Radon : pourquoi vous devriez tester le taux de ce gaz radioactif chez vous

Une action entreprise en cette fin d'année permet de rendre plus accessible les tests pour identifier chez soi le taux d'un gaz cancérigène, le radon.

Radon : pourquoi vous devriez tester le taux de ce gaz radioactif chez vous
Un kit de mesure du radon, à Montbéliard (Doubs, France) le 07 juillet 2018 ©BelgaImage

Ce lundi 7 novembre 2022, c’était la journée européenne du radon, ce gaz naturel radioactif qui s’infiltre dans les bâtiments, d’où un danger potentiel pour la santé. Une date qui correspond exactement à la période propice pour tester sa teneur dans votre habitation. C’est en tout cas ce qu’affirme la région wallonne, dont certaines zones sont particulièrement concernées par ce problème. Selon les autorités, le meilleur moment pour le faire, c’est pendant la saison froide, entre octobre et mai précisent-elles. Logiquement, c’est maintenant qu’une action a été lancée au niveau national pour inciter les citoyens à prendre cette initiative, en leur donnant des incitants supplémentaires.

Des tests à moitié prix

Depuis le 1er octobre, l’Agende fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) organise une campagne dénommée "Action radon", en coopération avec d’autres organisations (le CRIPI bruxellois, l’asbl Anapneo, les provinces wallonnes, etc.). Le but est de proposer des tests à prix réduit dans toute la Belgique. En temps normal, celui-ci peut être de 30€. Jusqu’à la fin de l’action (c’est-à-dire le 31 décembre ou lors de l’épuisement du stock), le test ne coûte plus que 15€ (ou 20€ en province de Liège et de Namur, car ces dernières ne prennent plus en charge l’organisation de cet événement annuel). Sont compris dans ce montant le coût du détecteur et l’aide éventuelle à la remédiation. Bon à savoir: "Action radon" prévoit également des tests pour les lieux de travail.

Les autorités insistent: il s’agit du "seul moyen de savoir si l’on est exposé au radon". Pour commander son test, deux options: soit vous contactez un des services de mesure (dont la liste est disponible via ce lien), soit vous remplissez le formulaire en ligne de l’Action radon. Une fois reçu, "ce détecteur doit être placé dans la pièce la plus fréquentée de la maison (le plus souvent la cuisine ou le salon)". "La mesure s’effectue pendant trois mois, au terme desquels le détecteur doit être renvoyé pour analyse. Un feuillet reprenant les instructions précises d’utilisation vous est envoyé avec le détecteur", ajoute l’AFCN. Enfin, "un petit questionnaire comprenant des questions relatives par exemple aux dates d’exposition, au lieu d’installation,… Pour obtenir un résultat de mesure correct, il est très important de faire parvenir le questionnaire rempli en même temps que le détecteur, après 3 mois d’exposition (et au plus tard fin avril)".

Les Ardennes très exposées

Selon votre lieu de résidence, vos risques de voir un taux important de radon après le test est toutefois très variable. Pour l’illustrer, l’AFCN partage une carte représentant cette exposition par commune, selon une échelle divisée en cinq classes. Il apparaît que la Flandre et Bruxelles sont largement préservées, ces régions étant globalement dans la classe la plus faible. Seules quelques rares localités sont dans la deuxième catégorie (à savoir Uccle en région bruxelloise, mais aussi deux communes du Limbourg et plusieurs autres dans la banlieue sud de Bruxelles en Brabant flamand). "Le sous-sol du nord du pays est composé de couches d’argile et de sable. Il est donc plus meuble et retient davantage le radon dans le sol", explique l’AFCN.

En Wallonie, c’est une autre histoire. La zone la plus concernée par le radon, c’est la forêt ardennaise, où "les roches contiennent généralement plus d’uranium", selon l’Agence fédérale. "Les roches ardennaises sont aussi plus fracturées, ce qui facilite la migration du radon vers l’atmosphère". Une grande partie des communes de la province de Luxembourg et de l’est de la province de Liège sont ainsi dans la catégorie la plus risquée. Ailleurs, plusieurs autres communes sont dans la même classe: Court-Saint-Étienne (dans le Brabant wallon), Momignies (dans le Hainaut), Nandrin, Braives et Burdinne (dans l’ouest de la province de Liège), ainsi que Couvin, la région de Dinant, Gedinne, Bièvre et Vresse (en province de Namur).

