Accouchement à domicile, attention aux dangers

De plus en plus de femmes font le choix d’accoucher à domicile. Entre retour vers plus de naturel, une situation après pandémie et un désir de contrôle, les raisons pour un tel choix se multiplient. Mais la pratique n’est pas sans risques.

accouchement naturel
© Belga Image

La tendance semble de plus en plus s’affirmer en Belgique. De plus en plus de femmes décident d’accoucher à la maison, sans ou avec peu d’assistance médicale. Si cela reste relativement marginal, les accouchements représentent environ 1% des naissances, le phénomène semble s’amplifier. Selon les chiffres de Statbel, il y a eu 852 accouchements à domicile en 2020, contre 728 en 2019.

D’ailleurs, sur le net ou les réseaux sociaux, la pratique se diffuse de plus en plus. Derrière cette vague, c’est un vrai désire de reprendre le contrôle. Sur son corps, sur la procédure. Et c’est aussi un moyen de se protéger des possibles violences obstétriques.

C’est ce qu’explique Charlotte De Gélas, responsables des maternités au CHU Saint-Pierre, à nos confrères de la RTBF " On a été beaucoup trop loin dans la surmédicalisation des accouchements. On a de moins en moins écouté la voix des patientes, de moins en moins respecté leur choix. On a parfois été très vite pour instrumenter les accouchements, pour faire des péridurales, des épisiotomies et des césariennes. Aujourd’hui, on revient en arrière ".

 Cependant, si elle comprend ce besoin qu’ont certaines femmes de recourir à un accouchement plus naturel, elle tire néanmoins sur la sonnette d’alarme.  " Un accouchement n’est considéré à bas risque que quand il est terminé ! Le risque est plus élevé à domicile car en cas de complication, la prise en charge est retardée. Par exemple, en cas d’hémorragie, si l’utérus ne se contracte pas, c’est une urgence où il faut réagir vite. La prise en charge sera plus rapide et plus optimale à l’hôpital " détaille-t-elle.

De plus, le risque est encore plus élevé lorsque que l’accouchement se fait seule, sans aucune aide ou suivi : " Les sages-femmes sont compétentes pour réagir en cas de problème. Mais dans le cas des mères qui choisissent d’accoucher seules, là, ça devient extrêmement dangereux ", rappelle l’obstétricienne.

Avec ou sans doula ?

Il faut cependant nuancer, dans l’ensemble, l’accouchement à domicile se déroule généralement sans heurt, où le risque zéro n’existe pas. Mais bien souvent, les couples choisissant d’accoucher à domicile en s’épaulant d’une équipe de sage-femme ou de doulas.

Ces dernières, de plus en plus populaires, se présentent comme des accompagnatrices de naissances. Offrant un soutien tant psychologique que physique, et proposant une approche plus douce et pas ou peu médicalisée, la figure de la doula a le vent en poupe. Le seul problème, c’est qu’elle n’a aucune formation médicale. Plus généralement, à l’inverse des sages-femmes, il n’existe pas vraiment de formation reconnue ou uniformisée à ce statut.
Concrètement, est doula qui se veut, en quelques sorte.

Et pour Charlotte De Gélas, cela n’est pas dénué de risque. " Que les doulas prennent la place des soignants, c’est une dérive dangereuseC’est génial que les femmes puissent être accompagnées par d’autres femmes. Mais elles doivent rester à leur place d’accompagnantes ".

Et force est de constater, à force de scroller sur Facebook ou Instagram que ce n’est pas toujours le cas. " Aujourd’hui, une youtubeuse est plus écoutée qu’un professeur d’obstétrique " dénoncait Yves Ville, Chef du Service d’Obstétrique et de Médecine Foetale – Hôpital Universitaire Necker dans les colonnes de BFMTV.

" Aujourd’hui j’ai l’impression qu’on croit parfois plus les copines qui ont accouché dans le foin et pour qui ça s’est bien passé que le médecin qui vous dit de faire attention parce que vous avez 43 ans, vous avez fait une FIV et un diabète pendant votre grossesse, ce n’est peut-être pas très prudent d’aller jusqu’à 41 semaines ", explique-t-il. La messe est donc dite…

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