Chiffres, traitement, coût… Où en est-on avec le diabète ?

Ce 14 novembre est la journée internationale du diabète. L’occasion de faire un état des lieux des réalités, des causes et des traitements d’une maladie millénaire qui ne cesse de gagner du terrain.

diabète
Il y aurait en Belgique entre 700 et 800.000 diabétiques, soit 10 % de la population adulte. © Adobe Stock

Cela fait cent ans que le diabète n’est plus mortel. En 1921, Banting et Macleod réussissent à purifier des extraits d’insuline à partir de pancréas de bœuf et de porc. L’année suivante, à l’hôpital général de Toronto, un adolescent de 14 ans sur le point de mourir reçoit une première injection d’insuline qui le sauvera. Cela vaudra à Banting et Macleod le prix Nobel de médecine. Mais pas la fortune. Les deux médecins ont préféré vendre leur brevet pour un dollar symbolique. Ils considéraient que leur découverte était un bien commun pour l’humanité…

Car le diabète est une affection qui accable le genre humain depuis des milliers d’années. Les médecins égyptiens avaient déjà découvert cette maladie au XVe siècle avant notre ère et la décrivaient dans l’un des plus anciens traités médicaux connus. Ce sont ensuite les médecins grecs de l’école d’Hippocrate qui ont donné au IIIe siècle avant J.-C. son nom à la maladie. “Diabète” signifie “traverser” car les soignants grecs observaient que les malades étaient frappés d’une soif continuelle, et qu’ils semblaient uriner aussitôt ce qu’ils venaient de boire, comme s’ils étaient “traversés par l’eau” sans pouvoir la retenir puis ils maigrissaient et mouraient malgré une nourriture abondante. Cet effet diurétique est une conséquence du taux de sucre trop élevé dans le sang…

Un problème de carburant

Le diabète, c’est un excès de glucose dans le sang, rappelle le docteur Nicolas Paquot, chef de service en diabétologie et maladies métaboliques au CHU du Sart-Tilman et professeur à l’ULiège. Le glucose, c’est le carburant de toutes les cellules du corps, et il doit être présent dans le sang à un certain taux. À un taux normal de glycémie. Faire de la glycémie, c’est faire du diabète, c’est avoir un taux de glycémie supérieur à la normale. La cause: les cellules n’ab­sorbent pas assez de glucose. Car ce qui permet aux cellules du corps d’absorber le glucose, donc leur ­carburant, c’est essentiellement une hormone produite par le pancréas: l’insuline.” La maladie se divise en deux grands types: le diabète de type I et celui de type II. L’insuline a également, on le verra plus loin, un rôle sur le fonctionnement du foie.

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Le diabète de type 1 est exclusivement lié à un défaut de production d’insuline, à la suite d’une maladie auto-immune. Ainsi les anticorps détruisent les cel­lules du pancréas qui produisent l’insuline. Les cel­lules du corps, privées d’insuline, ne peuvent plus absorber de glucose d’où le fait que le taux de glycémie augmente, d’où l’apparition du diabète.” Le diabète de type I concerne à peu près 50.000 personnes en Belgique. Soit 10 % des diabétiques. “Le diabète de type II est la résultante d’une baisse de la sensibilité des cellules à l’insuline qui provoque une augmentation continue de la production d’insuline par le pancréas jusqu’à épuisement de celui-ci. Ce diabète est 10 fois plus fréquent que le diabète de type I. On estime à un peu plus de 500.000 le nombre de personnes souffrant de diabète en Belgique.” En réalité, il y en a beaucoup plus. Et de plus en plus…

celui qui a découvert l'insuline, remède contre le diabète

Frederick Grant Banting, récompensé du prix Nobel en 1923 pour avoir découvert l’insuline. © Isopix