Radon en Belgique

Exposition au radon en Belgique par commune ©AFCN

À noter qu’ailleurs en région wallonne, beaucoup d’autres localités sont quand même à risque, mais à un taux plus faible. "Dans les régions du Condroz et de la Fagne-Famenne, le risque est plus dispersé en fonction de phénomènes locaux comme la présence de formations karstiques (provenant de la dissolution du calcaire par l’eau acide, à l’origine de la formation des grottes)". Pour savoir ce qu’il en est dans une entité particulière, voire dans un quartier spécifique, les autorités ont mis en ligne une carte très précise estimant l’exposition au radon à une échelle plus fine. Attention toutefois: "Les taux de radon peuvent varier très fort d’une maison à une autre. La seule façon de savoir quel est le taux de radon chez vous est de faire le test".

Le radon, un ennemi vicieux et invisible

L’enjeu de ces tests est de taille. Le radon causerait par irradiation environ 700 cancers du poumon par an en Belgique, soit 10% du total des cas. C’est la deuxième cause de cette maladie après le tabac.

L’AFCN recommande de faire un test durant les mois froids car elle tient compte d’un paramètre bien connu: "étant donné son état gazeux, la concentration de radon dans une construction varie très fort pendant l’année et même tout au long de la journée, en fonction des fluctuations atmosphériques et saisonnières (température, pression, vitesse du vent, etc.)", fait-elle savoir. Le radon pénètre dans les habitations via la moindre faille: des fissures dans les murs et la dalle, un vide ventilé, la cave, les équipements sanitaires, l’air extérieur, etc. "Outre le sous-sol, les propriétés de la construction du bâtiment influencent également la concentration intérieure en radon. De ce fait, un bâtiment très bien ventilé et muni d’une dalle imperméable présentera une concentration intérieure en radon plus faible qu’un bâtiment isolé sans ventilation et sans chape, indépendamment de la concentration en radon dans le sous-sol", conclut l’AFCN.

Que faire en présence d’un haut taux de radon?

Pour interpréter le résultat de votre test, l’AFCN donne plusieurs indications. En Belgique, la concentration moyenne en radon dans les habitations est de 46 Bq/m³, mais notre pays se réfère surtout à une directive européenne qui fixe à 300 Bq/m³ "le niveau à partir duquel il est indiqué d’agir dans les constructions existantes". "Le niveau à atteindre après une remédiation ou dans une construction neuve est fixé à 100 Bq/m³. Plus la concentration mesurée chez vous dépasse cette valeur, plus il y a lieu d’y remédier. Cela ne signifie toutefois pas que le risque soit inexistant en dessous de ce niveau. Mais il est d’autant plus faible que la concentration est basse".

Si le test montre un taux trop important de radon, l’AFCN présente plusieurs solutions qui "font appel à deux principes : limiter l’entrée du radon et/ou évacuer l’air chargé de radon". "La principale mesure à prendre est de prévoir une barrière étanche contre le radon. Ce ‘pare-radon’ est une membrane étanche, c’est-à-dire une bâche en plastique spécial, placée à l’interface entre le sol et le bâtiment. Il est également possible de poser une membrane étanche au radon sur les parois verticales. Un vide sanitaire, une couche perméable ventilée (enrochement ou gravier) ou un système de drainage (tuyaux perforés) en dessous de la dalle permettent l’évacuation du radon avant qu’il n’atteigne la barrière anti-radon. Si la concentration est toujours trop élevée (à évaluer après la construction), un extracteur d’air peut être connecté au système pour mettre le sous-sol en dépression. Enfin, il peut s’avérer utile d’équiper le bâtiment d’une ventilation adaptée, de préférence avec échangeur de chaleur".

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