La question taboue : en pleine crise, les médecins peuvent-ils se plaindre de leur salaire ?

Moins indexé, le salaire des médecins n'a pratiquement pas évolué en dix ans. Pourtant, malgré le recul objectif de leur niveau de vie des, ils font encore partie des mieux lotis.

faut-il repenser le salaire des médecins ?
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Michel Dupuis, philosophe des soins de santé, contextualise d’abord: “C’est une erreur de partir du clivage traditionnel entre les professions “riches” et les plus “pauvres”. Des médecins généralistes gagnent aujourd’hui moins que certains fonctionnaires. La croyance que les médecins font partie des mieux lotis est en train de s’estomper. À tel point qu’un médecin qui veut vraiment consacrer du temps à son patient pendant une consultation de 30 minutes pourrait avoir un revenu horaire de 80 à 150 euros brut.

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Dans la presse, certains commentaires peuvent paraître maladroits. Comme cet anesthésiste qui prétend sur la RTBF toucher un tarif horaire moins élevé “qu’un coiffeur ou un jardinier”. Cela peut certes parfois être le cas s’il adapte ses honoraires aux patients à bas revenus, mais ce n’est pratiquement jamais représentatif. “Il faut considérer les revenus globaux annuels. Sinon, le débat peut être faussé. Je travaille de jour. Si je compare mon tarif horaire entre 1 h et 2 h du matin, je gagne bien moins qu’un chauffeur de bus de nuit”, appuie Michel Dupuis. Dans l’immense majorité des cas, les revenus des médecins restent bien supérieurs au salaire moyen des Belges. Ce qui n’est pas forcément anormal, car il faut bien entendu considérer la haute responsabilité de la profession et la longueur des études. “Ensuite, c’est une question de philosophie des revenus. Doit-on défendre davantage d’égalités salariales? Chacun a son opinion.

La Mutualité chrétienne a l’an dernier lancé une campagne sur ce tabou, en réclamant une échelle de revenus plus équitable. Parmi les concernés aussi, certains voudraient instaurer des plafonds. Le professeur Marc Noppen, directeur de l’UZ Brussel, a notamment suggéré que le salaire des spécialistes ne puisse excéder… celui du Premier ministre.

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