Logopédie: plus de remboursements pour les enfants au QI inférieur à 86

Dans son nouveau plan d’action fédéral handicap, courant jusqu’en 2024, les personnes aux QI trop inférieurs ne peuvent toujours pas bénéficier de remboursement des frais logopédiques. Alors que ceux au QI supérieur en bénéficient.

Franck Vandenbroucke, ministre de la Santé
© Belga

Cette mesure jugée discriminante interpelle et est dénoncée par le secteur depuis des années. Le porte-parole du GAMP, le groupe de défense des personnes handicapées de grande dépendance, Cinzia Agoni interrogé par nos collègues de la DH, désespère. " Tout le monde de la santé est d’accord pour dire qu’il faut changer ce règlement, mais le monde politique ne suit pas ".  Si on avait vu quelques soubresauts vers un assouplissement de ces mesures sous le cabinet de Laurette Onkelinks (PS), tout avancement semble avoir été mis en pause à l’arrivée de Maggie De Block (Open-vld).

Les limites de l’INAMI

Dans le cadre de troubles de la parole, de la voix, du langage écrit ou oral, il peut s’avérer nécessaire de suivre des séances de logopédies. Il n’est pas rare que des enfants, en plein apprentissage, éprouvent des difficultés et qu’un petit passage par la case logopède les en sorte.

Il n’empêche que ces séances ont un coût. Entre 40 et 50€ la séance. Et, vous vous en doutez, ces troubles ne se résolvent pas en une seule séance. Dans certains cas, c’est un long processus qui s’entame afin de donner au patient, jeune ou adulte, les clefs pour surmonter ses difficultés d’apprentissage, de lecture ou autre.

Par chance, ces séances sont remboursées en très grande partie par l’INAMI. Enfin, la plupart du temps. Si les troubles de l’apprentissage durent plus de deux ans, plus de remboursement. Ah bah oui, fallait allait plus vite mon ptit gars. Et si le patient a un QI inférieur à 86, pas de remboursement non plus. Bah oui, à quoi bon ?

Pourquoi ce chiffre ? 

Pourquoi avoir établi qu’à partir d’un QI inférieur à 86, les remboursements ne seront pas administrés ? Il parait judicieux de rappeler que le calcul du QI, notamment chez les enfants, reste un outil clivant et bien souvent incomplet qui est à prendre avec des pincettes.

Si celui-ci s’est néanmoins standardisé et que plusieurs échelles ou méthodes d’analyse coexistent, toutes semblent s’accorder sur le fait qu’un QI en dessous des 90 correspondrait à une intelligence en dessous de la moyenne voir relativement faible.

Et en Belgique, l’INAMI a tranché. Elle estime que si l’enfant a un QI inférieur à 87, il nécessite une prise en charge plus approfondie, pluridisciplinaire. Et que donc la logopédie seule ne permettrait pas de pallier ses difficultés.

Un système hautement inégalitaire

Face aux protestations du secteur, le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) on maintient le cap. "Pour les patients avec un QI inférieur à 86, la prise en charge multidisciplinaire est la plus indiquée ". Pas de changement en vue donc.

Une situation qui ne satisfait pas du tout Cinzia Aroni. " Le politique se renvoie la balle tout le temps. Ils disent que les personnes souffrant d’autisme doivent aller dans des écoles spécialisées où elles seront suivies par des logopèdes. Mais la pédagogie n’est pas adaptée dans ces classes et les élèves ne bénéficient pas du nombre d’heures suffisant. "

Au final, comme le maintient le porte-parole du GAMP " C’est le monde à l’envers. Ceux qui ont le plus besoin de cette aide pour s’adapter au monde sont ceux qui en bénéficient le moins. "

 

 

 

 

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