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La mutuelle gratuite, en Belgique c’est possible

En Belgique, une enseigne se distingue autant qu’elle passe inaperçue. La CAAMI, institution publique, offre une couverture santé de base à tous les citoyens qui ne souhaitent pas de compléments.

L’information est arrivée au beau milieu d’une conversation, le genre de celle que l’on écoute seulement d’une oreille. “Peu de gens le savent, mais c’est possible d’avoir une mutuelle gratuite en Belgique…” On laisse tomber notre bouquin, intriguée. Ça fait déjà huit ans qu’on habite dans ce pays et nous n’avions jamais entendu parler de la CAAMI, la Caisse auxiliaire d’assurance maladie-invalidité.

Cette institution, créée en 1955 par l’État, offre la couverture santé obligatoire de base gratuitement, quand les mutualités privées font payer à leurs affiliés des assurances complémentaires entre 80 et 160 euros par an, qu’ils en aient besoin ou non. Près de septante ans après la création de cette caisse publique, nous ne sommes pourtant pas la seule à être passée à côté de son existence. Le service reste “moins connu que les autres mutualités”… C’est la brochure de la CAAMI elle-même qui le dit.

Aujourd’hui, la mutualité gratuite compte environ 130.000 affiliés. “Soit, en gros, 1 % de la population”, glisse l’administratrice générale adjointe de la CAAMI, Laurence Dauginet. On est loin, par exemple, des deux millions et quelques de clients inscrits à l’une des trois Mutualités Libres (Partenamut, Helan, Freie). Il faut dire que, contrairement aux organismes classiques qui mettent en avant leurs services complémentaires, la CAAMI ne fait pas de publicité. Connaître cette alternative gratuite relève donc d’une certaine dose de hasard, à base de bouche à oreille ou de brochures laissées sur la table d’un secrétariat étudiant.

À tort ou à raison, nous n’avons pas la fibre commerciale. Nous ne sommes pas dans une logique de concurrence”, pointe l’administratrice générale de la Caisse, Christine Miclotte. Faute de communication structurée, bon nombre d’affiliés potentiels sont ainsi happés par les mutualités privées. L’administratrice hausse les épaules en souriant: “Comme pour la banque, la mutuelle reste une tradition familiale, on choisit souvent celle de ses parents”.

Un bon plan pour les jeunes

Pourtant, la CAAMI, qui regroupe actuellement surtout “des gens très bien informés ou des personnes précaires”, peut être une alternative intéressante pour un public plus large, notamment les jeunes sans enfants. “Avoir une complémentaire quand on est jeune, en bonne santé et sans responsabilité familiale, ce n’est pas forcément nécessaire, explique Laurence ­Dauginet. Mais évidemment, c’est un choix.” Concrètement, la couverture de base est strictement la même quelle que soit la mutualité que l’on choisit, CAAMI y compris. Viennent ensuite se greffer, dans les mutuelles classiques, tout un tas de prestations et de remboursements supplémentaires, ainsi que des assurances facultatives comme l’assurance hospitalisation ou dentaire, précise le porte-parole des Mutualités Libres, Conrad van de Werve. “En ­quelque sorte, ce sont un deuxième bloc et un troisième bloc qui se rajoutent au premier.

Chez Partena par exemple, la liste des avantages ­justifiant les 11,75 euros de cotisation mensuelle pour la couverture de base comprend tout un tas de services divers: jusqu’à 320 euros par an de remboursements en psychologie, une prime de naissance, l’intervention dans les frais de soins infirmiers à domicile, et même quarante euros annuels de ­remboursement d’apps e-santé et de remboursement contraception. À chacun, donc, de comparer et d’estimer si cela lui est effectivement utile… et de bien demander les remboursements, car ils ne se font pas de manière automatique. Difficile d’ailleurs, parfois, de s’y retrouver entre les différents avantages proposés par les mutuelles. “Le paysage est composé d’organisations qui sont fortement réglementées, mais concurrentes entre elles. La concurrence ­permet ici de présenter une certaine dynamique”, estime Conrad van de Werve.

La CAAMI, elle, reste plutôt sur le banc de touche. Le schéma est par exemple différent chez nos voisins français, où la sécurité sociale de base s’applique de manière automatique à tous les citoyens, qui ­peuvent ensuite prendre une mutuelle complémentaire s’ils le souhaitent. Quand on demande au cabinet du ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, s’il ne serait pas légitime de faire davantage la publicité de ce service public d’utilité générale, nous ne recevons qu’un message succinct: “Nous n’avons pas de commentaire à faire sur le sujet”. De son côté, Christine Miclotte voit la Caisse publique comme une “porte d’entrée” ou un “filet de secours”, traitant parfois des dossiers complexes et intervenant pour l’aide médicale d’urgence. “Chaque pays a son histoire et des méca­nismes de financement qui sont différents, c’est comme ça.” Assis en face d’elle dans un local de l’institution, rue du Trône à Bruxelles, son collègue attaché de communication, Guillaume Janssens, ajoute: “Rendre ce service ­automatique, ce n’est peut-être pas souhaitable car ce qui est automatique, nous ne le voyons plus et on ne lui donne plus la valeur qu’il devrait avoir”.

Une transition facile

À vous donc de vous informer, de fouiller les brochures et de comparer les complémentaires pour savoir ce qui vous convient le mieux, entre mutualité privée ou CAAMI. La loi, en tout cas, permet de changer d’organisme de mutuelle à tout moment, à condition d’être inscrit depuis au moins douze mois dans sa mutualité actuelle. Pour ce faire, il suffit de s’inscrire dans la nouvelle institution de son choix, puis le transfert se fera de manière automatique et gratuite le premier jour du trimestre suivant (1er janvier, 1er avril, 1er juillet, 1er octobre). En cas de mutation vers une mutualité privée, il faut parfois patienter le temps d’un “stage d’attente” à respecter, qui ne s’applique pas à l’assurance de base obligatoire. Changer de mutualité, c’est facile donc, à condition d’être en ordre, y compris pour ceux qui souhaitent s’affilier à la CAAMI. “Ici les personnes peuvent obtenir leurs droits à moindres frais, mais à condition d’avoir un statut”, résume Guillaume Janssens