Que se passe-t-il lors d'une expérience de mort imminente, et après ?

Dans Cette vie… et au-delà, Christophe Fauré explore les situations de mort imminente. Des expériences qui livreraient des clés pour mieux vivre nos vies ici et maintenant.

expérience de mort imminente
© Adobe Stock

Psychiatre, Christophe Fauré a écrit depuis 2002 une dizaine d’ouvrages ayant trait aux grands passages de la vie - rupture, deuil, suicide, solitude, infidélité…  Son dernier en date - Cette vie… et au-delà autour de la question de la conscience après la mort - est aussi passionnant qu’interpellant. Un livre qu’il a construit autour de son travail en soins palliatifs. “Très rapidement, des récits d’expériences de mort imminente (EMI), d’expériences de fin de vie (EFV) et de vécus subjectifs de contact avec un défunt (VSCD) se sont naturellement imposés dans ma pratique, ­explique-t-il. Je ne les ai pas recherchés, je n’ai pas une appétence particulière pour ces choses-là. Par ailleurs, je m’occupe également des deuils trauma­tiques: suicides, victimes d’attentats terroristes comme celui du Bataclan… Ce champ d’activités apporte également son lot d’EMI, d’EFV et de VSCD. Comme je n’avais pas de cadre précis, je me suis équipé scientifiquement durant quelques années. Notamment grâce aux études réalisées en la matière par le monde académique anglo-saxon. Ce cadre n’existe pas ou très peu dans le monde francophone. Il me semblait pertinent de remédier à cette absence, de manière à ce que chacun puisse se situer et se rassurer quant à la réalité de ces EFV, ces VSCD et expé­riences de mort imminente.

Ces phénomènes, qui toucheraient 11 % de la population, sont-ils toujours agréablement vécus?
Christophe Fauré  - Plusieurs études attestent que 11 à 20 % des personnes ont fait une expérience de mort imminente. Dans l’immense majorité des cas, oui, elles sont bien vécues. On trouve de super-expériences, des transformations de vie tant dans le rapport à soi que dans le rapport aux autres. Ce qui a peu été étudié jusque maintenant et qui commence à être documenté, ce sont des EMI à tonalité plus négative. Celles-ci semblent tout de même relativement fréquentes - de l’ordre de 15 % sur l’ensemble des EMI. Il est nécessaire de recueillir plus de témoignages en la matière: les personnes se sont longtemps tues car elles craignaient d’être jugées. Dans certains cas, les EMI négatives ont été si traumatisantes que c’est tout un travail pour parvenir à en parler…

Quel est l’exemple type d’une EMI positive?
Le tableau complet comporte ces éléments: décorporation (on voit les soignants s’affairer sur son ­propre corps), tunnel avec, au bout, une lumière qui irradie. Il y a parfois la rencontre de proches décédés et une revue de vie avec cette question: “Qu’as-tu fait de ton existence?” La personne comprend et ressent les impacts de ses actions positives et négatives. Et puis, cette conclusion: “Ta vie n’est pas finie, il faut que tu reviennes”. Les personnes savent pourquoi elles doivent revenir, mais une fois revenues, le voile retombe. Elles ne connaissent plus les raisons de ce nécessaire retour. Après ce retour, il y a une période de recherches et d’intégration de cette expérience. Et de nombreux changements: divorce, réorientations professionnelles. La Greyson Scale est une échelle standardisée qui permet aux équipes scientifiques de déterminer si une expérience ressemblant à une mort imminente en est réellement une.

Quel est l’archétype d’une EMI négative?
Les caractéristiques générales sont les mêmes qu’une EMI classique mais vécues avec une tonalité angoissante: peur de se voir inanimé, rencontre avec un défunt… On se décorpore pour se trouver dans l’obscurité totale plutôt que dans un paysage lumineux. Enfin, plus rarement, des personnes se ­retrouvent dans un environnement hostile, entourées de gens malveillants sans être prises à partie.

Il y a plus d’EMI qu’auparavant. Pourquoi?
Les techniques de réanimation ont beaucoup ­évolué. On parvient donc à sauver plus de personnes et naturellement, on a plus de récits. En ce qui ­concerne les expériences de fin de vie, il y a beaucoup plus d’accompagnements, donc plus de récits confiés aux aides-soignantes, aux infirmières, aux médecins.

Dans le fond, la mort, c’est faire une EMI mais ne pas en revenir…
Cette question-là est importante. On pourrait trouver un élément de réponse dans les expériences de mort imminente partagées. Le schéma de ces EMI partagées concerne deux personnes qui ont un accident. L’une d’elles fait une EMI et l’autre meurt, comme dans cette histoire réelle… Une femme se rend en voiture chez le vétérinaire avec son chat et une amie. Le chat panique et se jette sur la conductrice qui perd le contrôle de son véhicule et percute un bus. La femme est dans le coma pendant une semaine. Elle raconte que, pendant son coma, elle se percevait dans un beau et lumineux paysage avec son amie qui était là aussi. À un moment donné, elles ont senti qu’il fallait qu’elles se séparent. L’une et l’autre prenaient un chemin différent. La femme sort du coma. Elle ne sait pas que son amie est morte… Il y a de nombreux témoignages d’EMI partagées qui pourraient - on est au conditionnel, rien n’est certain - accréditer la thèse selon laquelle les EMI seraient les premières phases de la mort. Et le croisement des témoignages tend à accréditer la thèse de la survivance de la conscience après la mort.

Et de l’existence d’un au-delà?
Mon intention n’est pas de faire une démonstration de l’existence de l’au-delà, mais ces expériences ­tendent à pointer le fait que la conscience continue à vivre au-delà de la mort, donc implicitement, dans un endroit qu’on pourrait appeler l’au-delà.

Cette possibilité peut-elle nous aider à mieux vivre notre vie?
Lorsqu’on lit les témoignages, lorsqu’on écoute des récits, une tonalité se dégage. Les actes d’amour, d’affection, de tendresse, de bienveillance, d’altruisme que l’on peut poser sembleraient être le critère pour remplir sa “mission de vie”. Un autre serait de parvenir à un niveau de connaissance proche de ce qu’on pourrait appeler la sagesse. Des personnes ayant vécu des EMI, qui n’étaient pas intéressées par la sagesse ou par l’altruisme, se mettent à avoir une appétence pour l’une et pour l’autre. Elles changent leur comportement. Il se dégage également une autre tendance: l’estompement de la peur de la mort. Et comme corollaire, cette très belle phrase sortie d’un témoignage: “Avec la disparition de la peur de la mort, disparaît également la peur de la vie”.

Sur le même sujet
Plus d'actualité