Comment le taux de suicide a évolué ces dernières années

De nouvelles données donnent des informations sur l'évolution récente du taux de suicide, avec une première idée sur l'impact de la crise du Covid.

Femme désespérée
Illustration d’une femme désespérée et/ou dépressive ©BelgaImage

Cinq suicides par jour en Belgique: c’est le chiffre que révèle ce mardi une étude de l’asbl "Un pass dans l’impasse". En analysant les données de l’Institut de santé Sciensano, elle a répertorié pas moins de 1.728 cas chez nous, avec de grandes disparités entre sexes et entre régions. Quant à savoir l’impact qu’a eu la pandémie de Covid-19 sur ces funestes statistiques, les zones d’ombre n’ont pas été toutes dissipées mais il est déjà possible d’y voir plus clair.

La Wallonie proportionnellement plus concernée

Si on regarde qui est plus touché entre les hommes et les femmes, il n’y a pas photo. Les premiers sont bien plus victimes, avec 1.265 décès, contre 463 pour la gente féminine. En déclinant cette fois ces suicides par région, le bilan est plus contrasté. On en compte ainsi 646 en Wallonie, 954 en Flandre et 128 à Bruxelles. Rapportés à un taux annuel par mille habitants (selon les données démographiques de Statbel), cela donne 0,017 en Wallonie, 0,014 en Flandre et 0,010 à Bruxelles. Le sud est donc proportionnellement plus affecté que le reste du pays.

Mais il faut maintenant préciser que si ces chiffres ont été publiés aujourd’hui, ils concernent en réalité l’année 2019. Comparés à 2018, ils n’ont que très légèrement baissés puisque cette année-là, 1.792 Belges étaient décédés suite à un suicide. Pour 2020 et 2021, aucune étude n’a réussi à établir ce qu’il en était. "Nous constatons toutefois une hausse de 24% des consultations psychologiques liées à la thématique du suicide au sein de notre ASBL", souligne auprès de Belga Thomas Thirion, administrateur délégué de "Un pass dans l’impasse".

Pas tant de suicides que ça avec la pandémie?

Pour en savoir plus sur l’influence de la crise sanitaire, il faut traverser le Quiévrain. En France, l’Observatoire national du suicide (ONS) a justement publié ce 6 septembre un rapport sur le nombre de suicides dans l’Hexagone au pire de la pandémie. Les résultats sont contrastés. Durant les deux premiers confinements (printemps et automne 2020), le taux de suicide a respectivement chuté de 20% et 8%. Mais le reste du temps, ces décès se sont révélés être assez nombreux. Du coup, entre janvier 2020 et mars 2021, il n’y a eu au total ni baisse ni hausse du nombre de suicides.

À défaut de ne pas avoir fait baisser ces chiffres sur le moyen terme, le rapport tend au moins à montrer qu’il ne fallait pas craindre une augmentation avec les confinements. Selon l’ONS, ces données correspondent à celles "recueillies dans d’autres pays de niveau économique similaire". Interrogé par l’AFP, l’organisme tente de l’expliquer par le "sentiment de partage d’une épreuve collective" et la "surveillance accrue par les proches". Il montre d’ailleurs que les hospitalisations en court séjour pour lésions auto-infligées ont décru de 10% en 2020 comparé à 2017-2019.

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L’inquiétude ressentie à l’époque sur la possible hausse des suicides était-elle exagérée? Pas forcément. Car dans le même temps les troubles anxiodépressifs et les difficultés de sommeil ont augmenté, notamment pour les adolescentes et jeunes femmes. Puis l’ONS prévient que ses chiffres sont à prendre avec des pincettes. Il pourrait y avoir des "effets rebonds" qui ne se verraient que plus tard, sur un plus long terme.

Besoin de parler?

Le Centre de prévention au suicide est joignable en Belgique via une ligne gratuite et anonyme: le 0800 32 123. Un rendez-vous avec un psychologue spécialisé est également possible via le 0476 53 00 84 et un site est également à la disposition du public (https://www.preventionsuicide.be/). Dès le 10 septembre, journée mondiale de prévention du suicide, "Un pass dans l’impasse" mettra sur son site un bouton "alertez-nous" (qui ne peut être utilisé qu’avec le consentement de la personne jugée en détresse).

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