Variole du singe: pourquoi les homosexuels sont les plus touchés ?

Parce qu'elle touche plus la communauté gay, la variole du singe serait une maladie homosexuelle, le nouveau sida ? Attention à la stigmatisation, car rien n'est plus faux !

Vaccin contre la variole du singe
©Belga

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré le 23 juillet l’urgence de santé publique de portée internationale concernant l’épidémie de variole du singe. A ce jour, près de 27.000 personnes ont contracté la maladie, mais seuls environ 3% sont hospitalisés. La maladie n’est vraiment dangereuse que pour les enfants et les personnes à immunodéprimée.

Pourtant, sa viralité en Europe inquiète l’OMS. Le Vieux continent représente 70% des cas recensés dans le monde. Deux personnes sont mortes en Espagne, les premiers décès dû à la variole du singe. En Belgique, on recense 482 personnes porteuses de la maladie. Selon le virologue Marc Van Ranst, " il s’agit d’une épidémie au ralenti, mais il n’y a plus d’espoir que ce soit sous contrôle. La courbe ne s’inverse pas, dans aucun pays ".

Il ajoute : " Si le nombre d’infections continue d’augmenter parmi la communauté homosexuelle, il augmentera également dans les autres groupes ". Car, à l’heure qu’il est, la communauté gay est la plus touchée. Pourquoi ?

Comment se transmet la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie virale. Elle se transmet à l’humain par contact étroit avec une personne, un animal (parmi lesquels des primates et des rongeurs) ou un objet porteur du virus. Contacts étroits? Le virus se transmet par les muqueuses, la salive, les lésions cutanées ou par des gouttelettes respiratoires. En gros, lors de face à face prolongé, ou plus si affinités.

En clair, " Toute personne ayant un contact physique étroit avec une autre personne qui a contracté la variole du singe est à risque, quelle que soit son orientation sexuelle ", le spécialiste des virus émergents Yannick Simonin, au Monde. Il appelle ainsi, tout comme l’OMS, à " faire attention à ne pas stigmatiser la communauté homosexuelle "

Pourquoi les homosexuels sont surreprésentés parmi les cas recensés ?

Selon une étude de cas en France publiée le 23 juillet, parmi 1.567 cas recensés (dont 3% hospitalisés), la plupart étaient homosexuelles ou bisexuelles. Surtout, 74% déclarent avoir eu plus de deux partenaires sexuels dans les trois semaines avant l’apparition des symptômes. Ce qui s’avère être un facteur important qui pourrait expliquer en partie la surreprésentation de personnes gays capables de s’amuser bien plus que vous et moi, surtout si elles ont participé (ou ont eu des contacts étroits avec des personnes ayant participé) à des événements qui ont joué le rôle de superpropagateur.

On ne sait pas quel a été le patient zéro en Europe, mais on sait comment le virus s’est propagé. Il y a d’abord eu la gay pride dans les Canaries, puis le festival Darklands à Anvers. Deux événements qui ont fait explosé les cas de variole du singe, alors que le virus était sur le continent depuis, au moins, avril. Voilà sans doute pourquoi la communauté homosexuelle est plus touchée (pour l’instant!) que les autres par le virus. Contacts étroits, événements superpropagateurs. Mais cela fait-il de la variole du singe une Infection sexuellement transmissible (IST) ?

La variole du singe est-elle une IST ?

Des études menées en Italie et en Allemagne ont mis en évidence la présence du virus dans le sperme de certains malades. De plus, 78 % des malades présentent une éruption génito-anale. Pour autant, les scientifiques n’ont pas établi que la variole du singe était une IST. Pourquoi ?

Yannick Simonin rappelle dans les pages du Monde qu’" une IST est une maladie qui se transmet lors des rapports sexuels et qui n’implique pas forcément la présence de virus dans les sécrétions sexuelles ". Comme il l’explique, " l’hypothèse actuelle est que la transmission de ce virus lors des rapports sexuels s’effectue en grande partie au niveau des lésions des muqueuses, en particulier au niveau de la région anogénitale ".

Il n’exclut pas non plus que la variole, lors de ses mutations, devienne une IST. Mais un préservatif n’empêchera pas le virus de se propager. A l’heure actuelle, seul le vieux vaccin contre la variole (qui a été éradiquée en 1980), permet de se prémunir à 85% contre la variole du singe. Il est aujourd’hui conseillé à toutes les personnes ayant des multipartenaires, aux travailleurs du sexe et aux professionnels exerçant dans les lieux de consommation sexuelle, de se faire vacciner. Mais clairement, la variole du singe n’est pas une maladie homosexuelle.

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