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Abus des médecins: "On avait tendance à minimiser les plaintes"

Plusieurs faits divers montrent que certains médecins profitent de leur statut pour commettre des actes de harcèlement ou d’agression. L’Ordre des médecins dit prendre cette problématique très au sérieux.

médecin au comportement inapproprié

© Adobe Stock

Le mois dernier, un fait divers a fait l’objet d’articles de presse: trois femmes ont déposé plainte contre un urgentiste bruxellois pour viol et attentats à la pudeur pour des faits remontant à 2017. Cela ne l’a pas empêché de retrouver du boulot dans un hôpital liégeois. La grande majorité des médecins ne sont évidemment pas mêlés à ce genre d’affaires. Néanmoins, nous avons interrogé plusieurs médecins, étudiantes en médecine et infirmières à ce sujet. La réaction est toujours la même: oui, ces dérapages existent et les coupables ­subissent peu de conséquences. On fait le point avec le docteur Christian Melot, vice-président de l’Ordre des médecins.

L’Ordre prend-il les plaintes pour harcèlement et agression suffisamment au sérieux?
Christian Melot –
Le problème du harcèlement est un fait grave. Dès qu’un patient se plaint, l’Ordre ne le néglige pas. Des sanctions sont parfois assez sévères. Des commissions d’enquête interrogent le médecin en présence d’un magistrat et d’un assesseur. Elles débouchent souvent sur une commission disciplinaire. Une interdiction temporaire d’exercer la profession peut être prononcée, parfois d’un jour ou deux. Cela se fait avec beaucoup de rigueur.

Que faut-il pour prononcer une radiation définitive?
Cela arrive si un médecin a un coup de folie, a tué un patient dans l’hôpital en le poursuivant avec un couteau. Ou bien si les faits se répètent. En général, une radiation se produit pour un praticien qui a déjà eu des interruptions de carrière. C’est rare, car retirer le droit à un médecin de pratiquer la médecine signifie qu’il peut changer de métier. En Belgique, il y a 61.000 médecins inscrits au niveau des ordres ­provinciaux. On peut compter les radiations sur les doigts des deux mains.

Si le sentiment d’impunité persiste, que peuvent faire les patients ou le personnel hospitalier lésés?
Le patient peut porter plainte au médiateur des droits du patient dans chaque hôpital. Il est relativement indépendant du directeur médical et de la ­hiérarchie médicale. Si ça va un peu plus loin, il peut se plaindre à la direction médicale de l’hôpital. Un patient peut également s’adresser à l’Ordre des médecins via le Conseil provincial. Ce grief ne peut être fait de façon anonyme et l’Ordre ne peut pas donner au plaignant le devenir de la plainte. Pourquoi la loi protège-t-elle le médecin par le secret? Cela le pousse à dire en toute franchise ce qu’il s’est réellement passé. Il n’empêche que les patients ­peuvent être rassurés: chaque fois qu’il y a une plainte, il y a ­instruction et convocation du médecin. Enfin, si un patient désire une réparation, il peut saisir le tribunal civil ou le tribunal pénal.

Comment prévenir les abus?
L’Ordre organise des webinaires pour sensibiliser les médecins. Il y a aussi la structure Médecins en difficulté pour ceux qui souffrent de troubles ­psychologiques ou psychiatriques. Jadis, on avait peut-être tendance, au nom du principe de ­précaution, à minimiser les plaintes. Aujourd’hui, j’insiste, la tendance est très nette: on croit la parole de la plaignante et du plaignant. On ne met pas la plainte sous le tapis.

Retrouvez notre dossier Nos hôpitaux en questions dans le Moustique de cette semaine