Génétique et environnement

C’est en 1991 que l’Organisation mondiale de la santé et la Fédération internationale du diabète ont lancé la journée mondiale consacrée à la maladie. Il s’agissait alors d’organiser une réponse à l’augmentation rapide du diabète dans le monde. “Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, le nombre de diabétiques de type II connaît une forte croissance. Pour différentes raisons. D’abord, on les dépiste mieux. Ensuite, parce que la population vieillit et le diabète de type II apparaît avec l’âge (en dessous de 50 ans, il est rare). On estime qu’au-dessus de 70 ans, une personne sur cinq souffre d’un diabète. Enfin, la raison la plus importante, c’est l’augmentation de l’obésité et de la sédentarité, deux facteurs favorisant très clairement l’apparition de diabète de type II.” On estime par ailleurs à une sur trois la proportion des personnes souffrant de diabète de type II et qui ne le savent pas. Il y aurait en réalité en Belgique plutôt entre 700 et 800.000 diabétiques, soit 10 % de la population adulte.

Tendance positive, chiffres moins optimistes

Tant pour le type I que pour le type II, lorsque la maladie se développe, c’est sur un terrain géné­tique prédisposé et à cause de facteurs exogènes (obésité et sédentarité). D’où l’importance d’une alimentation équilibrée et de la pratique d’activités physiques pour éviter qu’elle ne se développe. Mais quand c’est le cas, quelles en sont les conséquences? “Lorsqu’on est diabétique de type II, il y a bien souvent un “package” supplémentaire lié à l’obésité (hypertension, cholestérol…). Si l’on ne se soigne pas, il y a rapidement de sérieuses complications. Des gros vaisseaux qui s’obstruent (les artères du cœur, les artères cérébrales…), mais également de plus petits vaisseaux (les yeux, les reins…). Ces ­complications entraînent de la morbidité (insuffisance rénale, troubles de la vue…) mais également de la mortalité. Plus de 80 % des diabétiques de type II vont mourir d’une maladie cardiovasculaire. Si on ne traite pas son diabète, le I comme le II, l’espérance de vie est clairement diminuée.” La bonne nouvelle est bien évidemment qu’un traitement approprié rééquilibre les chances de parvenir à une longévité normale. “Là où c’est vraiment plus facile à démontrer, c’est dans les diabètes de type I. Parce que généralement, dans ces cas, il n’y a pas de “packages” et donc, on peut isoler l’effet du traitement sur le seul diabète. Des études montrent donc que traiter son diabète, c’est tendre à une espérance de vie normale. De nombreux patients de type I atteignent les 80 ans, ce qui était rarissime il y a 30 ou 40 ans. Pour le diabète de type II, c’est plus complexe. Parce qu’il faut réguler comportement et alimentation, et soigner le “package”. Mais lorsqu’on parvient à tout gérer, on peut se rapprocher d’une longévité normale.” En termes de longévité la tendance est claire. Avant 1921, les diabétiques mouraient très rapidement. Depuis, l’espérance de vie des malades ne cesse de croître. Cependant, on est encore assez loin statistiquement de la normalité. Une étude internationale de synthèse publiée en 2019 par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) sur la mortalité des patients atteints de diabète I – les mieux lotis – faisait état d’une perte d’une dizaine d’années de vie.

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Une maladie plus coûteuse que le tabac?

Le nombre de diabétiques qui augmente. L’âge de la survenance du diabète qui avance (les moins de 18 ans représenteraient 1,5 % des diabétiques). L’espérance de vie qui tend à s’allonger mais qui reste impactée. Le diabète est une problématique de santé publique lourde. “C’est une des maladies chroniques les plus fréquentes. Et bien plus répandue que ce que l’on prévoyait. En 1995, on considérait qu’en 2025, il y aurait 300 millions de diabétiques dans le monde. Nous sommes en 2022 et on est déjà au-dessus des 500 millions. À une échelle planétaire, c’est un problème majeur. Pour les patients bien entendu, mais également pour la société. Parce que cela coûte très cher. Chaque fois qu’il faut faire des interventions de chirurgie cardiaque, de chirurgie rénale… Il y a le coût des dialyses, des médicaments (particulièrement les nouveaux traitements), des consultations médicales, des congés maladie. Tout cela a un coût financier et ­sociétal considérable.” Certains estiment que la ­problématique est plus coûteuse que celle du tabac. Entre autres parce que même si le tabac a des conséquences – cancers, maladies cardiovasculaires… – financièrement lourdes, il n’implique pas de traitement. Or, ce volet est particulièrement onéreux s’agissant du diabète.

