Coronavirus: la pandémie est-elle finie, comme l'affirme le M. Covid allemand?

Le plus éminent virologue d'Allemagne estime que la pandémie de Covid-19 s'est transformée en endémie, tout en émettant plusieurs bémols.

Infirmier et Covid
Illustration d’un infirmier combattant le coronavirus modélisé ©BelgaImage

Après trois ans, en aurait-on enfin fini avec la crise sanitaire? Oui, à en croire le virologue Christian Drosten, qui fait figure de M. Covid en Allemagne, comme Marc Van Ranst et Yves Van Laethem en Belgique. «Nous assistons à la première vague endémique de SRAS-CoV-2 cet hiver. Selon moi, la pandémie est terminée», déclare-t-il dans une interview au journal Tagesspiegel. Cette position a fait l'effet d'une petite bombe à Berlin, y compris au niveau gouvernemental où l'expert est apprécié pour sa grande prudence. En réaction, le ministre de la Justice Marco Buschmann a même demandé à «mettre fin aux dernières mesures sanitaires». Alors peut-on vraiment dire au revoir à la pandémie? À vrai dire, oui et non.

Des ravages de 2020 à la «maladie indigène» actuelle

La bonne nouvelle selon Christian Drosten, c'est qu'au fil du temps, la population a développé un haut niveau d'immunité contre le Covid-19. Il y a les vaccins mais aussi la contraction de la maladie, surtout avec le variant Omicron réputé moins virulent mais plus contagieux. En conséquence, le Covid se banalise. Il ne disparaît pas mais fait de plus en plus figure de maladie hivernale normale, estime le virologue. Ce dernier pointe aussi le faible risque d'épidémie de coronavirus en été, ce qui permet d'autant plus de faire diminuer la tension.

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Pour le M. Covid allemand, ces éléments permettent d'abandonner le terme de «pandémie» pour lui préférer celui d'«endémie». En d'autres termes, il n'est plus question d'une maladie qui s'étend au-delà des frontières pour toucher des populations non-immunisées, comme le précise Thomas Mertens, président en Allemagne de la Commission permanente de vaccination. Selon lui, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le Covid représenterait désormais une «maladie indigène» affectant de façon latente et prolongée nos régions, sans forcément mettre en danger un nombre relativement important de personnes infectées.

Toujours une surveillance mais plus d'alerte sanitaire

Cela ne veut pas dire pour autant que le Covid-19 est devenu une pathologie bénigne. Les hôpitaux continuent de recenser des décès, dont 72 en Belgique entre le 12 et le 18 décembre. Du 15 au 21 décembre, 911 patients ont été hospitalisés chez nous avec pour raison première le Covid-19. Le 21 décembre 2022, 1 985 lits d’hôpital dont 96 lits en unité de soins intensifs étaient occupés par des patients Covid, selon les données de Sciensano.

Mais la différence est flagrante comparé au pire de la pandémie. Fin 2020, on pouvait atteindre plus de 4.000 hospitalisations par semaine, et encore plus de 2.000 fin 2021 et début 2022. Depuis l'arrivée des vaccins, la mortalité générale tend à revenir dans la norme, bien loin des pics de surmortalité de 2020.

Le Covid reste donc potentiellement dangereux, surtout pour les personnes non-vaccinées. Il ne s'agit pas d'un simple rhume vu le nombre de morts, mais on ne risque plus d'avoir des décès chiffrés en millions, comme c'était le cas avec le variant Delta, rappelle Christian Drosten. Avec Omicron et les vaccins, le Covid-19 se rapproche désormais plus de la grippe (qui fait entre 800 et 2000 victimes chaque année en Belgique selon le virologue Yves Van Laethem).

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Un nouveau variant qui pourrait remettre tout en cause?

Malgré ses propos assez rassurants, le célèbre virologue allemand pointe certains bémols. D'une part, il n'exclut pas totalement la possibilité de voir des vagues épidémiques notables revenir de temps en temps. Ce ne serait en rien comparable avec ce que vit la Chine actuellement. Là-bas, la population est peu immunisée et vulnérable depuis l'abandon brutal de la politique «zéro Covid». Mais même chez nous, l'hiver reste une période plus propice à des pics épidémiques.

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Ce qui préoccupe le plus Christian Drosten toutefois, c'est le risque de voir émerger un nouveau variant. C'est la même mise-en-garde qu'avait émis en septembre dernier des épidémiologistes dans un article de France Info. Eux aussi estimaient que «la phase aiguë de la pandémie est terminée», mais l'apparition d'un variant plus virulent n'est pas exclue, confirment-ils. Cette menace n'est pas exclue, bien qu'Omicron soit «tellement transmissible qu'il ne laisse pas d'autres le supplanter». «Ce n'est qu'à l'issue de la vague épidémique de l'hémisphère Nord cet hiver, si de nouveaux variants n'apparaissent pas, qu'on saura si on est ou pas dans une phase de stabilisation du virus», concluait le virologue Bruno Lina.

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