Covid, variole du singe, et après? La menace des zoonoses

Après le Covid, place à la variole du singe. C’est le début probable d’une vague de pandémies qui se propagent de concert avec le réchauffement climatique.

variole du singe
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La variole du singe est devenue une menace. Son émergence multifactorielle doit alerter sur la menace de pandémies à répétition. “La principale raison de l’arrivée de la variole du singe est évidemment la mutation: les premiers cas arrivés chez nous sont importés d’Afrique. Mais les grandes raisons de menaces épidémiologiques sont la ­mondialisation et les voyages”, pose Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’ULB. Ahurissant? Juste le bon sens. “Si on ne l’avait pas compris avec le Covid, il est temps. Ce qui se passe est lié à la transition climatique, économique et sociale. Tant qu’on est dans des mécanismes qui ne pré­servent pas la biodiversité, on sera exposé à des problèmes de santé publique.” L’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime qu’il y a plusieurs centaines de maladies émergentes par an. Les maladies émergentes existent depuis toujours. Mais elles trouvent à présent la possibilité de se répandre partout. “Nos comportements ont une faible responsabilité. C’est systémique.”

Nathan Clumeck, chef de service honoraire des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre, va plus loin. Son livre La menace virale est clair: nous entrons dans une ère de pandémies. “Beaucoup de signaux l’indiquent. Bien sûr, on est arrivé dans une situation où on vit avec le virus du Covid. Mais l’émergence de la variole du singe, sortie de son réservoir africain, est très troublante. Or une maladie est dangereuse quand on n’arrive pas à l’identifier, en particulier à cause des porteurs asymptomatiques. On a eu le même souci avec le virus du sida.” Plus globalement, les changements climatiques perturbent les conditions écolo­giques avec la déforestation ou les inondations et cela favorise les contacts entre les animaux et les humains.

Notre époque vit sous trois menaces, résume Nathan Clumeck qui ne hiérarchise pas: les guerres, le réchauffement ­climatique qui s’accélère et les pandémies. Tout est lié et favorise les pandémies. “La majorité des problèmes viennent des zoonoses (maladies infectieuses qui passent de l’animal à l’homme – NDLR). Les animaux sont des réservoirs à virus et à bactéries. Des animaux sont porteurs sans être touchés. Mais quand l’homme entre en contact, il peut en souffrir. Concernant le coronavirus, on estime que l’origine est en Chine dans un marché humide, c’est-à-dire vendant des animaux vivants. Or, le premier vecteur de transmission, c’est le contact entre hommes et animaux. D’autre part, si vous déboisez, vous délogez les animaux, et des chauves- souris, très résistantes aux virus mais por­teuses, viennent vivre en ville. La fonte des glaces favorise aussi la rencontre entre animaux et humains. Et puis le permafrost pose un grand problème. Toute l’étendue gelée en Sibérie commence à fondre et des cadavres d’animaux porteurs de maladies remontent à la surface. Mon objectif n’est pas de faire paniquer tout le monde mais de donner l’information. Tous les scientifiques pensent qu’il y a une accélération de l’apparition des zoonoses.” Jusqu’à 850.000 virus inconnus présents dans la nature pourraient encore infecter l’être humain.

Une femme

Des 546 cas enregistrés depuis le début de l’épidémie chez nous, tous étaient jusqu’ici des hommes âgés entre 16 et 71 ans, mais un premier cas de femme infectée a été détecté. Depuis le 11 juillet, les groupes cibles ­suivants peuvent être vaccinés par les 11 hôpitaux de référence pour le VIH. Il s’agit des personnes ayant eu un contact à haut risque comme un membre de la famille infecté ou partageant des vêtements et de la literie avec un patient présentant une éruption cutanée ou le personnel soignant qui a eu des contacts à haut risque sans équipement de protection individuelle. La vaccination peut se faire jusqu’à 14 jours après l’exposition.

Du virus dans le gaz

Paludisme, dengue, encéphalites, maladie de Lyme… Jusqu’à 58 % des maladies infec­tieuses ou allergiques qui affectent l’humanité ont été, à un moment donné, aggravées par des aléas climatiques liés à l’émission de gaz à effet de serre. Soit 218 des 375 maladies humaines connues liées à des patho­gènes. À l’inverse, 16 % de ces maladies ont parfois été atténuées. Telles sont les principales conclusions d’une étude américaine publiée le 8 août dans la revue scientifique Nature Climate Change.

Occident en avant

Ce qui se passe révèle aussi la profonde injustice en matière de santé au niveau ­planétaire. Si pour la variole du singe on cherche et trouve des vaccins, on ne l’a pas fait par le passé quand des enfants en Afrique étaient touchés. Avec Ebola, cela a été pareil. Il a été identifié dès 1976. Les firmes pharmaceu­tiques ont commencé fin des années 2000 à chercher un vaccin parce que les pays du sud de l’Europe pouvaient être concernés. Pour l’heure, il n’existe pas de vaccin spécifique contre la variole du singe, mais le vaccin classique contre le virus de la variole protège bien aussi contre la variole du singe, selon les informations disponibles.

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