Les centres PMS alertent sur la détresse des jeunes: "on va le payer très cher demain"

Face à l'ampleur du malaise social chez les jeunes, les centres PMS craignent que le manque de moyens ne crée une véritable bombe à retardement.

Anxiété chez une femme
Illustration d’une jeune femme stressée, assise sur un canapé chez elle ©BelgaImage

Violences familiales, harcèlement, prostitution, décrochage scolaire, idées suicidaires: plusieurs acteurs de terrain de la jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles ont tiré jeudi la sonnette d’alarme sur la détresse grandissante des jeunes, laquelle réclame d’urgence une "réponse transversale forte" du politique ainsi qu’un refinancement du secteur, selon eux.

La vague causée par le Covid "est encore là"

Si la crise sanitaire semble pour l’heure quelque peu apaisée, la détresse psychologique qu’elle a générée auprès des jeunes et des familles est, elle, loin d’être résorbée, selon ces acteurs, parmi figurent des directeurs de centres psycho-médicaux-sociaux (CPMS), les parents de l’enseignement officiel, des pédopsychiatres, des intervenants de l’aide à la jeunesse ou encore une juge de la jeunesse, tous confrontés à un manque criant de moyens. "Non, la vague n’est pas terminée! Elle est encore là! Et les dégâts qu’on fait aujourd’hui auprès de ces jeunes, on va les payer très cher demain", avertit Véronique Dethier, secrétaire politique de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo).

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Pour gérer cette détresse psychologique provoquée par les confinements successifs, les centres PMS avaient reçu du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles une aide exceptionnelle pour augmenter leurs effectifs. Mais ce soutien financier va s’arrêter au 30 novembre, a décidé récemment le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Nous devrons donc réduire nos interventions alors qu’il nous est déjà difficiles de répondre à toutes les demandes", se lamente Nicolas Lejeune, porte-parole du collectif ‘Faut l’dire’ qui rassemble plusieurs directeurs de CPMS en Wallonie et à Bruxelles.

"Ce qui aide les jeunes, ce sont les jeunes eux-mêmes"

En contrepoint à cette réduction de moyens aux CPMS, le Fédéral a décidé d’augmenter les moyens en faveur des soins psychologiques, ce soutien financier passant de 39 à 152 millions d’euros. Mais pour les acteurs de terrain, plutôt que le curatif, c’est dans le préventif qu’il conviendrait d’investir prioritairement, notamment via les CPMS, ceci afin de limiter en aval les traitements psychologiques de ces jeunes, voire leur placement en institutions. "La réponse du gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux", juge ainsi Sophie Maes, pédopsychiatre et responsable au centre hospitalier psychiatrique Le Domaine (ULB). "Ces moyens supplémentaires, c’est pour de la prise en charge individuelle alors que ce qu’il faut, c’est plus de prévention et de la gestion du collectif. Les jeunes en difficultés ne se confient pas à leurs parents. Ce qui aide les jeunes, ce sont les jeunes eux-mêmes. C’est de leur permettre de se confier les uns aux autres. D’où l’importance du collectif, et du rôle des CPMS", insiste-t-elle.

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Un plaidoyer appuyé par Michelle Meganck, juge de la jeunesse à Bruxelles, pour qui une action plus efficace en amont de la chaîne permet d’éviter par la suite des mesures de plus en plus contraignantes. "Tout ce qui est fait avant ne doit plus être fait après…", résume en une phrase la magistrate. Face à cette situation, ces acteurs de terrain lancent un appel à l’ensemble des niveaux de pouvoir en Belgique pour qu’ils prennent collectivement leurs responsabilités et dégagent des moyens financiers à la hauteur du défi "pour que les enfants en détresse puissent avoir ce à quoi ils droit".

Àcôté de ce manque de moyens financiers, tous pointent aussi la complexité institutionnelle belge qui, selon eux, n’aide pas à une prise en charge optimale de ce défi, avec des compétences aujourd’hui éclatées entre le Fédéral, les Régions et la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Je ne prône pas une quelconque refédéralisation, mais on a aujourd’hui un système complètement morcelé pour faire face à des enfants qui sont, eux, entiers", conclut Michelle Meganck.

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