Quand s’inquiéter? Le Dr Laurent ­Crenier, président de l’Association belge du diabète et chef de la clinique de diabétologie à l’hôpital Érasme, répond: “C’est une maladie souvent silencieuse. L’enjeu est de la diagnostiquer assez vite pour éviter les complications. Mais lorsque le glucose est élevé dans le sang, vous devez fréquemment vous rendre aux toilettes, beaucoup boire et éventuellement vous pouvez perdre du poids. Ce sont les signes du diabète. Dans ce cas: consultez. Le problème, c’est que vous pouvez être diabétique sans symptômes. L’Association belge du diabète propose sur son site un questionnaire, le “Find Risk”, qui vous signale si vous êtes à risque. Si c’est le cas, consultez votre médecin”. D’une manière générale, il est conseillé à partir de 50 ans d’effectuer un test sanguin chaque année.

Injections ou médicaments

Un fois la maladie diagnostiquée, que se passe-t-il? Les témoignages de diabétiques pendant très longtemps faisaient état d’innombrables piqûres quotidiennes qui impactaient grandement la vie du malade. “Classiquement, pour le type I, ce sont effectivement des piqûres d’insuline parce que le pancréas n’en produit pas et pour le type II, des médicaments pour resensibiliser les cellules du corps à l’insuline produite par le pancréas ou augmenter la production de celle-ci.” Rappelons que le glucose, carburant des cellules de notre corps, provient de deux sources: les sucres simples et complexes de l’alimentation et le glucose libéré par le foie (qui est, entre autres, un organe de stockage de glucose). L’insuline est – aussi – le messager qui va signifier au foie si oui ou non il doit fabriquer du glucose. Lorsqu’on mange du sucre, la quantité d’insuline produite par le pancréas va monter et ce faisant va signifier au foie qu’il ne doit pas synthétiser du glucose. À jeun: peu d’insuline, donc un message au foie qu’il doit libérer du glucose. L’absence d’insuline (type I) ou son manque d’efficacité (type II) débouche sur une hypoglycémie (à jeun) ou une hyperglycémie (repas), les deux étant dommageables.

Jusqu’il y a encore vingt ans, tant pour les injections que pour les médicaments, le maintien d’un taux adapté de glycémie était fragile. Certains médicaments pour soigner le type II déclenchaient des hypoglycémies et des prises de poids et la gestion des injections d’insuline pour le type I était lourde. Il s’agissait de se piquer le doigt cinq fois par jour et s’injecter cinq fois par jour de l’insuline: une fois pour la nuit, une fois pour le jour et avant chaque repas. Maintenant, il existe de nouveaux médicaments sans effets secondaires et des capteurs hypodermiques couplés à des pompes à insuline qui régulent avec une grande précision ce taux.” Cette amélioration des conditions de traitement trouve un écho dans les témoignages de malades disponibles dans les nombreux podcasts consacrés à la maladie (Insuline, disponible sur Spotify, est particulièrement intéressant). Une autre réalité qui transparaît dans ces témoignages est que nous sommes particulièrement bien lotis, en Belgique, en matière de remboursements. Équipements, consultations et médicaments sont chez nous totalement pris en charge ce qui est loin d’être le cas partout… “Les combats actuels?, ­conclut le Dr Crenier. Dépister le plus tôt possible, faire du sport et éviter le surpoids et lutter contre les discriminations. Trop de diabétiques sont confrontés à une discrimination à l’emploi ou à des primes d’assurance impayables…

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