«C’est la débrouille» : pourquoi l'Europe est touchée par une pénurie de médicaments

Depuis quelques semaines, les pénuries de médicaments s’empilent dans nos pharmacies. La situation s’empire et devient de plus en plus compliquée dans les officines. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Pharmacie pénurie
Les préparations magistrales ne sont pas toujours possible en officine © Belga Image

Les pénuries de médicaments ne sont pas spécialement rares. C’est un phénomène récurrent qui apparait chaque année. Mais cette année, il est particulièrement aigu. Paracétamol, Perdolan, sirop pour la toux… De très nombreux produits sont absents des étagères de nos pharmacies.

Et ça tombe mal, très mal même. Avec le retour du froid et une météo plus qu’humide, on assiste à une recrudescence forte des infections alors même que les médicaments nécessaires pour les soigner sont en rupture de stock.

«On est dans une période de pénurie parce que de nombreuses personnes sont malades en ce moment», constate Ann Eeckhout, porte-parole de l’AFMPS. Les fabricants «n’avaient peut-être pas prévu une vague d’infections par le VRS (Virus respiratoire syncytial) en même temps que le retour de la grippe et du Covid», avance-t-elle.

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La faute aux fabricants ?

Les raisons de ces pénuries sont évidemment plurielles. Pour Perdolan par exemple, on explique la rupture par «une demande accrue». Du côté de Nurofen, on préfère parler d’un «retard de production». Mais à s’y pencher d’un rien plus près, tous les doigts sont pointés vers les fabricants et à l’industrie pharmaceutique. Est-ce donc vraiment de leur faute ?

L’une des principales raisons avancées pour expliquer ces pénuries de plus en rapprochées tient dans la localisation des usines de production. C’est ce qu’avançait Hugues Lambion, le président de l’Association des Pharmaciens de la Province de Liège, au micro de la Première ce matin : «Visiblement les firmes pharmaceutiques n’arrivent pas à suivre. Cela peut s’expliquer par le fait que les médicaments sont maintenant quasiment tous produits dans la même région : l’Asie. Ou parfois même sur un même site de production. Si un problème se passe au niveau de ce site de production, alors le monde entier souffre d’une pénurie de ce produit.»

Une industrie tournée vers le profit

La faute à l’industrie et à la mondialisation donc ? C’est ce que la situation actuelle semble démontrer. Mais cela tient aussi du fait de la nature même des médicaments actuellement en pénurie. Il s’agit de vieux médicaments, donc de vieilles molécules. Ce qui veut dire qu’elles ne sont plus protégées par un brevet. Chacun peut les fabriquer et donc les commercialiser. Entrainant ainsi, de facto, une baisse des prix.

Dans cette mécanique dirigée par les profits, les grandes entreprises se sont désengagées de ces médicaments, n’étant plus considérés comme attractifs, pour se tourner vers d’autres produits plus rémunérateurs.

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De plus, après deux ans marqués par la pandémie, où les gestes barrières ont rythmé notre quotidien, les usines ont ralenti leurs rythmes de production. Il faut du temps pour que ces dernières retrouvent leurs vitesses de croisière. En outre, les producteurs des principes actifs nécessaires à la fabrication de ces médicaments font face, eux aussi, à des contraintes en matière de capacités de production et de rareté des matières premières. C’est le début d’un cercle vicieux.

"Les ruptures de stock (à court terme) chez nos concurrents contribuent également aux ventes élevées imprévues de nos médicaments, et donc à des difficultés d'approvisionnement supplémentaires", souligne le laboratoire Sandoz - la division médicaments génériques du suisse Novartis - à l'AFP.

En attendant, c’est la débrouille

Face à ces nombreuses pénuries, en officine «c’est la débrouille», commente Hugues Lambion. Pour pallier les manques, les pharmaciens sont obligés de trouver des alternatives ou des substituts, un procédé terriblement chronophage. «Ça se fait aux dépens de leurs activités de conseil en soins pharmaceutiques. Cela peut peut-être parfois mettre le patient en danger parce qu’on n’a pas le traitement. Ou ce dernier voit son traitement interrompu. Entre pharmaciens, on essaie évidemment de s’aider mutuellement. Il y a aussi la possibilité, mais pas pour tous les produits, d’exécuter une préparation magistrale», indique-t-il.

Mais pour le président de l’Association des Pharmaciens de la Province de Liège : «Le problème est international. Il faudrait des solutions structurelles au moins au niveau de l’Europe pour s’en sortir.»

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