Comment cette découverte sur le clitoris pourrait vous changer la vie

Mal connu des médecins, le clitoris a fait l'objet d'une nouvelle étude qui pourrait aboutir à une amélioration concrète des actes médicaux sur cet organe.

Clitoris géant
Un clitoris représenté en 3D lors d’une manifestation à Paris pour le droit à l’avortement, le 28 septembre 2022 ©BelgaImage

Le clitoris est-il un organe particulièrement doté de terminaisons nerveuses? C’est la question à laquelle ont voulu répondre une équipe de chirurgiens lors du congrès de l’International Society for Sexual Medicine (ISSM), organisé du 27 au 30 octobre dernier à Miami. Ils ont pour cela scruté le nombre de fibres nerveuses dans ce petit organe dédié au plaisir sexuel féminin. L’étude, qui doit encore être examinée par des pairs, représente la première du genre et il s’avère que le clitoris est bien plus innervé qu’imaginé jusqu’ici. Une découverte qui a pour objectif d’avoir des conséquences très concrètes sur le pratique de la médecine.

10.280 fibres nerveuses

Jusqu’ici, le montant total de fibres nerveuses dans cet organe était un mystère. Un seul chiffre circulait, celui de 8.000. Repris massivement dans les médias internationaux, il est toutefois contesté. Il s’agit du résultat d’une étude menée le siècle dernier sur des clitoris… de mouton et de vache. Reprendre ces conclusions pour évoquer le cas des humains était donc contestable. C’est ce qui a encouragé les chirurgiens américains à s’intéresser à la question.

L’étude se compose de deux parties. Le premier objectif était de "quantifier le nombre de fibres nerveuses dans le nerf dorsal humain du clitoris (DNC)", la principale source d’innervation de l’organe. Dans un deuxième temps, les chercheurs ont tenté d’estimer le plus précisément possible "le nombre approximatif de fibres nerveuses qui innervent le clitoris humain". Sept échantillons de DNC ont été analysés et il s’est avéré que cette partie de l’organe était composée d’une moyenne de 5.140 fibres. Vu la symétrie du DNC, cela amène à un total d’environ 10.280 pour le clitoris.

Comparé à d’autres partie du corps humain, il s’agit d’un chiffre particulièrement élevé. "Le nerf médian, par exemple, qui traverse votre poignet et votre main, compte 18.000 terminaisons nerveuses. Alors qu’une main est bien plus grosse qu’un clitoris" qui ne fait qu’environ 10-13 cm, fait savoir dans un communiqué Blair Peters, principal intervenant dans la présente étude et professeur adjoint de chirurgie à la faculté de médecine de l’Oregon Health & Science University. Ce dernier précise par ailleurs que le nombre réel de fibres nerveuses pourrait être encore plus élevé que 10.280, les techniques actuelles ne pouvant prendre en compte que les fibres nerveuses myélinisées, pas les autres. Cela placerait le clitoris loin devant le pénis masculin, qui pourrait n’atteindre que le chiffre de 4.000, souvent repris dans les médias en ligne, bien que là aussi cela doive faire l’objet de recherches complémentaires.

Faire avancer la médecine

Le but n’est toutefois pas de savoir qui du clitoris ou du pénis est le plus "sensible". "Signaler le nombre d’axones dans le DNC est une étape importante dans notre compréhension de l’innervation clitoridienne et de la réponse sexuelle avec des implications pour de nombreux domaines de la pratique médicale", précisent les auteurs de l’étude. "La reconstruction suite à des lésions iatrogènes du nerf clitoridien dorsal et la restauration suite à des cas de mutilations génitales bénéficieront d’une meilleure compréhension du DNC", estiment-ils. Une avancée qui serait importante vu qu’au moins 200 millions de filles et de femmes vivant dans 30 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie ont subi une forme de mutilation génitale, selon l’Unicef. En Belgique, au 31 décembre 2016, 70.576 filles et femmes originaires d’un pays où se pratique les mutilations génitales féminines résidaient en Belgique, dont 25.917 concernées par ce genre de pratiques, fait savoir une étude citée par l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

À lire: Un clitoris géant installé à Bruxelles pour dénoncer les mutilations génitales

Les résultats dévoilés fin octobre à Miami constituent "également un facteur important contribuant à l’optimisation de la sélection des nerfs et des résultats sensoriels dans la chirurgie génitale d’affirmation de genre", notent encore les chercheurs. Des perspectives qui réjouissent Blair Peters, qui travaille notamment à la phalloplastie, c’est-à-dire à la création de pénis pour les patients transgenres. Les participants à son étude étaient d’ailleurs des patients transmasculins.

Lutter contre la méconnaissance du clitoris

Plus globalement, cette découverte pourrait aussi inciter la communauté médicale à considérer plus attentivement le rôle du clitoris. En 2021, une chercheuse, Marie Chevalley, a présenté une thèse sur les connaissances des médecins français sur cet organe féminin. Il s’est avéré que 84% des 1.168 personnes interrogées (d’une moyenne d’âge de 30 ans) n’ont jamais eu de formation sur le sujet. Un chiffre qui reste élevé si on isole les gynécologues, puisqu’il reste de 70%. Enfin, 12,6% des interrogés ont avoué ne pas savoir représenter schématiquement un clitoris. "Comme il n’a pas de rôle identifié dans la reproduction, le clitoris a été mis de côté. Les détails anatomiques du pénis étant mieux connus car plus détaillés dans les livres", explique Marie Chevalley.

Le manque d’intérêt de la science pour le clitoris date d’il y a longtemps. Cet organe n’est décrit pour la toute première fois qu’en 1559 par un anatomiste vénitien, Realdo Colombo. À cette époque-là, il fait l’objet d’études qui pointent sans ambiguïté sa fonction érogène. Mais au fil des siècles, le sexe féminin redevient un tabou, au point qu’entre les années 1930 et 1960, il n’apparaisse même plus dans les dictionnaires français. Ce n’est que par la suite qu’il est "redécouvert". Encore aujourd’hui, le manque d’éducation sexuelle fait du clitoris un grand oublié du grand public. En 2016, selon une étude, un quart des filles de 15 ans ne savaient pas qu’elles en avaient un et 68% des garçons de milieu de secondaires ignoraient sa fonction.

À lire: Cette vidéo TikTok montrant des Américains ignorant tout des règles des femmes devient virale pendant les midterms

Sur le même sujet
Plus d'actualité