Vers un "congé menstruel" en Espagne: et chez nous?

L'Espagne se dirige vers l'instauration d'un droit au «congé menstruel». Si le projet de loi est approuvé par le Parlement, elle deviendrait le premier pays d'Europe à inscrire un tel droit dans sa législation. Qu'en est-il en Belgique?

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L’Espagne pourrait bientôt devenir être le premier pays d’Europe à instaurer un " congé menstruel ". Le gouvernement espagnol a présenté ce mardi son projet de loi. Ce dernier vise à instaurer "un arrêt maladie temporaire financé intégralement par l’Etat pour des règles douloureuses et invalidantes", comme l’explique Irene Montero, ministre de l’Egalité. 

Si une version préliminaire du projet faisait état d’un maximum de trois jours, la ministre a indiqué que ce congé n’aurait pas de "durée limite". Il devra toutefois être signé par le médecin traitant. Le texte doit encore être approuvé par le Parlement, où le gouvernement est minoritaire, avant d’entrer en vigueur. 

S’il est validé, il s’agirait donc d’une grande première en Europe. Si dans certains pays, comme en France ou au Royaume-Uni, des initiatives similaires existent à échelle d’entreprises, une telle mesure n’a encore été inscrite dans la loi. L’Italie, de son côté, avait planché sur une proposition de loi similaire en 2017, avant d’abandonner le projet.

Le congé menstruel est, par contre, plus répandu en Asie. Le Japon, entre autres, l’autorise depuis 1947. Les modalités (durée, rémunération) sont déterminées directement par les employeurs. Les femmes seraient toutefois peu nombreuses à en faire effectivement usage. Selon CNN, une étude réalisée par le gouvernement japonais a rapporté qu’en 2017, seules 0,9% des femmes avaient osé le prendre.  Contre 26% en 1965, selon les médias locaux.

Ce droit existe également en Indonésie (depuis 1948), en Corée du Sud (2001), à Taïwan (2013) ou encore en Zambie (2015). Avec, selon les pays, des modalités de durée, de compensation et de contrôle différentes.

Et en Belgique?

Interrogé par nos confrères du Soir, le cabinet du ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke confirme qu’un congé menstruel n’est pas à l’ordre du jour en Belgique. Au-dela de l’agenda des autorités, l’idée séduit-elle au sein des différentes familles politiques? 

"Chez Ecolo, on ne s’opposera jamais à une proposition qui permet d’améliorer le bien-être des femmes", explique la députée Margaux De Ré à nos confrères de la Dernière Heure. "Il est important de mieux reconnaître la problématique des femmes qui souffrent de règles douloureuses", renchérit la cheffe de groupe PTB à la Chambre Sofie Merckx, interrogée par le quotidien.

La députée MR Viviane Teiletbaum se montre, de son côté, plus réservée. Un tel congé pourrait, selon elle, "creuser les discriminations au travail". "Des employeurs hésiteront aussi davantage à engager des femmes", explique la libérale à nos confrères. Elle pointe également les problèmes que poseraient le contrôle et l’évaluation des symptômes.  

Fausse bonne idée? 

Si la nécessité d’une meilleure reconnaissance des douleurs menstruelles semble s’imposer, plusieurs craintes circulent autour de ce congé menstruel, au sein même d’associations féministes. "Sur le papier, l’intention est louable. Mais il faut réfléchir aux répercussions à long terme", prévient ainsi Gaëlle Baldassari, fondatrice du mouvement " Kiffe ton cycle ", interrogée par Ouest France. A l’instar de Viviane Teiletbaum, elle dit également craindre que la mesure n’aggrave la discrimination à l’embauche, "qu’on a déjà un mal de chien à éradiquer".

Au-delà du bienfondé d’une telle mesure, cette inquiétude semble globalement partagée par les observateurs. "On craint que les femmes n’aillent pas le demander, car elles risquent d’être stigmatisées", rejoint d’ailleurs Fabienne El-Khoury, porte-parole de l’association Osez le féminisme, interrogée par France Info.

Une telle mesure pose la question de la vie privée et de l’intimité. D’autant plus que toutes les femmes ne sont, comme le résume la professeure de psychologie sociale de l’UCL Annalisa Casina, pas "égales face aux troubles menstruels". "Le congé menstruel ne doit pas être associé à l’idée que d’office, dans une entreprise, toutes les femmes vont avoir deux ou trois jours de congé supplémentaires par mois", développe la spécialiste, interrogée par nos confrères du Soir. Elle pointe toutefois que celles qui sont atteintes de syndromes menstruels importants "sont généralement suivies depuis des années par des généralistes".

"Je pense qu’il faut déjà déstigmatiser, c’est-à-dire que toute la société ne pense pas que c’est normal d’avoir des règles douloureuses", insiste Fabienne El-Khoury. Et de conclure que, dans un deuxième temps seulement, cela pourrait être alors "une bonne idée".

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