Épidémie de bronchiolite: la France en alerte, qu’en est-il en Belgique?

La France lutte contre une forte épidémie de bronchiolite. En Belgique, la situation est assez différente, malgré une certaine vigilance.

Bébé hospitalisé pour une bronchiolite
Nourrisson pris en charge pour une bronchiolite, à Toulouse le 31 décembre 2015 ©BelgaImage

En France, l’épidémie de bronchiolite est d’une intensité spectaculaire cette année. Elle atteint en ce début novembre "des niveaux supérieurs à ceux observés aux pics épidémiques depuis plus de 10 ans", selon Santé Publique France (SPF). Ce mercredi 9 novembre, le ministre français de la Santé, François Braun, a même activé le plan ORSAN (Organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) "pour renforcer encore les moyens des ARS (Agences régionale de santé) et permettre que l’ensemble de l’hôpital puisse se concentrer sur ce problème particulièrement aigu aujourd’hui". D’autres pays de l’hémisphère nord, comme les États-Unis, sont concernés par le même type de problème et outre-Quiévrain, le nombre de cas est particulièrement élevé dans le nord de l’Hexagone. Des régions proches de la Belgique et pourtant, la situation y est très différente.

Encore en-dessous du seuil épidémique mais des chiffres en hausse

Selon l’Institut scientifique de santé publique Sciensano, il n’y a pour l’heure pas de préoccupation particulière concernant le plat pays. "Pour l’instant on n’a pas d’épidémie de Bronchiolite (VRS) en Belgique", nous assure-t-elle, en ajoutant que "le nombre de cas est au niveau de base". Les derniers chiffres épidémiologiques montrent en effet qu’il faudrait près de deux fois plus de cas pour dépasser le seuil épidémique. Même si c’était le cas, ce ne serait pas une situation inédite, loin de là. Sur les quatre dernières années, cette situation s’est produite à chaque fois, bien qu’en 2021-2022, ce seuil n’a été que très légèrement franchi.

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Sciensano reste pour autant sur ses gardes. "Nous constatons une légère augmentation dans la catégorie de 0-4 ans", note-il. Comparé à 2021-2022, cette classe d’âge est d’ailleurs plus touchée qu’il y a un an à la même période de l’année. "La courbe à l’air de suivre celles relevées lors des années pré-COVID, avec un peu de retard. Donc il n’est pas exclu que l’augmentation continue, mais il est difficile de prévoir à l’avance comment ça va évoluer exactement", ajoute l’institut.

Un manque de stimulation immunitaire?

Une vague de bronchiolite n’est donc pas exclue, surtout qu’une telle épidémie "commence souvent chez les bébés", précise à la DH le virologue Steven Van Gucht, de l’université de Gand. "C’est chaque année le cas au mois de novembre mais on peut s’attendre à ce que ce soit plus fort cette saison", prévient-il. Selon lui, il existe un risque d’une épidémie plus forte que les autres années, ce qui pourrait être lié au système immunitaire des bébés "moins sollicité" que d’habitude. "Mais ce n’est qu’une hypothèse, il y a également beaucoup d’autres facteurs qui entrent en jeu dans ce domaine précis. Il peut aussi y avoir une compensation via d’autres virus même si on ne l’a pas encore observé".

En France, l’immunologue Jacques Le Pendu suppose lui aussi que la baisse de la stimulation immunitaire joue un rôle. Elle serait au moins en partie responsable du risque épidémiologique particulièrement élevé, que ce soit pour la bronchiolite ou d’autres maladies respiratoires communes comme la grippe. Pascal Crepey, épidémiologiste à l’École des hautes études de santé publique, ajoute que diminution des gestes barrières pourrait également être un facteur, vu la "fatigue pandémique, liée à près de trois ans de Covid-19", confie-t-il à Ouest-France.

Les nourrissons particulièrement exposés

Les virus responsables de la bronchiolite, dont le plus courant est le VRS (virus respiratoire syncytial), se transmettent par les "muqueuses du nez, des yeux et de la bouche par voie aérienne lorsqu’on tousse, éternue ou se mouche, par contact direct avec une personne infectée ou par contact indirect avec des objets ou des surfaces infectés", précise Sciensano. Le lavage des mains est hautement recommandé. D’autres mesures peuvent aider à limiter les risques de contamination, comme l’aération des pièces en intérieur pendant au moins dix minutes par jour, et la limitation du chauffage à 19°C afin d’éviter l’assèchement des voies respiratoires.

La bronchiolite, comme son nom l’indique, touche essentiellement les petites bronches du poumon chez les bébés et est assez courante. "Presque tous les enfants ont été infectés une fois avant l’âge de 2 ans", note l’Institut scientifique de santé publique. Dans l’hémisphère nord, elle sévit surtout "entre début octobre et fin mars avec des pics en hiver à la mi-décembre". La plupart du temps, cette maladie est bénigne. Toutefois, "chez les nourrissons de moins de 2 ans, les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes pulmonaires, cardiovasculaires ou avec une immunité diminuée, l’infection VRS peut s’aggraver et évoluer vers une pneumonie. Chez les enfants, une otite moyenne aiguë ou une bronchiolite peuvent aussi survenir".

Le principal risque cette année, c’est la surcharge des hôpitaux si l’épidémie devait être aussi forte qu’en France. Dans l’Hexagone, les services de pédiatrie sont particulièrement sollicités ces jours-ci, d’où le déclenchement hier du plan ORSAN. "La Belgique surveille de près cette évolution", assure Steven Van Gucht. "Il n’y a pas encore de vaccin contre le VRS donc il faut se montrer vigilant lorsqu’on présente des symptômes", demande-t-il.

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