chez les «hommes, les 25-34 ans et la classe socio-économique plus favorisée». 41% des Belges ont déclaré être d'accord si la vente de tabac devait être totalement interdite par les autorités.

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Enfin, une solution pourrait résider dans la conception d'«un accord interrégional entre les entités fédérées compétentes pour l’aide au sevrage tabagique», estime Suzanne Gabriëls, experte en prévention du tabagisme à la Fondation contre le cancer. «Cet accord définirait l’approche mise en œuvre par chacune des régions pour renforcer l’accompagnement au sevrage tabagique. Cette offre supplémentaire d’accompagnement au sevrage serait financée par une nouvelle contribution des cigarettiers qui devraient être amenés à débourser les fonds nécessaires».

La Fondation rappelle par ailleurs qu'elle lancera prochainement la deuxième édition d'une campagne nationale dénommée Buddy Deal. L'idée: encourager les gens à arrêter de fumer pendant un mois en duo, avec le soutien d'un «buddy», «pour finir par se débarrasser complètement de son addiction».

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