Covid: comment la Belgique se prépare à la vague estivale de BA.5?

La Belgique réfléchit à la manière de combattre la vague du variant BA.5 du Covid-19 mais plusieurs éléments d'incertitude brouillent les cartes.

Unité de soins intensifs à Liège
Unité de soins intensifs avec un cas de Covid-19, à la Clinique CHC MontLégia à Liège, le 14 décembre 2021 @BelgaImage

Les nouveaux chiffres épidémiologiques sont sortis ce mardi et à part un indicateur, celui des décès, ils sont tous dans le rouge. Bien sûr, ce nouvel afflux de malades, causé en bonne partie par l’émergence du variant BA.5, reste modeste comparé aux vagues précédentes. On compte près de 3.850 cas quotidiens sur une moyenne hebdomadaire. Au pire de la vague de janvier dernier, on dépassait les 50.000. Pour les admissions à l’hôpital, le chiffre est actuellement de 101 par jour en moyenne, alors qu’ils frôlaient les 750 au pire de la deuxième vague, en 2020. Mais il n’en reste pas moins que l’épidémie gagne à nouveau du terrain. Que ce soit au niveau des autorités ou des hôpitaux, on se remet doucement en ordre de bataille. Le contexte est toutefois assez différent pour cet été 2022. Une configuration qui n’aide pas à prévoir quand et comment il faut s’organiser.

Les hôpitaux prudents, sans crainte excessive, mais dans l’incertitude

Pour l’instant, les contaminations continuent de grimper de 38% et les admissions à l’hôpital de 32%. Petite nouveauté cette semaine: même les occupations de lits en soins intensifs sont en hausse, de l’ordre de 26%, exactement comme pour le nombre total de lits occupés en hôpital. Pas de panique toutefois, comme à l’hôpital universitaire Saint-Luc en région bruxelloise. "Il n’y a pas d’inquiétudes particulières exprimées pour l’instant", confirme le chef de clinique aux soins intensifs de l’hôpital, Xavier Wittebole. "Nous nous occupons surtout de patients généraux et je dirais même que c’est une bonne chose pour les soignants. Le fait que ce soit plus varié et pas juste le traitement d’une seule pathologie avec des gestes répétitifs, cela compte pour le moral".

Mais qu’est-ce qu’il en sera la semaine prochaine, ou dans 15 jours? Il nous avoue être encore dans le flou. À l’heure actuelle, 4% des lits de soins intensifs sont occupés par des cas Covid en Belgique. À Saint-Luc, cela monte à environ 10% mais cela reste faible par rapport à ce que l’hôpital a connu ces deux dernières années. La suite dépendra de la propagation du virus, de la sévérité de l’infection avec BA.5 et des besoins dans tel ou tel service. Il y a donc une certaine prudence, sans crainte excessive. "On n’imagine pas du tout une saturation des soins intensifs par exemple. Maintenant, dans 2-3 semaines, les choses peuvent changer".

Ce qui inquiète surtout Xavier Wittebole, c’est plus la pénurie d’infirmiers, surtout en été où la capacité des hôpitaux est moindre. "Le problème, c’est qu’on a beau faire des prédictions, les modèles sont de toute façon biaisés à cause de cela", explique-t-il. "Nous avons déjà un certain degré d’absentéisme pour maladies et à moindre mesure pour des absences de longue durée et nous ne savons pas qui tombera également malade par la suite et qui pourra vraiment assurer les services". Un élément d’incertitude qui, combiné à la difficulté de prévoir à quoi ressemblera in fine la vague estivale, qui explique que les hôpitaux n’ont pas encore bien défini leur organisation pour contrer le Covid, "du moins à Saint-Luc" nous confie-t-il. "Des comités ont peut-être été mis en place mais à ma connaissance, on ne nous a pas demandé notre avis en soins intensifs".

L’intérêt de la vaccination

Ça, c’est pour les hôpitaux, mais il y a aussi toute la partie directement à charge des autorités, dont la vaccination. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke demande déjà à ce que ceux qui n’ont pas encore eu leur troisième dose se la procurent. Les personnes à risque sont pour leur part invitées à avoir leur quatrième dose. Les régions s’organisent en ce sens pour donner une nouvelle impulsion à leurs campagnes de vaccination. En Wallonie, la ministre de la Santé Christie Morreale précise à la DH qu’il est prévu de "déployer une vingtaine de centres de vaccination à la rentrée". En attendant, la sensibilisation est de mise.

Le virologue Steven Van Gucht confirme: le vaccin reste important. "Son efficacité se situe à hauteur d’environ 72% contre les hospitalisations pour les personnes de plus de 80 ans", dit-il. Certes, en soins intensifs, "beaucoup de patients sont vaccinés" mais cela ne veut pas du tout dire que le vaccin est inefficace. Pour le comprendre, il faut rappeler que la moyenne d’âge de ces patients est de 79 ans et près de 70% d’entre eux ont une ou plusieurs comorbidités (troubles cardiovasculaires, diabète, etc.). Des facteurs qui les rend vulnérables face au Covid-19. Puis à ce jour, 91,2% des Belges de plus de 65 ans ont reçu leur dose de rappel. "Puisqu’ils ont souvent une santé assez fragile, cela ne suffit pas toujours pour les protéger contre des complications". Mais il insiste: la vaccination est une protection importante.

