Comment la démence est devenue la principale cause de décès en Belgique

Elle est devenue la première cause de décès en Belgique, devant les ­cancers et les maladies cardiovasculaires. C’est surtout dû au vieillissement de la population, mais les dépressions causées par les crises ­successives et la pollution n’y seraient pas étrangères.

démence
© Adobe Stock

Après le cancer, Alzheimer et les autres pathologies liées à la démence sont les maladies qui effraient le plus les Européens dans les sondages. Cela n’a rien d’étonnant, car la déchéance irréversible des capacités intellectuelles est évidemment un drame absolu pour les ma­lades et leurs proches. La tendance pourrait toutefois s’inverser. L’institut de santé public Sciensano a sorti début décembre des chiffres qui ont fait grand bruit: la démence est devenue la principale cause de décès en Belgique. À égalité, en fait, avec les maladies coronariennes, la forme la plus fréquente de maladie du cœur. Mais alors que ces dernières sont de moins en moins fréquentes (-43 % depuis 2004), la démence l’est de plus en plus (+ 74 %). Elle tue aujourd’hui davantage que les cancers du poumon, de la trachée et des bronches réunis, ou que tout autre cancer, ainsi que les maladies cardiovasculaires dont les AVC.

Le facteur de risque le plus important est celui de l’âge”, pose le professeur en sciences biomédicales (UCLouvain) Jean-Noël Octave. Le vieillissement de la population engendre dès lors naturellement une hausse du nombre des patients. “À 65 ans, la prévalence de la maladie avoisine les 2 %. C’est similaire à la maladie de Parkinson ou toute autre maladie neurodégénérative.” Après l’âge de 65 ans, la prévalence double tous les 5 ans. “On arrive à une chance sur trois d’attraper Alzheimer à l’âge de 85 ans.

Quatre formes de démence

70 % des cas de démence concernent la maladie d’Alzheimer. Trois autres formes existent: la démence “à corps de Lewy”, une démence proche de Parkinson avec des symptômes de tremblement, la démence vasculaire suite à un accident vasculaire cérébral qui endommage des tissus du cerveau. Enfin, la démence fronto-temporale, une neurodégénérescence qui touche les lobes frontal et temporal, et entraîne un changement de personnalité.

Une cause environnementale

Le vieillissement ne représente pas la seule explication à la croissance des décès pour cause de démence. C’est d’autant plus vrai que selon l’OMS, 9 % des cas sont “précoces”, c’est-à-dire que les premiers symptômes apparaissent avant l’âge légal de la retraite. Les études pointent de nombreux facteurs de risque. Par exemple, les personnes aux niveaux d’éducation faibles ont 60 % de chances en plus qu’une personne sans ce facteur de risque de développer une démence avant 45 ans. La perte auditive, un traumatisme crânien, l’hypertension, l’obésité et même la consommation d’alcool (+ de 21 verres par semaine) augmentent les risques durant le milieu de vie (45-65 ans) tandis que les dépressions et l’anxiété, également en hausse suite aux crises ­successives, la consommation de tabac, l’isolement social, le diabète ou la sédentarité augmentent ce facteur de risque après 65 ans. En outre, la maladie peut avoir un caractère héréditaire et lié à des mutations génétiques.

À lire aussi : Un traitement pour réduire les risques de la maladie d'Alzheimer

De nouvelles études tendent à prouver l’impact de la pollution atmosphérique sur la hausse des cas de démence. Selon une synthèse de 70 études en effet publiée par une agence sanitaire britannique, le déclin cognitif chez les personnes âgées serait susceptible d’être accéléré par l’exposition aux polluants atmosphériques comme les particules fines. Ces derniers représentaient déjà un facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires et pulmonaires. Ils sont par ailleurs responsables de 10 % des cancers en Europe. “Les résultats sont hétérogènes en ce qui ­concerne d’autres domaines cognitifs tels que les fonctions exécutives, l’attention, la mémoire, le langage et les troubles cognitifs légers. Les particules peuvent affecter le cœur et les vaisseaux sanguins, y compris le cerveau”, écrivent les chercheurs. D’autres études, notamment de l’Association Alzheimer américaine, ­convergent. Une recherche de l’université Western Ontario a établi un lien entre la démence et la densité du trafic routier dans la région. Selon celle-ci, le risque serait majoré de 3 % pour chaque augmentation de l’exposition aux particules fines (de type “PM 2,5”) causée par le trafic routier d’un microgramme par mètre cube.

Lentes avancées de la recherche

Du côté des traitements, la recherche en est encore à ses balbutiements. “Nous avançons plus lentement que pour le cancer par exemple, car elle est environ vingt fois moins financée”, conclut le professeur ­louvaniste. Tout de même, un nouveau médicament américano-japonais (Lecanemab-Eisai) notamment a été présenté. Il permettrait de réduire le déclin cognitif des patients de 27 %. Et d’enlever les plaques amyloïdes, responsables des lésions ­typiques de la maladie d’Alzheimer. Il ouvrirait la voie pour de meilleurs soins à l’avenir, mais à un horizon relativement lointain tout de même. Aucun spécialiste n’ose dater le jour où l’on pourra “guérir la démence”, comme les médecins le font aujourd’hui pour le cancer, à l’horizon 2030.

À lire aussi : Travailler avec un cancer, un défi d'ampleur pour salariés et entreprises

À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement qui permette de guérir de la démence ou d’en modifier l’évolution. De multiples nouveaux traitements sont actuellement testés à différents stades d’essais cliniques”, confirme l’OMS. En attendant, l’Organisation ­conseille d’agir par prévention. “Des études montrent qu’il est possible de réduire le risque de démence en faisant régulièrement de l’exercice, en ne fumant pas, en évitant l’usage nocif de l’alcool, en contrôlant son poids, en mangeant sainement et en maintenant des niveaux sains de tension artérielle, de cholestérol et de glycémie.” Chez nous, la problématique serait couronnée d’un enjeu politique. Face aux chiffres de Sciensano, la Ligue Alzheimer Flandre réclame un cadre national, un “plan démence”, similaire au Plan Cancer. Elle constate cependant que ce dernier semble difficile à mettre en œuvre, car si les médecins, les hôpitaux et le remboursement des traitements dépendent du fédéral, les maisons de repos et de soins, les aidants et les soins aux personnes âgées sont de la compétence des communautés. Or il faudrait que tout le monde travaille main dans la main.

Sur le même sujet
Plus d'actualité