Notre immunité a-t-elle baissé ? «On l’a oublié, mais les hôpitaux étaient ­surchargés à cette période avant le Covid»

Mouchoirs et raclements de gorge sont de sortie ­partout. Au point d’accuser les confinements d’avoir dilapidé notre immunité. Sauf que c’est un peu plus compliqué que ça.

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La grippe sévit normalement du début février à la mi-mars. Elle est arrivée beaucoup plus tôt cette année. © Adobe Stock

Les généralistes sont débordés. Et il est parfois difficile de décrocher un simple rendez-vous. Les gestes barrières sont tombés et les virus se sont propagés. Pour Sophie Lucas, immunologue à l’institut de Duve, c’est en fait l’effet de surprise qui joue à plein. “Ce qui est exceptionnel, c’est par rapport aux deux derniers hivers où on était ­confinés, même si l’an dernier on l’était un peu moins. On n’a plus été exposés aux virus hivernaux habituels. On a vécu deux ans en étant prudents pour éviter toute maladie ­respiratoire. Donc on est surpris. Mais avant le Covid, les maladies respiratoires se propageaient comme aujourd’hui sur les lieux de travail ou dans les écoles”, rappelle l’experte.

Vraiment? Trois situations concourent à ce que cet hiver soit tout de même un peu particulier, relève pour sa part Yves ­Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB. Tout d’abord l’épidémie de bronchiolite (VRS) est beaucoup plus virulente que les années précédentes. Si elle est alarmante pour les bébés et les enfants, elle touche aussi les adultes et certains finissent sous assistance respiratoire dans des hôpitaux surchargés, avec du personnel soignant en sous-effectif. Ensuite, la grippe saisonnière est arrivée beaucoup plus tôt (elle sévit normalement de début février à la mi-mars). “Sa létalité est assez forte. On ne sait pas pourquoi elle est arrivée si tôt. Les grippes ont des visages très différents d’une année à l’autre”, ­explique Yves Coppieters. Et puis, le Covid-19 circule avec des variants omicron qui échappent à l’immunité acquise. Le poids du Covid est actuellement sous-estimé parce que nombreux sont ceux qui ne se font plus tester alors que les souches actuelles sont très contaminantes. “Depuis un mois et demi on assiste à un rebond de Covid. Ça va diminuer. Mais on est dans une situation compliquée même si chaque hiver c’est un pic au niveau des maladies. On l’a oublié mais les hôpitaux étaient ­surchargés à cette période même avant le Covid. Chaque année, la période entre novembre et fin février est délicate en termes d’infections pour les personnes fragiles.” Et s’il y a une circulation assez intense aussi de gastros, c’est peut-être lié au développement d’une forme de Covid qui peut entraîner des problèmes gastriques.

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Quoi qu’il en soit, notre immunité n’aurait pas baissé. “La réponse à l’immunité a été freinée ces deux dernières années. L’organisme n’a pas combattu. Il a été moins stimulé. Notre mémoire immunitaire est un peu plus faible”, pointe tout de même Yves ­Coppieters. Sophie Lucas estime au ­contraire que si on a été vaccinés contre le Covid et la grippe, on a développé une excellente immunité pour faire face. “Le Covid nous a ramenés à une culture hygiéniste peut-être excessive. Bien entendu, se laver les mains et porter le ­masque, ce sont de bonnes mesures, mais il ne faudrait pas que cela tourne à la peur de l’autre. Notre santé, c’est aussi notre capacité à nous défendre des virus et pas à vivre dans une bulle protégée”, conclut Yves Coppieters.

Bilan

L’incidence hebdomadaire des admissions à l’hôpital dues à une infection respiratoire a augmenté dernièrement à 11,3 admissions pour 100.000 habitants par semaine. Une surmortalité s’observe principalement chez les 65-84 ans en Flandre; 3 % de l’ensemble des décès observés étaient associés au Covid-19. Toujours selon les données recueillies par Sciensano, une nouvelle ­augmentation de l’activité grippale est observable. L’incidence hebdomadaire des consultations de généralistes dues à une infection confirmée par la grippe était de 375 consultations pour 100.000 habitants, ce qui est ­largement supérieur au seuil épidémique (52 consultations/100.000 habitants).

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Grippe

Chez nous, une épidémie de grippe plus intense, ce qui semble être le cas cette année, peut toucher jusqu’à environ 10 % de la population, soit plus d’un million de Belges. En moyenne 1 personne sur 1.000 cas de grippe développe des complications nécessitant une hospitalisation. Plus de 90 % des décès ­concernent les plus de 65 ans.

Pollens

En plus des virus, la saison des allergies au pollen a déjà - anormalement - commencé. Les premiers de l’année sont émis par l’aulne et le noisetier. “La question est maintenant de savoir de quelle manière ces arbres vont émettre leur stock de pollen dans l’air. Et cela va largement dépendre des conditions ­météorologiques à venir”, explique Nicolas Bruffaerts, collaborateur scientifique de Sciensano. La mesure des taux de pollen est un indicateur, parmi d’autres, des effets du climat sur notre environnement. Et malheureusement, ça a aussi un impact direct sur la santé publique.

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