Attendre pour se faire revacciner?

Le problème, c’est que la Belgique fait à nouveau face à un nouveau variant, BA.5. De quoi remettre en cause l’efficacité des vaccins? Steven Van Gucht n’y croit pas. "Dans le cas présent, il y a deux mutations en plus sur la protéine Spike qui font qu’il est moins reconnu par les anticorps que nous avons développé par le passé. Mais ces changements ne sont pas énormes et devraient être insuffisants pour amener de véritables nouveautés. Notre système immunitaire reconnaît toujours BA.5". Il ne prévoit d’ailleurs pas non plus une virulence significativement plus grande avec BA.5. "Des études en laboratoire sur des rongeurs notent que ces différences existent mais j’estime qu’il faut prendre ces résultats avec des pincettes. Le type de pathologie causé par BA.5 ne devrait pas être si différent de ce qui a été constaté avec d’autres variants. Il peut y avoir des petites nuances mais pas au-delà".

Reste que certaines personnes préfèrent attendre l’automne pour se faire vacciner, c’est-à-dire lorsque la nouvelle version du vaccin adaptée à Omicron devrait arriver. Une bonne idée? Pas pour Steven Van Gucht qui rappelle que cette mise-à-jour sera adaptée à BA.1, le premier de la génération Omicron, pas à BA.5. Puis d’ici l’automne, il y aura peut-être un BA.6, un BA.7 ou un autre variant. C’est le même problème que pour la grippe: les fabricants de vaccins courent après les mutations sans pouvoir vraiment les rattraper. En adoptant la logique d’attente, le risque serait donc de patienter éternellement dans l’espoir d’avoir enfin un vaccin adapté au variant dominant, ce qui pourrait ne jamais arriver. La balance bénéfices-risques penche donc pour une vaccination "à temps". "Ces mutations qui permettent au virus d’échapper aux anticorps sont normales et font partie d’un cycle continu. Dans le cas de la famille Omicron, c’est ce qu’on appelle le glissement antigénique, qui est différent d’un passage du type de Delta à Omicron, avec 50 mutations différentes", explique-t-il.

Des mesures ciblées, pas collectives

Outre la vaccination, le défi va maintenant d’imaginer une gestion de l’épidémie dans un cadre où il n’y a plus de restrictions sociales. Les contacts sociaux ont fortement augmenté ces derniers mois, y compris en juin, ce qui n’est d’ailleurs pas étranger à l’émergence de la nouvelle vague. "Notre plus grande préoccupation, c’est de voir comment on peut protéger les personnes les plus fragiles" autre que des mesures collectives, confie le virologue. Ici, la capacité du système de soins n’est a priori plus en danger, même si quelques perturbations restent possibles. "Dans ce cas, il vaut mieux des mesures ciblées pour protéger les plus vulnérables, pas nécessairement pour ralentir la circulation du virus dans la population générale mais pour prévenir la contamination des personnes fragiles".

L’expert cite l’exemple d’un jeune qui fréquente les festivals et qui doit être conscient qu’il y a une grande probabilité qu’il soit exposé au virus et qu’il ne s’agit pas du bon moment pour rendre visite aux grands-parents, si ce n’est en portant un masque en extérieur. Les groupes à risque doivent également ne pas oublier leurs doses de rappel pour éviter des hospitalisations et des complications sévères. Ce message est encore plus prégnant à Bruxelles et en Wallonie où les chiffres de vaccination sont moins importants qu’en Flandre.

Des prévisions difficiles à établir

Si ces règles sont respectées, même si elles ne sont pas imposées, l’ampleur de la vague pourrait bien être limitée. Si les experts sont si optimistes, c’est surtout parce que le Portugal a déjà connu une vague BA.5 fin mai-début juin. Elle s’est avérée limitée et les chiffres diminuent depuis. Mais les Portugais figurent parmi les plus vaccinés au monde et il n’existe pour l’heure pas vraiment d’autres pays qui peuvent se vanter d’avoir passé le cap. En France et en Allemagne par exemple, la tendance est toujours à la hausse, comme en Belgique, et si le niveau de vaccination reste non négligeable, il n’est pas aussi fort. Les voyages d’été devraient également stimuler la circulation du virus à travers l’Europe.

Pour l’instant, les biostatisticiens belges planchent toujours sur une actualisation de leurs projections, fait savoir Steven Van Gucht. Cela permettra de savoir quelle sera la hauteur de la vague estivale, quand arrivera le pic, etc. Obstacle supplémentaire: le nombre de contaminations est clairement sous-estimé, estime-t-il, vu que le nombre de tests est moindre par rapport aux autres vagues. "L’analyse des eaux usées nous le confirme. Selon celle-ci, nous serions environ à l’équivalent de la moitié de la deuxième vague Omicron (due à BA.2 au début du printemps 2022) et au tiers de la première vague Omicron (due à BA.1 en janvier dernier)". Il va donc falloir être prudent dans l’établissement de prévisions pour les semaines et mois à venir. Il va d’ailleurs falloir se montrer patient pour avoir les modèles prédictifs pour l’automne et l’hiver à venir. "Pour le moment, cela reste toujours trop flou".

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