Indice du développement humain : le monde est revenu 5 ans en arrière

L’Indice de développement humain a reculé deux années de suite en 2020 et 2021. C’est une première depuis sa création en 1990.

Covid ©BelgaImage
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Cet indice, qui prend en compte l’espérance de vie, l’éducation et le niveau de vie, est revenu à son niveau de 2016.  Le monde a donc fait un bond de 5 ans en arrière depuis la crise du Covid-19.

Un constat qui inquiète le programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) qui fait état de la situation dans un rapport alarmant : " Cela veut dire que nous mourons plus tôt, que nous sommes moins éduqués et que nos revenus baissent ", a indiqué le patron du Pnud, Achim Steiner, lors d’un entretien accordé à l’AFP. " Avec ces trois paramètres, vous pouvez avoir une idée de pourquoi les gens commencent à être désespérés, frustrés, inquiets pour l’avenir ".

Crises sans précédent

Les causes de ce recul sont les nombreuses crises sans précédent qui touchent actuellement la planète, en particulier celle du Covid-19 et celle du réchauffement climatique. En effet, les catastrophes naturelles se multiplient aux quatre coins du monde et les crises se superposent sans donner le temps aux populations de reprendre leur souffre : " Nous avons vécu des catastrophes avant, nous avons eu des conflits avant, mais la confluence de ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui est un recul majeur pour le développement de l’humanité ".

La particularité de cette baisse de l’Indice de développement humain est qu’elle touche plus de 90% des pays de la planète. Un recul quasi universel donc, même si les inégalités entre les pays sont toujours " flagrantes ". Le Soudan du Sud, le Tchad et le Niger figurent en bas de la liste tandis que la Suisse, la Norvège et l’Islande font partie des pays qui s’en sortent le mieux. Certaines régions du monde, comme l’Amérique latine ou l’Afrique sub-saharienne, n’ont quant à elles pas eu le temps de se relever de la pandémie du Covid-19, qu’arrive déjà une nouvelle crise… celle de la guerre en Ukraine.

" La perspective pour 2022 est sombre "

La guerre en Ukraine aura " sans aucun doute " un impact majeur sur la sécurité alimentaire et énergétique, des facteurs pas encore pris en compte dans l’indice de l’ONU qui s’arrête à 2021. Ce qui laisse présager le pire, selon Achim Steiner : " La perspective pour 2022 est sombre ", s’inquiète-t-il.

La baisse de l’indice a été tirée par la diminution de l’espérance de vie entre 2019 et 2021. La moyenne mondiale était de 71,4 ans en 2021 contre 73 ans en 2019 alors que quelques mois sont habituellement gagnés chaque année. L’auteur du rapport, Pedro Conceiçao a qualifié ce déclin de " choc sans précédent " : " Malgré la reprise importante de l’économie en 2021, l’espérance de vie continue à décliner. Aux Etats-Unis, il y a eu une baisse de deux ans de l’espérance de vie, dans d’autres pays la chute est encore plus grande ".

Période incertaine

Le rapport de l’ONU fait également état de l’"incertitude " qui découle de la superposition des différentes crises actuelles : " Les gens ont perdu confiance. Nos voisins deviennent parfois la principale menace, que ce soit au niveau local ou entre les nations. Et cela nous paralyse ". Une période propice aux " frustrations " qui pourrait mener certains sur la voie des extrêmes et de la violence : " Nous ne pouvons plus continuer avec les règles du jeu du siècle dernier, focalisé sur la croissance économique. La transformation dont nous avons besoin requiert de nouveaux indicateurs : bas carbone, moins d’inégalités, plus de durabilité… ", a estimé Achim Steine.

Le rapport de l’ONU amène des solutions et suggère notamment de se concentrer sur les investissements dans les énergies renouvelables et la préparation aux futures pandémies, la mise en place d’assurances (y compris la protection sociale) pour absorber les chocs, et l’investissement dans l’innovation pour renforcer les capacités à faire face aux prochaines crises.

Le Pnud appelle à ne pas baisser les aides destinées au développement des pays les plus vulnérables. Il s’agirait d’une " grave erreur " qui réduirait " nos capacités à travailler ensemble ", toujours selon Achim Steiner : " Changement climatique, pauvreté, cybercriminalité, pandémies nécessitent que nous travaillions ensemble, en tant que communauté internationale ", a-t-il conclu.

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