Peut-on réellement «attraper froid»?

Des scientifiques ont étudié comment le froid pouvait affaiblir notre système immunitaire nasal, et en particulier des particules protectrices méconnues.

Personne malade
Une personne malade se mouchant le nez un jour d’automne ©BelgaImage

Combien de fois n'avez-vous pas entendu quelqu'un vous sommer de vous couvrir sous peine d'«attraper froid»? Un sermon qui a pu vous agacer. Une maladie respiratoire est pourtant bien le fait d'un agent infectieux, pas d'un simple coup de vent! Ce n'est pas faux mais à vrai dire, les autres n'ont pas tort non plus. Car oui, vous pouvez bel et bien «attraper froid», au sens physiologique du terme. C'est ce qu'explique en détail une étude de Harvard publiée ce lundi 5 décembre 2022 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology. La clé de ce phénomène réside dans des particules peu connues et pourtant essentielles: les vésicules extracellulaires.

Un mécanisme insoupçonné de notre système immunitaire

Découvertes au milieu du XXe siècle, les vésicules extracellulaires sont de toutes petites particules produites par presque tous les types de cellules de l'organisme, avec des rôles très variés. Certaines transportent des nutriments (protéines, lipides...), D'autres transfèrent de l'ARN d'une cellule à l'autre, modifient le comportement des cellules réceptrices, récoltent leurs déchets, etc. Dans le cas présent, les chercheurs se sont intéressés aux vésicules extracellulaires liées à l'épithélium nasal, c'est-à-dire la muqueuse de la cavité nasale. Puisqu'elles sont impliquées dans l'immunité et que leur rôle exact demeure encore flou, l'université de Harvard a étudié ce cas de plus près.

Concrètement, lorsqu'un agent infectieux tente de pénétrer dans l'organisme via le nez, l'épithélium olfactif le détecte et sonne l'alerte. Les cellules de la région libèrent alors leurs fameuses vésicules qui vont jouer le rôle de défenses immunitaires. Contre une bactérie, elles se diffusent un peu partout dans les voies respiratoires afin de protéger les cellules face à cet intrus. Face à des virus, principaux responsables des maladies respiratoires hivernales, la stratégie peut être différente. Ici, les vésicules extracellulaires servent de leurres grâce à des récepteurs similaires à ceux visés par les virus. En d'autres termes, ces derniers se fixent à elles en croyant qu'il s'agit de cellules à partir desquelles ils pourraient se reproduire. Pas de chance puisque cela les neutralise! Dans l'étude de Harvard, les scientifiques ont constaté cette tactique avec deux rhinovirus et un coronavirus (autre que celui du Covid-19).

Les vésicules extracellulaires n'aiment pas le froid

Arrive alors le moment où le froid entre dans l'équation. Logiquement, plus il y a de vésicules extracellulaires, plus les virus ont du mal à infecter l'organisme. Mais si la température baisse, le nombre de ces leurres s'en retrouve affecté. Les scientifiques ont pu le constater via une petite expérience. Ils ont d'abord exposé des volontaires en bonne santé à 4,4°C pendant 15 minutes. Cela leur a permis de vérifier que la température intra-nasale chutait à 5°C. Ils ont ensuite reproduit in vitro cette même fraîcheur pour voir comment réagiraient des échantillons de tissu nasal. Le résultat est clair et net: à 5°C, le nombre de vésicules extracellulaires a plongé de 42%. Pire: leurs protéines antivirales sont endommagées. En conséquence, ce mécanisme de défense se révèle moins efficace.

Reste à savoir à quel point notre système immunitaire est affaibli par cette baisse de performance des vésicules extracellulaires à basse température. L'étude ne permet pas d'avoir plus d'informations sur ce point. Autre question qui se pose toujours: «comment pouvons-nous exploiter ce phénomène naturel, recréer un mécanisme de défense nasal et renforcer cette protection, en particulier pendant les mois les plus froids?», se demande l'un des auteurs de l'étude, le Dr Mansoor Amiji, cité par le magazine Forbes.

En attendant que les scientifiques fassent la lumière sur ces deux interrogations, d'autres mesures de précaution peuvent être utiles. La plus importante en hiver est d'éviter les lieux clos bondés, là où la promiscuité concentre les agents pathogènes dans l'air ainsi que sur les objets. C'est ce qui justifiait notamment les mesures prises pendant la crise du Covid-19 et cela reste d'actualité pour éviter de tomber malade de manière générale.

Sur le même sujet
Plus d'actualité