Troubles prémenstruels: un mal méconnu mais très répandu

Une étude montre que les troubles prémenstruels touchent une majorité de femmes, bien que le tabou limite la connaissance du phénomène.

Règles féminines sur une protection hygiénique
Représentation des menstruations ©BelgaImage

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale des filles et s’il y a bien un sujet qui concerne toute la gente féminine, ce sont les règles. Ce qui est moins connu, c’est que celles-ci sont souvent précédées par des troubles prémenstruels. La médecine les désigne sous le nom de SPM (syndrome prémenstruel, pour les symptômes d’ordre physique et/ou mental légers ou modérés) ou TDPM (troubles dysphoriques prémenstruels, pour des symptômes psychologiques plus invalidants). Dans tous les cas, ils sont répandus. C’est ce que prouve une étude d’une ampleur inédite, publiée en août dernier et rappelée aujourd’hui par le journal Le Monde. Une problématique qui fait pourtant l’objet d’un tabou qui l’invisibilise dans l’espace public.

Près de 80% des femmes concernées

L’étude en question a été réalisée de 2017 à 2020 en interrogeant 238.114 femmes de 18 à 55 ans à travers la planète via l’application de suivi de cycles menstruels Flo Health. Publié dans la revue Women’s Mental Health, on y découvre que 29% des personnes interrogées subissent des SPM à chaque fois qu’elles ont des règles. Il faut ajouter à cela 35% de femmes qui ont "parfois" le même souci. Cela fait donc déjà un total de 64% mais les chiffres peuvent encore monter en prenant en compte la totalité des femmes touchées. Une étude de 2019 affirmait qu’environ 80% des femmes sont susceptibles d’être concernées.

Les taux varient aussi en fonction des pays. Les ressortissantes de certains États se disent particulièrement touchées, notamment en Iran (98%) mais aussi au Royaume-Uni, en Suède, en Égypte, en Indonésie ou encore au Brésil. La France est le pays avec le taux le plus faible (12%) et l’Europe semble globalement plus épargnée que d’autres continents. Au niveau mondial, 28% des femmes disent être affectées dans leurs vies quotidiennes par les troubles prémenstruels.

Des symptômes qui varient selon l’âge et la provenance

Les symptômes ici abordés sont assez divers. Les plus courantes sont les fringales (85% des sondées), les sautes d’humeur et l’anxiété (64% pour les deux comptabilisés ensemble) ainsi que la fatigue (57%). Suivent par ordre décroissant une augmentation de l’appétit, des tensions mammaires, une prise de poids, des ballonnements, une diarrhée ou une constipation, des crampes abdominales, des maux de tête et les problèmes de sommeil. Dans des cas plus rares, on compte aussi des modifications capillaires ou encore des éruptions cutanées.

Des études avaient précédemment déjà montré que les troubles prémenstruels apparaissaient dès l’adolescence, de manière plus récurrente dans la vingtaine et culminaient vers 35 ans. Ici, le sondage montre que les 48-55 ans sont particulièrement exposées aux symptômes liés à la périménopause comme la baisse de la libido, les bouffées de chaleur, etc. Par contre, il apparaît que l’âge n’a que peu d’influence sur les troubles psychologiques comme l’anxiété. Les troubles de l’humeur varient par contre beaucoup plus selon la provenance. Ils sont bien plus courants au Moyen-Orient et au Brésil, plus rares en Afrique. Pourquoi de telles différences? La seule hypothèse ici exposée, c’est que le questionnaire a pu être perçu différemment selon que l’on vienne de telle ou telle région du monde.

Un sous-diagnostic lié à une méconnaissance de la pathologie?

Un autre facteur qui pourrait expliquer les différences entre pays, c’est tout simplement la connaissance du sujet. C’est ce que tend à montrer le Nouvel Observateur qui a comparé le taux de recherche sur Google des mots-clés "syndrome prémenstruel". En 2014, les recherches pour "aspirateur" étaient 72 fois plus fréquentes que pour "syndrome prémenstruel". En Californie, le ratio n’était que de 2,4. Or il existe dans cet État américain un nombre notable de cliniques spécialisées.

Il y aurait donc de gros efforts à faire pour faire connaître les troubles prémenstruels dans nos pays, que ce soit au niveau de la communauté médicale ou de la population. Une étape nécessaire pour mieux identifier les symptômes et pour ne pas les confondre avec d’autres problèmes de santé (dépression, bipolarité, stress, etc.).

Selon la Revue médicale suisse, les troubles prémenstruels seraient dus à des fluctuations hormonales, notamment des œstrogènes (qui participent à la synthèse d’un neurotransmetteur, la sérotonine) mais pas seulement. Il s’agirait aussi du résultat d’un dérèglement passager des récepteurs GABA, chargés de produire une action anxiolytique et sédative. Qu’est-ce qui cause cette perturbation? Selon une étude publiée en 2020, le coupable serait une baisse en allopregnanolone (un neurostéroïde), que ce soit à cause du cycle menstruel (puisqu’il est produit via une hormone dénommée progestérone) ou du fait d’un stress trop fort et/ou récurrent.

Plus d'actualité