Le microdosage des substances psychédéliques: réel bienfait sur la santé ou simple hallucination?

Le microdosage de substances psychédéliques gagne du terrain en Belgique. Une pratique saluée par ses adeptes, qui se disent plus concentrés, créatifs et heureux, mais aussi une tendance controversée à plus d'un titre.

microdosage de LSD, substance psychédélique
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Prendre une microquantité de substances psychédéliques pour doper ses méninges, sa créativité et son bien-être, c’est une tendance venue des Etats-Unis qui gagne peu à peu du terrain en Belgique et ailleurs dans le monde. "Je prends une capsule avec mon café chaque matin, du lundi au vendredi. Les effets sont légers, mais ça me donne de l’énergie, de la concentration et de l’optimisme. Le microdosage a changé ma vie", confie à Radio Canada l’un de ses adeptes Mike Brodeur.

Thérapeutique ou récréative, cette pratique gagne en popularité, renforcée par la crise sanitaire et ses confinements. Mike prend des capsules contenant de 50 à 300 milligrammes de champignons magiques en poudre qui referme de la psilocybine. Pour provoquer des hallucinations, il faut une dose dix fois plus grande. Pas question donc ici de planer, mais plutôt d’obtenir un petit coup de pouce pour le travail ou le moral. À condition de respecter un protocole strict. En effet, la dose, la fréquence et la durée doivent être maîtrisées.

Un programme belge encadré

Pour pratiquer le microdosage "en toute sécurité", deux Belges, Lorenzo Bown et Nicolas Roegiers, ont fondé la start-up Aydoo qui propose un programme d’initiation encadré, beaucoup moins risqué que l’achat sur le darkweb. Une première en Belgique. "On note un intérêt croissant pour les effets positifs qu’une consommation limitée peut avoir sur l’utilisateur", pointe à nos confrères de La DH Lorenzo Bown qui a découvert les bienfaits de cette pratique dans la Silicon Valley.

Concrètement, ça consiste en quoi? Avant le début du programme, une réunion d’introduction permet à chaque participant de se fixer un objectif précis. Cela peut aller de l’amélioration de la concentration, au sentiment de bien-être mais aussi à l’envie d’arrêter de fumer ou de réduire leur consommation d’alcool. Les femmes enceintes, les jeunes de moins de 21 ans et les personnes qui ont des problèmes de santé mentale sont écartés. Pour les autres, ils doivent prendre ensuite une capsule unique le matin contenant des truffes psychédéliques, équivalente à un vingtième de la dose récréative généralement consommée. Et ce pendant 2×3 semaines, entrecoupées par une pause de deux semaines. Jusqu’à présent, les retours sont très positifs, d’après le cofondateur.

des champis prêts à être utilisés pour du microdosage de psychédéliques

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Effet (placebo) positif

Mais est-ce vraiment efficace? Si le microdosage est présenté comme un remède révolutionnaire par ses consommateurs, il n’existe que très peu de preuves scientifiques validant cette auto-médication, en grande partie pour des raisons juridiques. Pour le professeur de toxicologie Christophe Stove (UGent), ses bienfaits sont même discutables. "Les études disponibles ne font apparaître aucune différence objectivement mesurable avec un placebo", avance-t-il dans Het Nieuwsblad. Même son de cloche du côté de Lennart Cok, le président de la Psychedelic Society Belgium, dont les fondateurs d’Aydoo sont membres. "S’il y a des effets bénéfiques, ils ne sont pas très grands comparés avec un placebo. Quand on microdose, on est déjà dans une optique d’amélioration de son bien-être comme quand on suit une détox par exemple, cela joue bien sûr un rôle. Cela aide dans le but recherché, c’est très positif", estime-t-il au Vif.

Est-ce légal?

Au-delà de son efficacité et de ses risques, on se pose une autre question: comment un tel programme peut-il exister en Belgique? Classés comme stupéfiants, la plupart des substances psychédéliques et les champignons hallucinogènes, quelle que soit leur dose, sont toujours illégaux en vertu de la loi belge. C’est pourquoi la start-up Aydoo est basée à Amsterdam, où il existe un cadre légal pour les truffes. Elle peut donc en produire et en vendre. Et les acheteurs en détenir et en consommer? Ça, c’est une autre affaire…

D’autres villes dans le monde ont déjà franchi le pas de la dépénalisation des psychédéliques, en particulier aux Etats-Unis, où les chercheurs, désormais autorisés à donner ces substances, multiplient les études sur leurs effets. Mais, même réglées, les questions juridique ou scientifique ne suffiront pas à faire taire la critique principale à propos du microdosage: pour ses détracteurs, cette tendance n’est qu’une instrumentalisation de ces substances au service de la productivité et de la performance, notions qui dominent nos sociétés occidentales. Produire, toujours plus et plus vite, mais avec une mini-dose…

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