Covid-19: la situation sanitaire en Chine doit-elle inquiéter les Belges ?

Depuis plusieurs semaines, la Chine procède à un véritable tour de force pour tenter de contrer une nouvelle poussée de fièvre du Covid-19 sur son territoire. Comme il y a deux ans, la situation chinoise ne semble guère préoccuper l’Europe. Bis repetita ou pas ? Décryptage.

Covid Shanghai @BelgaImage
Covid Shanghai @BelgaImage

C’était en décembre 2019. La Chine annonçait avoir découvert une nouvelle forme de " pneumonie virale ", au cœur d’un petit marché aux poissons. Wuhan, petite ville chinoise peuplée comme la Belgique, allait devenir le centre du monde. Mais il faudra attendre, un peu.

Car l’Occident n’a pas tout de suite compris. Détachement, désintérêt puis même petit sourire en coin en regardant de loin ces Chinois masqués par milliers puis confinés par millions.

Deux ans plus tard, il n’y a plus guère de monde pour en rire.

Aujourd’hui, cette trouble période semble sur les bons rails pour se glisser dans les souvenirs immémoriaux. En Belgique, tous les indicateurs épidémiologiques convergent vers une stabilisation de l’avancée du virus. Mais à nouveau, l’Empire du Milieu inquiète.

Depuis plusieurs semaines, la Terre-Mère de la souche alpha tente de juguler une reprise particulièrement féroce des contaminations. Ce lundi, à Shanghai, 7.137 nouveaux cas étaient testés positifs dans cette métropole de 25 millions d’habitants. 7.137 cas de trop pour un pays qui s’enfonce dans ce dogme de rayer définitivement ce virus de la carte.

Et pour y parvenir, tous les moyens sont bons. Pas de quartier ! La politique Zéro Covid menée par le régime autoritaire est brutale. Implacable. Cruelle parfois.

Covid Shanghai @BelgaImage

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Des résidents enfermés chez eux 

Les patients testés positifs, même asymptomatiques, se retrouvent délocalisés de force et enfermés dans des centres de quarantaine collective. Pire, des patients négatifs résidents dans une zone touchée sont sortis de force hors de la zone. " La police nous a dit qu’il y avait trop de cas positifs dans notre résidence. On n’a pas eu le choix de quitter ", confie à l’AFP une résidente déplacée à 400 kilomètres de chez elle.

Sans pitié, cette stratégie à laquelle s’accroche l’omnipotent Xi-Jimping a pourtant montré son efficacité au début de la crise. C’est elle qui a permis à la Chine de rapidement sortir de la première vague. Mais aujourd’hui, la formule est rayée. Le leader chinois s’obstine, s’acharne, sans penser faire marche arrière. Alors à vouloir faire rentrer un carré dans un rond, les dommages collatéraux et les dérives sont inéluctables.

Comme à deux pas de Pékin. Là où les habitants d’une résidence ont été littéralement enfermés chez eux après la découverte de plusieurs cas de Covid-19. Des fonctionnaires, visseuse à la main, ont changé manu militari l’ensemble des serrures. Et pour prévenir toute fuite, " chaque appartement est maintenant équipé d’une alarme. Vous ne pouvez pas ouvrir la porte. Si vous essayez d’ouvrir, l’alarme retentira ", prévenait une fonctionnaire chargée de l’opération.

" On voit bien que cela ne fonctionne plus. La façon dont cette politique est appliquée, notamment à Shanghai, c’est aberrant ", confie la sinologue Marie Holzman à nos confrères de Franceinfo.  " Ce sont les forces de police qui interviennent, arrachent les gens chez eux pour les mettre dans des lieux de confinement. On ne sait pas très bien s’ils sont positifs ou non. Ils sont entassés tous ensemble dans des lieux sans hygiène, sans soins, sans médicaments et où la lumière est allumée toute la nuit. C’est un peu comme s’ils étaient en prison. On est de retour à une période pire que la révolution culturelle. "

Un bis repetita ?  

Mais peut-on à nouveau regarder la situation chinoise se dérouler sous nos yeux sans que personne ne s’en préoccupe véritablement, comme il y a deux ans ?

Nous ne sommes absolument pas dans le même schéma ", remarque le virologue Yves Van Laethem. " En 2019, la Chine découvrait une nouvelle souche virale. Aujourd’hui, elle combat de vieux variants que nous avons déjà eu chez nous. Cela signifie qu’il n’y a aucun risque de voir la situation sanitaire chinoise migrer vers nos contrées, comme cela avait été le cas lors de la première vague. "

Il poursuit : " La politique menée par le pouvoir Chinois est devenu un non-sens total. Il a mordu dans l’hameçon et aujourd’hui il l’a bien enfoncé dans le palais. Cette politique qui pouvait se justifier au début de la crise a écarté la population du Covid. Cela la rend aujourd’hui plus vulnérable. Puis quel est le réel taux de vaccination au sein de la population ? On nous dit que c’est l’un des plus important du monde mais Hong Kong a déjà reconnu que les personnes âgées n’étaient pas suffisamment vaccinées. "

Le virologue va plus loin : " Si vous regardez les vaccins administrés en Chine, on voit qu’ils sont moins efficaces que ceux que l’on utilise chez nous, même s’ils restent d’un bon niveau en termes de santé publique. Mais déjà nos vaccins face aux variants ce n’est pas le Pérou, alors imaginez les leurs. Ce sont l’ensemble de ces facteurs qui expliquent l’explosion de cas. "

Si d’un point de vue sanitaire la situation chinoise ne présente aucun risque pour nous, il reste à savoir si la politique " zéro Covid " pourrait être applicable chez nous en cas de résurgence.

L’expert en maladie virale se veut catégorique : " En Belgique, c’est impensable. Cela n’aurait aucune efficacité. Nos frontières sont particulièrement poreuses et l’Europe connaît une forte démographie. En Chine, les frontières peuvent être relativement contrôlées soit par des éléments naturels, soit en ayant des populations relativement faibles pour voisins. Si au début de la crise il fallait arrêter une vague, aujourd’hui c’est une bouffée gazeuse qu’il convient de contenir. C’est inefficace d’imposer un tel processus. Depuis la Belgique, nous ne pouvons que constater de loin ce qu’il se passe en Chine, sans devoir s’en inquiéter et s’en pouvoir rien y faire. Il s’agit bien de leur problème, pas du nôtre. "

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