Jeûner entre Noël et Nouvel An: pourquoi c'est une mauvaise idée

Loin de représenter une tactique efficace face aux excès de fin d'année, le jeûne risque de faire pire que mieux. D'autres options semblent plus censées.

Régime
Illustration d’un régime, avec une femme s’empêchant de manger une part de gâteau ©BelgaImage

Vous le redoutiez et vos craintes se sont confirmées. Comme chaque année, vous avez dû enchaîner les plats à Noël, du foie gras de l'entrée à la bûche du dessert, au point de frôler l'indigestion. Et voilà que bientôt, vous êtes reparti pour un tour avec le Nouvel An. De quoi avoir déjà mal au ventre, alors que vous tentez encore de vous remettre du chapon d'hier! Effrayé par cette perspective, vous pourriez être tenté de faire un jeûne d'une semaine, question de faire passer la pilule. Mais on vous arrête tout de suite: ce n'est pas vraiment une bonne idée, et on vous explique pourquoi.

Le jeûne, pas une bonne option

Interrogé par 20 Minutes, la nutritionniste Laurence Plumey tranche tout de suite: elle déconseille une telle pratique. «Si on veut jeûner pendant une semaine pour perdre du poids parce qu’on a pris 3 kg pendant les fêtes, c’est contre-productif. Car c’est la porte ouverte au yoyo pondéral : on maigrit vite mais on regrossit très vite et davantage», explique-t-elle. «C’est comme si on coupait les vannes d’arrivée d’eau dans une usine qui fonctionne 24h sur 24h. Le corps humain se met en procédure d’urgence : il va piocher dans ses propres réserves, le gras, les muscles, les minéraux, les vitamines, pour continuer d’assurer la demande de nos cellules. On peut penser qu’on se sent bien, mais la réalité organique correspond à un gros stress».

Outre le risque de reprise de poids éclair, ce jeûne a d'autres conséquences négatives. Il provoque tout d'abord une fonte musculaire particulièrement problématique chez les personnes plus âgées. En découle une fatigue particulièrement marquée. Ensuite, privé de minéraux et de vitamines, le corps s'affaiblit, ce qui le rend vulnérable aux agents infectieux, surtout avec le froid de l'hiver. Et tout cela, c'est dans l'hypothèse que la personne ne souffre pas de troubles alimentaires ou de problèmes quelconques de santé.

Et s'il est intermittent?

Le cas du jeûne intermittent fait plus débat. Il s'agit ici de se limiter à 12-16 heures sans nourriture, avec un rythme régulier suivi tous les jours. Pour Robert Barouki, médecin, biochimiste et directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il est déjà beaucoup plus envisageable que le jeûne supposé «détoxifiant» d'une semaine, pour lequel «il n'y a aucune base scientifique». «Il n'y a pas d'unanimité sur le sujet, mais ce n'est pas spécialement dangereux et le substrat scientifique existant semble montrer quelques bénéfices, notamment pour limiter les marques du vieillissement», fait-il valoir à Slate.

À lire: «40 kilos perdus sans régime» ce centre médical accueille des jeunes qui souffrent de surpoids

Attention toutefois: le risque de dérive existe lui aussi avec le jeûne intermittent. «J’ai vu une patiente qui le pratiquait et avait développé des troubles du comportement alimentaire : elle se jetait sur le repas au sortir de cette période», témoigne Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste. L'Inserm précise par ailleurs dans un article d'octobre 2022 que les études menées sur le jeûne intermittent ne montrent pas une perte de poids plus efficace que d'autres régimes comme le «5 : 2» (5 jours avec une alimentation normale et 2 jours avec une consommation très réduite de 500-600 calories). Plus intriguant encore: les paramètres métaboliques restent les mêmes comparé à une personne ne s'imposant aucune restriction alimentaire.

Préférer les régimes méditerranéen et d'Okinawa

Si on oublie l'idée du jeûne intermittent, que faire face à l'indigestion de fin d'année? Pour Laurence Plumey et Arnaud Cocaul, il vaut mieux adopter une alimentation équilibrée et adaptée, avec de bons produits de la mer, des légumes et des fruits. «On peut arriver tout aussi bien à ses fins sans pour autant jeûner, en mangeant plus léger et moins», estime la nutritionniste. Son collègue rappelle pour sa part que «des études scientifiques prouvent que les régimes méditerranéen et d'Okinawa améliorent votre taux de cholestérol, votre risque cardiaque et votre poids». Il vaut donc mieux se diriger vers ce type d'alternative.

À lire: Manger végétarien est-il forcément plus sain?

Puis rassurez-vous: les folies de Noël et Nouvel An ne sont que passagères. «Il est normal de manger davantage et de manière un peu plus riche à Noël. Et si l'on prend un ou deux kilos, ils vont vite repartir», déclare la diététicienne Ariane Grumbach auprès de Slate. Pas question donc de s'en vouloir pour cette bûche avalée par pure gourmandise. «L'organisme saura se réguler dès lors que l'on reprendra une alimentation plus habituelle».

Sur le même sujet
Plus d'actualité