Premiers décès en Europe de la variole du singe: faut-il s’inquiéter?

L'Europe a enregistré, en cette fin juillet, les premiers décès sur son territoire dus à la variole du singe. Et l'OMS s'attend à ce qu'il y en ait d'autres sur le Vieux Continent. Face à la progression, lente mais continue, du virus, faut-il s'alarmer?

Analyse
©Belgaimage

Le samedi 23 juillet dernier, le directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a décidé de déclarer "l’urgence de santé publique de portée internationale" pour la variole du singe. Il s’agit du plus haut niveau d’alerte de l’agence de santé onusienne. La dernière fois qu’elle avait été activée, c’était en janvier 2020 pour… le Covid-19. 

Depuis, la maladie continue de progresser en Europe et en Amérique – territoires où elle n’est habituellement pas endémique. En trois mois (depuis début mai), ce sont quelque 18.000 cas du virus qui ont été détectés en dehors des zones endémiques en Afrique. Principalement des hommes, en particulier ceux qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH multipartenaires). 

En Belgique, une soixantaine de nouveaux cas ont été recensés en une semaine. Au 25 juillet, l’Institut de santé publique Sciensano avait recensé un total de 393 cas confirmés de variole du singe en Belgique, contre 331 la semaine précédente. Ces derniers jours, l’Europe a enregistré les premiers décès dus à la maladie sur son territoire depuis début mai. Deux morts recensées en Espagne ces 29 et 30 juillet. Vendredi, le Brésil avait également annoncé un décès, sans que l’on sache à chaque fois si le virus est bien à l’origine de ces morts. Au total, en comptant cette nouvelle annonce de Madrid, huit décès ont été enregistrés dans le monde depuis mai, les cinq premiers ayant été signalés en Afrique, où la maladie est endémique et a été détectée pour la première fois chez l’homme en 1970.

Faut-il être plus inquiet? 

La maladie continue de progresser, lentement mais sûrement, en Europe. Le Bureau régional de l’OMS prévoit, d’ailleurs, une augmentation du nombre des décès en lien avec la variole du singe, même si elle souligne que les complications sévères restent rares et bien souvent, la maladie se guérit d’elle-même, sans nécessiter de traitement.

Le virus pourrait-il, à l’instar du Covid-19, s’étendre un jour à l’ensemble de la population? "Difficile de le prédire aujourd’hui", répond l’épidémiologiste Antoine Flahaut, au micro de France Info. Le directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève rappelle toutefois l’exemple de l’épidémie de VIH. "(Elle) avait commencé au sein de communautés homosexuelles masculines avant de se propager à l’ensemble de la population, mais la propagation se faisait exclusivement par voie sexuelle et sanguine", développe le spécialiste auprès du média français.

Dans le cas de la variole du singe, les modes de transmission restent encore à définir. Comme le rappellent nos confrères de France Info, on ignore d’ailleurs toujours "avec certitude" pourquoi la variole du singe touche particulièrement les HSH multipartenaires. La maladie ne se transmet, en effet, pas seulement au travers de rapports sexuels. Le virus peut également se transmettre par contact direct avec les boutons ou lésions de personnes infectées. On évoque aussi le "partage de linge" ou un long contact rapproché (via gouttelettes). Autant de vecteur de transmissions qui pousse Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents, à appeler, dans les colonnes du Monde, à "faire attention à ne pas stigmatiser la communauté homosexuelle". Selon l’expert interrogé par le quotidien français, les données tendent plutôt vers "un événement d’introduction unique, puis la propagation, notamment dans la communauté HSH, suite à des événements superpropagateurs".

Chez nous, le virologue Marc Van Ranst ne cache pas son inquiétude: "Il s’agit d’une épidémie au ralenti, mais il n’y a plus d’espoir que ce soit sous contrôle. La courbe ne s’inverse pas, dans aucun pays", explique-t-il à nos confrères du Nieuwsblad. S’il reconnaît un taux de mortalité loin de celui du Covid, le spécialiste des virus appelle la population à la plus grande prudence. Un message qui ne s’adresse pas qu’aux publics actuellement touchés. "Si le nombre d’infections continue d’augmenter (dans ces groupes), il augmentera également dans les autres groupes. Nous le constatons déjà chez les enfants, entre autres", prévient l’expert dans les colonnes du quotidien flamand.

Si les risques de perte de contrôle sur la propagation de la maladie semblent inquiéter les experts, d’autres points rassurent. Muriel Moser, biologiste et spécialiste de la vaccination à l’ULB, rappelle à cet égard, à La Libre, qu’il faut bel et bien "un contact très étroit pour qu’il y ait transmission, ce qui limite le nombre de personnes touchées". Elle souligne également à nos confrères le fait que la maladie est symptomatique, permettant l’isolement rapide des personnes infectées. 

"Interrompre rapidement la transmission"

Pour l’OMS Europe, l’objectif est clair: "interrompre rapidement la transmission du virus en Europe et mettre un coup d’arrêt à cette épidémie", a déclaré dans un communiqué Catherine Smallwood, une responsable des situations d’urgence de l’agence.

Comment faire? Au micro de France Info, l’épidémiologiste Antoine Flahaut souligne d’abord l’importance d’une "forte adhésion des personnes concernées" à respecter l’isolement. Il insiste également, comme nombre de ses confrères, sur la vaccination des personnes à risque.

Chez nous, dès ce lundi 1er août, la vaccination sera d’ailleurs élargie à davantage de publics considérés comme "à risque" de contracter la maladie. Quatre "groupes" viennent s’ajouter aux publics déjà éligibles. Il s’agit des "travailleurs du sexe, masculins et transgenres", de "personnes atteintes de troubles immunitaires et d’une forte probabilité d’infection",du "personnel de laboratoire prenant en charge les cultures virales", ainsi que les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, mais sous certaines conditions. Il faudra en effet que ces derniers soient "séropositifs ou reçoivent un ‘traitement HIV-Prep’" et qu’ils aient "eu au moins deux MST (maladies sexuellement transmissibles, NDLR) au cours de la dernière année", ajoute le Risk Management Group. Les personnes de ces nouveaux groupes "à risque" sont estimées à 2.000. Si les conditions sont remplies, la personne désireuse de se faire vacciner peut recevoir une première dose à partir de ce lundi 1er août, et la seconde à l’automne, quand les vaccins achetés par la Belgique auprès de Bavarian Nordic commenceront à être livrés. Les autorités devraient "prochainement" renseigner un endroit fournissant des informations plus détaillées aux citoyens pensant être éligibles à la vaccination. Sciensano va également publier la semaine prochaine une mise à jour des recommandations aux prestataires de soins.

La vaccination est actuellement déjà possible pour certains groupes de population. Il s’agit essentiellement des personnes ayant eu dans les jours précédents un contact "à haut risque" (personnel de santé ou personnes immunodéprimées) voire "à très haut risque" (les autres) avec un individu porteur de la variole du singe, via les fluides corporels, un contact peau à peau prolongé en présence d’éruptions ou de plaies, ou l’utilisation de la même literie, par exemple. Jusqu’à maintenant, le nombre de personnes qui se présentent rapidement dans un des neuf centres de référence après un contact à haut risque avec une personne malade est en effet "limité", admet le Risk Management Group.

Sur le même sujet
Plus d'actualité