Covid-19: à quel point la 4e dose pourra-t-elle limiter la vague automnale?

Le nouveau vaccin anti-Covid a ses forces et faiblesses mais son intérêt est clair vu les projections épidémiologiques selon son taux d'administration.

Vaccin anti-Covid de Pfizer-BioNTech
Une fiole du vaccin anti-Covid de Pfizer-BioNTech, le 24 août 2021 à Los Angeles ©BelgaImage

Le consensus est total: cet automne une nouvelle vague de Covid-19 devrait frapper la Belgique. Logique puisque cela avait déjà été le cas en 2020 et 2021 avec des rebonds très importants, le contexte épidémiologique étant favorable à la propagation du coronavirus. C’est dans ce contexte que commence ce lundi 12 septembre la nouvelle campagne de vaccination en Belgique. Un rappel pour la 4e dose qui peut se prévaloir d’utiliser une version inédite du vaccin, approuvée par l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Commission européenne au début du mois. Pour mieux appréhender l’impact de ce nouveau venu, des projections ont été réalisées selon le taux d’injection.

Un vaccin adapté à Omicron (avec bémol)

Tout d’abord, ce sérum 2.0 est plus précisément un vaccin "bivalent", avec une version commercialisée par Pfizer/BioNTech et une autre par Moderna. "C’est un peu comme les vaccins contre la grippe, qui sont, ce qu’on appelle ‘multivalents’, à savoir qu’il y a plusieurs souches qui vont entraîner une réponse immunitaire différente selon chacune des souches", explique à la RTBF Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie à l’UNamur. "Ici, comme il s’agit de vaccins à ARN messager, on a deux ARN différents, qui vont coder pour des protéines qu’on va retrouver dans deux variants différents du virus: le virus initial et le virus Omicron".

Pour rappel, plusieurs versions du coronavirus ont circulé depuis le début de la pandémie. Il y a notamment eu Alpha, qui a remplacé les premières souches dès 2020, puis le très dangereux Delta, et enfin Omicron à partir de la fin 2021. Ce dernier se prévalait d’une plus haute contagiosité mais aussi d’un taux de létalité plus faible que Delta. C’est lui qui circule encore aujourd’hui. En visant autant ce variant Omicron que la version initiale du coronavirus, le nouveau vaccin peut se prévaloir d’être le plus efficace pour lutter contre l’épidémie actuelle.

Un constat tempère toutefois cette nouveauté. Depuis qu’il est apparu, Omicron s’est divisé en sous-variants. Il y a eu BA.1, BA.2, BA.3, etc. Le nouveau vaccin est adapté à BA.1. Or, selon le dernier rapport de l’Institut de santé Sciensano, celui-ci a quasiment disparu en Belgique. C’est aujourd’hui le BA.5 qui circule, avec un taux de représentativité de 93,12% dans les derniers échantillons séquencés (réalisés du 22 août au 4 septembre 2022). Réputé plus infectieux, il est suivi par BA.4 (5,29%) et BA.2 (1,1%). Cela veut dire que la 4e dose sera faite avec un sérum certes mis-à-jour, puisque visant Omicron, mais qui ne pourra pas cibler spécifiquement BA.5.

Est-ce qu’il faudrait attendre pour autant une autre mise-à-jour du vaccin? Le consensus est que cet "idéal" d’un vaccin correspondant exactement au (sous-)variant circulant à un moment précis est illusoire. Il y aura toujours un décalage au vu de la capacité du coronavirus à muter. C’est d’ailleurs pour cela que le vaccin contre la grippe doit être constamment renouvelé. "Pour développer des vaccins adaptés, il faut, avec des études cliniques, au moins 6 mois. C’est clair qu’il est impossible de prédire le nouveau variant, de développer le vaccin et qu’il arrive en même temps que le variant. Raison pour laquelle l’intérêt des vaccins bivalents, c’est d’avoir le plus large spectre en termes d’anticorps qui sont produits", rappelle Jean-Michel Dogné. Celui-ci s’attend d’ailleurs à ce que durant l’automne, BA.5 soit possiblement remplacé par une autre déclinaison du coronavirus.

L’impact très positif de la 4e dose sur la nouvelle vague

Compte tenu de ces paramètres, une projection épidémiologique a été réalisée par les modélisateurs du consortium SIMID pour l’automne à venir. Elle prend en compte différents scénarios, en fonction de l’étendue de la campagne de vaccination de la 4e dose. Dans tous les cas, il y aura une nouvelle vague de Covid-19 cet automne. Les chiffres pourraient doucement monter dès la fin septembre avant de grimper en flèche durant le mois d’octobre. Le pic devrait être atteint aux alentours de la Toussaint. Les vacances aidant, les chiffres pourraient ensuite baisser continuellement jusqu’au moins l’arrivée de l’hiver.

La hauteur du pic dépendrait néanmoins du taux d’injection de la 4e dose. Sans nouvelle campagne de vaccination, la modélisation moyenne projette une vague au moins aussi haute que celle de l’hiver dernier. Les scénarios les plus pessimistes imaginent même un pic d’hospitalisations aux alentours de 700 admissions quotidiennes. Un chiffre rivalisant avec le pire moment de la pandémie, en automne 2020. Les trois autres scénarios imaginés imaginent un taux d’administration de la 4e dose concernant respectivement la moitié des 65 ans et plus, la moitié des 50 ans et plus, et la moitié des 18 ans et plus. Logiquement, plus la campagne de vaccination est large, plus la prévision s’approche de chiffres faibles. Toutefois, la moyenne est plus ou moins similaire dans les trois cas. Le pic devrait alors être limité à des niveaux similaires à ceux du printemps 2022.

Projection de la vague automnale 2022 de Covid-19

©IPM Graphics

Une 4e dose aussi pour être moins malade

Si on se fie à cette projection, il serait donc capital qu’au moins la moitié des 65 ans et plus reçoivent la 4e dose pour alléger la charge hospitalière. Par défaut, il faudrait que les classes d’âge inférieures soient mises à contribution. Dans tous les cas, plus le taux de vaccination est élevé, plus les possibilités pour le coronavirus de se répandre seraient faibles.

Au-delà de la limitation des hospitalisations, le but est aussi de limité les pathologies créées par le virus, surtout que BA.5 est plus agressif que les autres déclinaison d’Omicron. C’est aussi le cas pour les plus jeunes vaccinés, comme nous l’a expliqué en détail le virologue Steven Van Gucht. "Prendre la 4e dose devrait pour ces jeunes de 18-50 ans limiter les risques de souffrir de symptômes ‘grippaux’ dus à un potentiel Covid de 50 %. La balance bénéfices/désagréments est donc encore favorable", nous assure-t-il.

Les deux mises-à-jour du sérum de Pfizer et Moderna sont accessibles dès 12 ans. Petite précision: en l’état, elles ne peuvent pas être données pour la primo-vaccination mais seulement pour les rappels, au vu des stocks actuels. Comme nous le confie Nathan Clumeck, professeur émérite de l’ULB et chef honoraire du service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre, il faudra voir par la suite comment le vaccin pourrait encore continuer d’être actualisé par la suite: "En fonction de l’évolution du Covid, on pourrait adapter le potentiel 5e vaccin à une troisième souche, etc. Mais s’il n’y a pas de nouvelles souches, on pourrait s’en tenir à un ‘booster’ qui réactiverait l’immunité par rapport aux souches présentes".

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