Les espoirs contre la maladie d'Alzheimer : «La prochaine décennie sera celle de la recherche sur la démence»

Un nouveau test permet de diagnostiquer la maladie grâce à une simple prise de sang. Cela ne permet pas de remplacer les tests invasifs, de prémunir les malades, ni de les soigner. Mais on y arrivera.

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Aujourd’hui, il n’existe encore aucun traitement contre la maladie d’Alzheimer. © Adobe Stock

L'Université de Pittsburgh, aux États-Unis, a suscité de sérieux espoirs. Une de ses équipes de recherche a mis au point un test sanguin capable de détecter des anomalies au niveau des deux protéines nocives (l’amyloïde et la tau) qui se développent avec Alzheimer. Ces dernières entraînent la dégénération de la mémoire. La nouvelle est évidemment réjouissante. Cette méthode inédite de dépistage par contre n’est pas encore en mesure d’évaluer la dégénérescence des cellules nerveuses cérébrales. Les scientifiques ont appliqué leur test sanguin sur 600 patients lors des essais cliniques. La prochaine étape sera d’élargir l’échantillon de patients et de tester la méthode sur des sujets atteints de niveau variés d’Alzheimer. Les plus belles annonces sont donc à venir.

Ces tests sanguins sont utiles dans trois cas de figure. Premièrement, ils pourraient à terme permettre le dépistage d’un plus grand nombre de personnes touchées par un Alzheimer à proprement parler et non une autre forme de démence. Deuxièmement, ils pourraient remplacer les onéreux scanners du cerveau et les douloureuses ponctions lombaires. Cette dernière méthode de dépistage est la plus utilisée en Belgique. Troisièmement, ils devraient permettre les essais cliniques pour des médicaments ou des traitements. Actuellement, les chercheurs peuvent difficilement demander à des sujets sains de subir une ponction lombaire, et ainsi mener des tests comparatifs.

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Le neurologue des cliniques universitaires Saint-Luc Bernard Hanseeuw reste tout de même réaliste. À Saint-Luc, il utilise déjà les tests sanguins depuis l’acquisition en 2021 d’une machine capable de mesurer les biomarqueurs nécessaires. Les analyses ne détecteraient que 80 % des cas mis en lumière par ponctions lombaires. “On arrivera probablement à se contenter des prises de sang, mais ce sera la médecine de 2030, voire de 2040. Ce n’est malheureusement pas encore la médecine d’aujourd’hui.

Il ne sera toutefois jamais question de dépister la population générale de façon préventive. “En 2023, les traitements restent pratiquement inexistants. Il n’existe que des médicaments symptomatiques. Obtenir un diagnostic permet aussi de planifier les années à venir. Cela a du sens de prendre ses dispositions pour les cinq prochaines années. Mais est-ce vraiment nécessaire de savoir qu’un patient a des prédispositions à Alzheimer vingt ans à l’avance?” D’autant que ce n’est pas parce qu’un patient présente des protéines amyloïde et tau qu’il tombera forcément malade. Le Pr Hanseeuw conclut: “La décennie passée était celle de la recherche pour les pathologies cardiovasculaires. Actuellement, l’époque se focalise sur les cancers. Ensuite, ce sera au tour de la démence et d’Alzheimer en particulier. Les progrès sont à faire, et on y arrivera”.

Maladie d'Alzheimer

©BelgaImage

D’autres dépistages non invasifs

Outre les tests sanguins, d’autres méthodes de diagnostic moins invasives que les ponctions lombaires et moins chères que l’imagerie nucléaire existent. Des chercheurs chinois sont notamment capables de déterminer la prévalence à Alzheimer grâce à l’acide formique présent dans l’urine. Ce serait surtout vrai pour les patients à un stade avancé de la maladie, mais ce facteur serait tout de même visible chez les malades précoces. De plus, ce test urinaire permettrait de mieux évaluer le stade auquel se trouve le patient, et donc d’anticiper les étapes de sa dégénérescence.

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Un premier médicament

Aucun traitement sur le marché n’est capable de soigner Alzheimer. En novembre 2022, un premier espoir est pourtant apparu. Une étude clinique a confirmé que le médicament Lecanemab était en mesure de ralentir le déclin cognitif des patients à un stade précoce de la maladie. Certes, les résultats sont modestes (ralentissement de 27 % du déclin mental des patients en 18 mois), mais s’il faut s’en réjouir, c’est surtout parce que ces tests laissent présager de véritables progrès. Le Lecanemab n’arrivera pas sur le marché de sitôt, car les chercheurs japonais et américains qui travaillent dessus constatent encore trop d’effets secondaires indésirables, dont des hémorragies cérébrales.

Population vieillissante

Le nombre de malades d’Alzheimer devrait doubler d’ici 2050, selon l’OMS. Cela peut paraître inquiétant, c’est en fait assez logique. Le risque s’accroît avec l’âge. Or, l’espérance de vie est de plus en plus élevée, et les maladies cardiovasculaires et les cancers tuent de moins en moins. Après 65 ans, le risque d’être atteint de démence double tous les 5 ans. Environ 210.000 personnes sont touchées par la démence en Belgique. 65 % d’entre elles seraient atteintes d’Alzheimer, même si un diagnostic via imagerie médicale ou ponction lombaire n’est pas souvent réalisé. Pour l’ASBL Ligue Alzheimer, les nouveaux tests sanguins pourraient permettre de clarifier les diagnostics à l’avenir.

L’anecdote

Le Japon est le premier pays à avoir autorisé la commercialisation d’un kit de diagnostic de la maladie d’Alzheimer à partir d’une prise de sang. Même s’il ne suffit pas à poser un diagnostic complet.

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